La vidéo du jour. La Russie pourrait-elle arrêter son offensive après quatre ans de conflit ?
« J'ai décidé de lancer une opération militaire spéciale » : le 24 février 2022, à Moscou, Vladimir Poutine annonce au monde l'invasion de l'Ukraine dans le but de chasser un pouvoir qu'il qualifie de « nazi ». L’homme fort du Kremlin espère alors une guerre éclair, mais quatre ans plus tard, le conflit continue de s’embourber. Si sur le papier, l'armée russe partait largement favorite - en 2022, elle alignait quatre fois plus de soldats, trois fois plus de chars, et un budget militaire 10 fois supérieur à son voisin ukrainien -, dès les premières semaines, les troupes russes ont peiné à progresser dans le nord et l'est du pays.
Quatre ans plus tard, l'épuisement du front se fait sentir. Selon une étude publiée fin janvier par le Center for Strategic and International Studies (CSIS), think tank de référence basé à Washington, le conflit aurait fait plus de deux millions de victimes. Plus de 1,2 million de soldats russes auraient été tués, blessés ou portés disparus depuis le début de l'invasion, contre 500 000 à 600 000 côté ukrainien. Pour reconstituer ses troupes, Moscou s'est même tourné vers des recrues venues de l'étranger, des soldats indiens, pakistanais, népalais ou cubains, en complément des 17 000 Nord-Coréens envoyés au front par le régime de Kim Jong-un.
Avancées dérisoires
Malgré ces moyens considérables, les troupes russes piétinent plus qu'elles n'avancent et les gains de territoire sont minimes. La Russie ne contrôle aujourd'hui que 12 % du territoire ukrainien, auxquels s'ajoutent les 8 % déjà annexés en Crimée en 2014 et une portion du Donbass. Sur la seule année 2025, l'armée russe n'a gagné que 4 800 kilomètres carrés, soit la superficie du département de l'Ariège, au prix de 415 000 pertes humaines.
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Pour Ulrich Bounat, analyste géopolitique, plusieurs facteurs expliquent cet enlisement. Tout d'abord, l'aviation russe, malgré sa supériorité numérique, dépend largement de bombes non guidées, qui obligent les appareils à voler à basse altitude et les exposent davantage aux défenses ukrainiennes. Au sol, l'armée de Vladimir Poutine est aussi vulnérable : alors qu’elle est entraînée pour des combats en terrain dégagé, avec chars et artillerie lourde, en Ukraine, la plupart des affrontements ont lieu en zone urbaine, où les soldats doivent descendre de leurs blindés pour combattre à pied. Une configuration particulièrement risquée pour une offensive : « Il faut environ quatre à cinq attaquants pour un défenseur », explique le spécialiste.
40 % du budget de l'État en dépenses militaires
Pour autant, rien n'indique que Vladimir Poutine soit prêt à reculer. Depuis 2022, la Russie a profondément réorienté son économie vers l'effort de guerre. Les dépenses militaires ont triplé depuis 2021 et représentent désormais près de 10 % du PIB ainsi que 40 % du budget de l'État. Un modèle qui tient encore bon, mais dont les premières fragilités apparaissent : en 2025 la croissance économique avait un rythme quatre fois moins soutenu qu'en 2024.
À l'échelle individuelle, partir combattre est aussi devenu un moyen d'échapper à la précarité. Un soldat déployé au front perçoit au minimum 195 000 roubles par mois (environ 2 150 euros), quand le salaire minimum en Russie atteint seulement 27 000 roubles (294 euros). En cas de blessure grave ou de décès, la famille du soldat peut percevoir en moyenne 15,2 millions de roubles, soit près de 168 000 euros, une somme qu'un ouvrier russe ne gagnerait jamais en toute une carrière. Les Russes ont même donné un nom à cette compensation : le grobovïe, littéralement « l'argent-cercueil ».