Trois centimètres, c'est tout juste la hauteur du seuil que vous franchissez tous les jours sans vous en apercevoir en rentrant chez vous. Une broutille.

Pourtant, à l'échelle des océans, trois centimètres peuvent faire toute la différence pour 6 à 9 millions de personnes. À peine trois centimètres d'élévation du niveau de la mer et ce sont autant de personnes supplémentaires exposées à des risques accrus d'inondations.

Sous l’effet du réchauffement climatique, le niveau des océans monte. Ça ne fait aucun doute. Mais l’ampleur du phénomène pose encore question. Les erreurs en la matière pourraient coûter des dizaines de millions de vies. © Sam Lawrence/Wirestock, Adobe Stock

« C’est la vie des gens qui se joue » : la mer monte plus vite et 90 % des études ne l’ont pas vu venir !

En matière de niveau de la mer, une étude publiée aujourd’hui dynamite les prévisions. Des vagues et des courants oubliés. Un niveau zéro mal estimé. Voilà comment des dizaines de millions de vies pourraient basculer…... Lire la suite

Et c'est justement la contribution calculée aujourd'hui par l'équipe du projet Imbie -- pour Ice Sheet Mass Balance Inter-comparison Exercise. Pour en arriver à ce chiffre, les chercheurs ont combiné 42 études satellitaires indépendantes, s'appuyant sur 27 missions spatiales et remontant jusqu'en 1972 pour le Groenland et 1979 pour l'Antarctique grâce aux premières archives du programme Landsat.

Dans les années 1970, le Groenland ne perdait pas encore de glace. Mais le phénomène ne fait désormais que s’accélérer. © Sammie Buzzard, CPOM, Northumbria University)

11 309 milliards de tonnes : quand la balance penche du mauvais côté

Dans la revue Scientific Data, ils détaillent que les deux calottes glaciaires ont perdu 11 309 milliards de tonnes de glace entre 1979 et 2023, entraînant une hausse du niveau mondial des mers de très exactement 31,4 millimètres. Le Groenland est à l'origine de la majeure partie de cette perte, tandis que l'Antarctique y a contribué à hauteur de 13,3 millimètres.

Le plus surprenant, c'est que 84 % de la perte totale s'explique par l'accélération des glaciers qui déversent davantage de glace dans l'océan. Et 16 % seulement sont dus à la fonte en surface. Pour les scientifiques, c'est la preuve que la tendance à long terme est dictée par la réponse dynamique des calottes glaciaires au réchauffement de l’océan.

La chaleur de l'océan Atlantique a été boostée par le réchauffement climatique lié aux activités humaines. © TPS Studio, Adobe Stock

Pourquoi l'océan Atlantique se réchauffe si rapidement : on a enfin la réponse !

Si tous les océans de la Planète se réchauffent, il y en a un dont l’évolution inquiète davantage : l’océan Atlantique. Sa température de surface a atteint un record inédit en août 2023 et depuis, la surchauffe de l’eau reste exceptionnelle.... Lire la suite

Autre conclusion : les pertes de glace s'accélèrent de manière marquée depuis les années 1990. Alors que le Groenland perdait environ 60 milliards de tonnes par an dans les années 1980, il en a perdu quelque 264 milliards chaque année dans les années 2010 !

En Antarctique, la glace a fondu d’environ 48 milliards de tonnes par an dans les années 1980 et 202 milliards dans les années 2010, la totalité de la perte nette étant due à la fonte, au contact de l’océan, de ses glaciers émissaires. Le débit a augmenté au cours de chaque décennie couverte par les relevés. © Andrew Shepherd, CPOM, Northumbria University

Des calottes polaires au niveau de la mer

Ces chiffres ont de quoi poser question parce que la réaction des calottes glaciaires au réchauffement climatique reste encore incertaine. Mais les estimations les plus hautes concernant d'élévation du niveau de la mer d'ici 2150 sont multipliées par 2,6 lorsque l'on prend en compte le fait qu'elles pourraient se déstabiliser. Déjà, les calottes polaires sont responsables d'environ un quart de l'élévation globale du niveau de la mer.

La montée des eaux menace de nombreux pays. © Bilanol, iStock

Top 10 des pays les plus menacés par la montée des eaux

La montée des eaux est un des phénomènes les plus redoutés lié à la crise climatique. Une catastrophe devant laquelle les pays ne sont pas tous égaux. Voici le top des pays les plus menacés au point, pour certains, de risquer de devenir inhabitables.... Lire la suite

À ce rythme, ce sont bientôt des centaines de millions de personnes vivant dans des zones côtières de faible altitude qui seront exposés. Un défi colossal d'aménagement et d'adaptation pour les mégapoles du littoral mondial, qui n'ont plus de temps à perdre pour anticiper la montée des eaux.