4 200 km, deux mois de course : cet ancien pompier suisse va rejoindre l’Ukraine en courant depuis Monaco
Pas d’appréhension mais simplement l’excitation de partir. Quelques heures avant son départ depuis la place du Palais princier, Frédéric Splendore trépigne. Fatigué d’une journée de transport depuis sa Suisse natale, l’Helvète est toujours plein d’énergie au moment d’évoquer les raisons qui l’ont poussé à s’imposer ce défi : 4 200 km de course, 140 000 m de dénivelé positif et une arrivée prévue en Ukraine le 21 septembre, date symbolique de la journée internationale de la paix.
« Ça a été une lutte pour devenir pompier professionnel mais une désillusion au fil des années de devoir se battre pour de bonnes conditions de travail. J’ai entamé une longue réflexion avec l’envie de ne pas entrer dans un cercle vicieux et laisser ce métier me changer. J’ai décidé de quitter les pompiers en octobre 2025 et ce projet est né de cette phase compliquée. Je me suis demandé ce qui compte pour moi, ce que j’ai envie de faire. Je n’ai pas spécialement d’argent, pas de pouvoir politique en revanche je cours plutôt bien. Je me suis demandé si je pouvais en faire quelque chose qui a du sens pour aider les autres. »
Les autres, ce sont les Ukrainiens, empêtrés dans une guerre depuis plus de quatre ans. Un sujet qui s’est imposé naturellement chez cet habitant de Poliez-Pittet, un village près de Lausanne. « J’ai tout simplement réfléchi au conflit qui est le plus proche de chez moi. J’avais envie d’aider la population ukrainienne. »
Justine Meddah / Nice Matin
Quant au départ depuis la Principauté, là aussi ce choix s’est fait de lui-même. « Je suis un athlète et je voulais lier la performance à ce défi humanitaire. Monaco se situe au départ de la Via Alpina, un grand réseau de sentiers de randonnée qui relie la mer Adriatique à la Principauté. Elle m’emmènera vers l’Est donc cela s’est fait instinctivement. En plus, je vise un temps record de 25 jours sur cette portion, contre 35 jours actuellement. J’espère faire parler de moi à travers ce record pour lever davantage de fonds. »
Une équipe de quatre personnes derrière lui
Car c’est le cœur de ce projet qui le fera traverser pas moins de 13 pays : récolter de l’argent pour aider autant que possible ceux dans le besoin. « On a créé une association avec des amis et l’objectif est de récolter des fonds qu’on donnera ensuite à une institution suisse qui travaille avec plusieurs associations en Ukraine sur le terrain. » Pour ce faire, Frédéric Splendore a créé une cagnotte en ligne où chacun est libre de participer à la hauteur qu’il le souhaite. Il vise 140 000 euros, soit l’équivalent du dénivelé positif qu’il devra avaler en deux mois.
Concrètement, le Suisse ne sera pas seul dans cette aventure où il parcourra 80 kilomètres par jour. Un accompagnement qui nécessite toute une organisation logistique. « J’ai une équipe de quatre personnes qui me suivra avec un camping-car. Ma compagne, ma maman, un physio et un cameraman qui m’aide à réaliser un documentaire de ce défi. Chaque jour, je ferai le ravitaillement et mes nuits dans le véhicule. Et si ma position n’est pas accessible par la route, je dormirai dans une tente que quelqu’un m’apportera à pied avec de la nourriture. »
« La course me vide la tête »
Une organisation de luxe qui sonne presque comme une banalité pour celui qui a commencé à courir à l’âge de 5 ans et qui possède déjà un long CV lorsqu’il s’agit de défis sportifs. « J’ai fait mon premier marathon à 20 ans, j’ai fait du trail, une course en Suisse avec du ski de randonnée qui s’appelle la Patrouille des glaciers et plusieurs marathons. J’ai été champion de Suisse du 100 km, j’ai aussi fait la traversée du Pacific Crest Trail aux États-Unis en autonomie. Ce que j’aime dans la course ? Plus on en fait, plus c’est facile. Ça me vide la tête, on voit des paysages et on se surpasse avec juste ses jambes et sa tête. »
Alors qu’il vient tout juste de s’élancer de la place du Palais princier d’où il a rejoint la Madone de Fenestre dans le parc du Mercantour en fin de journée, le Suisse regorge déjà d’idées pour ce qui serait la suite de son premier défi caritatif. Et se projette. « Je réfléchis à parcourir 100 km sur un tapis roulant. Il faut que je voie quand j’arriverai à le placer parce qu’il faudra que je me retrouve un peu après ce défi mais si je peux vivre de cela, ce serait génial. Courir pour aider les gens. »