L’eurodéputée Rima Hassan est accusée d’avoir renversé des drapeaux israélien et européen lors d’une exposition au Parlement européen à Strasbourg, lundi soir. Cet acte, survenu avant les commémorations de l’attaque du 7 octobre 2023 en Israël, suscite des réactions vives de la part de la classe politique.

L’eurodéputée Rima Hassan, dans le collimateur du Parlement européen. La juriste française est accusée d’avoir renversé des drapeaux israélien et européen lors d’une exposition consacrée à l’attaque du 7 octobre 2023 en Israël.

Les faits présumés remontent à lundi soir, soit deux jours avant les commémorations de l’attaque sans précédent menée par le Hamas le 7 octobre 2023 sur le territoire israélien. Cet événement avait déclenché une riposte dévastatrice ravageant la bande de Gaza et tuant plus de 74 200 Palestiniens, selon le ministère de la Santé de Gaza, dont les chiffres sont jugés fiables par l’Onu.

"Un membre de cette Assemblée a été filmé apparemment en train de dégrader une exposition" au Parlement européen "commémorant les victimes" de cette attaque, a déclaré la présidente de l’institution Roberta Metsola lors de la séance plénière à Strasbourg. "Nous prenons cette affaire extrêmement au sérieux et toutes les mesures appropriées prévues par nos procédures sont en cours, y compris le respect du droit de la personne concernée à être entendue", a-t-elle dit.

Les accusations, si elles sont avérées, "appellent de la part du Parlement européen des sanctions exemplaires", a estimé le chef de la Diplomatie française Jean-Noël Barrot devant l’Assemblée nationale. Plus tôt, son homologue israélien, Gideon Saar, a vivement réagi : "honteux, scandaleux, mais malheureusement pas surprenant", a-t-il écrit sur X.

Rima Hassan s’est d’ores et déjà expliquée "peu après les faits", selon l’équipe de l’eurodéputée. En quittant les lieux de l’exposition, elle "a retiré le drapeau israélien de son support. Le drapeau de l’Union européenne, fixé sur le même pied, est alors malencontreusement tombé sous l’effet du déséquilibre. Aucun drapeau n’a été piétiné ni détérioré", selon cette réaction envoyée par mail à l’Agence France-Presse (AFP).

5- Mon geste s'inscrit dans la dénonciation du génocide en cours, des violations du droit international et de ce deux poids, deux mesures incessants et insoutenables : jamais un drapeau Russe ne serait admis dans l’enceinte de l’institution. L’Etat d’Israël qui est partenaire de cet événement à travers son ambassade, bénéficie toujours d’une impunité totale.

— Rima Hassan (@RimaHas) October 6, 2026

"Notre geste s’inscrit dans la dénonciation du génocide toujours en cours mené par le gouvernement israélien", mais ne visait "en aucun cas les personnes auxquelles cet événement entendait rendre hommage, ni leur mémoire", a-t-elle ajouté. Dans l’hémicycle, l’élue a réitéré cette argumentation. "On peut parfaitement, comme nous l’avons fait avec notre groupe, commémorer les victimes du 7-Octobre sans s’associer à l’État israélien génocidaire", a-t-elle estimé.

Rima Hassan, Palestinienne née apatride, est arrivée en France quand elle était enfant et a acquis la nationalité française en 2010. Élue de la France insoumise, la juriste suscite régulièrement la controverse en raison de ses positions jugées très critiques envers Israël.

"Retrouver la décence"

Des eurodéputés français ont dénoncé l’incident et appelé à la dignité. François-Xavier Bellamy (PPE, droite) a estimé lundi soir que son geste présumé constituait "une manière de complicité avec ceux qui, y compris en Europe, cherchent à importer de nouveau la haine antisémite." Depuis l’hémicycle, il a ajouté mardi : "L’histoire de l’Europe a commencé par dire que la dignité, c’est d’abord le respect dû aux morts".

L’eurodéputée Nathalie Loiseau (centre, Renew) a appelé de son côté "tous les groupes politiques à retrouver de la décence", en mémoire des victimes de la Shoah et en mémoire des victimes du 7-Octobre "que nous commémorerons demain".

Selon un décompte de l’AFP basé sur des données officielles, 1 221 personnes ont été tuées lors de l’attaque du 7 octobre 2023 tandis que 251 autres ont été enlevées et emmenées à Gaza par les combattants du Hamas. L’offensive lancée en représailles par Israël à Gaza a déplacé 1,9 million de Gazaouis, soit environ 80 % de la population de la population. D’après l’Onu, 92 % des bâtiments de l’enclave ont subi des destructions ou des dégâts, soit environ 430 000 maisons. Plus de 8 000 personnes seraient encore ensevelies sous les décombres.