À Nir Oz, 46 habitants ont été assassinés et 72 enlevés lors des attaques du 7 octobre 2023. Les travaux de reconstruction sont en cours, reconstruction dans tous les sens du terme. Le kibboutz cherche à se réinventer et même à s'agrandir, sans effacer son histoire dramatique.

Par Erwan Chassin,Laurent Macchietti Publié le mercredi 7 octobre 2026 à 07:16

Des maisons neuves couleur ocre constellent désormais le kibboutz. Du 7 octobre 2023, il reste encore quelques maisons incendiées et des terrains vagues là où se trouvaient les habitations de familles dont certains membres ont été tués ou kidnappés. À Nir Oz, près de la frontière avec la bande de Gaza, c'est le cas d'un habitant sur quatre. "Cette partie, c'est le côté est, c'est une zone entièrement nouvelle, il y avait des poulaillers que nous avons évacués et ici vont être construites 80 unités de logement, dont 21 petites unités destinées aux jeunes familles", explique Ron, 60 ans, qui parcourt les allées du kibboutz en voiturette de golf.

Dix nouvelles maisons en construction

Ron vit ici depuis plusieurs années et pilote aujourd'hui la reconstruction. "Nous n'accueillons pas encore de nouvelles familles, Nir Oz n'est pas encore prêt", affirme-t-il. "Pour l'instant une cinquantaine de maisons ont été rénovées et sont toutes occupées, dix nouvelles maisons sont également en construction pour montrer à quoi ressemblera le kibboutz demain", poursuit-il. "Nir Oz reprend doucement son souffle", assure-t-il. "Je pense que les gens ont envie de participer à cette reconstruction, de bâtir quelque chose de nouveau, qui a du sens. Je sens chez les gens une vraie envie de revenir et de faire revivre Nir Oz."

Le kibboutz de Nir Oz se réinvente. Par exemple, là où se trouvait le jardin d'enfants brûlé le 7 octobre 2023, un centre de formation et de recherche sur les nouvelles technologies a été construit, inauguré en août dernier. Reconstruire, mais sans effacer la mémoire. "Chaque chemin, chaque maison ici rappelle quelque chose, chaque endroit est lié à une histoire, à des personnes, le défi c'est de reconstruire un kibboutz vivant et heureux, sans oublier son histoire et tout ce qui s'est passé ici", souligne Ron.

"Un moment décisif"

Neta, 24 ans, nous attend sous le porche de sa maison avec un grand sourire. C'est sans regret qu'elle vit ici depuis un an, venue malgré la tragédie. "Il y a eu des otages ici et c'est difficile de soutenir quelqu'un qui a vécu un traumatisme, mais en retour ces personnes m'apportent du recul et de la force, ce sont des gens très forts et c'est un environnement qui fait du bien", affirme la jeune femme, qui ne sait pas encore si son avenir est là. "L'avenir du kibboutz, maintenant c'est un moment décisif, il faut voir où tout cela va nous mener. Ça va peut-être paraître triste ou cynique, mais il y a eu un engouement autour du kibboutz, autour de la guerre, et quand la guerre sera terminée, on verra qui restera, qui continuera à faire des efforts", lance-t-elle.

"Nous, on se sent fatigués, on n'a plus la même motivation qu'il y a un an, et pour qu'il y ait un avenir, il faut continuer, malgré les difficultés, et c'est difficile", assure Neta. "Je pense que d'ici à ce que j'aie des enfants, la situation sera différente et peut-être meilleure, peut-être qu'il y aura un accord, quelque chose, la paix, ça paraît encore très loin, mais peut-être que les choses changeront", poursuit-elle. La paix, comme seule l'assurance d'une renaissance totale et pérenne des kibboutz, veulent croire Neta et Ron.