Ils ont à peine 30 ans et, déjà, leur apparence physique et leur attitude à la barre du tribunal correctionnel traduisent les stigmates d’une toxicomanie installée.

Ce vendredi 21 août, en comparution immédiate, Youri G. et Lucille C., deux Français et amis aux parcours de vie tumultueux, comparaissaient pour « usage et détention de stupéfiants aux fins d’usage personnel ». En l’occurrence, de la kétamine, un puissant médicament anesthésique et analgésique utilisé dans le médical et chez les vétérinaires et classé comme stupéfiants.

Le 17 août au soir, c’est la mère de Youri, inquiète de leur état de santé, qui joint les secours à son domicile en Principauté. « Aux urgences, le médecin indique que vous présentiez les symptômes de consommation de produits stupéfiants. Vous avez chacun déclaré avoir consommé 1,5 gramme de kétamine mais avez refusé les prélèvements sanguins et urinaires », introduit Brice Hansemann, président du tribunal.

Les policiers, qui perquisitionnent le domicile au petit matin, retrouvent 4 seringues, dont 3 s’avèrent positives à la kétamine, et des mouchoirs avec du sang frais. Mais pas de produits stupéfiants. À la barre, malgré des déclarations contraires en garde à vue, les deux réfutent toute consommation à Monaco. Mais à Menton, oui. « J’ai un sac à dos dans lequel je traîne toute ma vie. Ces seringues étaient usagées car j’avais consommé les trois jours d’avant. »

Une juge assesseure rétorque : « Vous ramenez un sac plein de seringues à Monaco alors que vous êtes en sursis ici ? Ce n’est pas crédible. » Youri, en état de récidive légal, avait été condamné le 14 juillet 2026 à 6 mois de prison avec sursis pour les mêmes faits.

Son téléphone, analysé par les enquêteurs, fait état, dès le 15 juillet, de messages portant sur la consommation de stupéfiants. Et ce n’est pas le seul élément qui accable les prévenus, surtout Youri : son dossier médical, les témoignages du concierge de l’immeuble, de sa mère ou encore une vidéo prise par celle-ci le soir des faits.

Diffusée à l’audience, elle est parlante : les deux prévenus se trouvent dans un état second. Elle, des traces blanches sur le nez. Lui, des gestes caractéristiques de la toxicomanie. « Ce sont des résidus de la consommation à Menton. Parfois, ça peut ressortir des sinus plusieurs heures après, tente-t-elle. J’avais consommé du Valium et de l’alcool. »

« La kétamine a une action rapide »

Pour Christine Mutiloa, substitut du procureur général, la défense ne tient pas. « La kétamine a une action rapide et les effets sont plutôt courts. Au repas du soir, avant la vidéo, vous étiez dans un état normal. Une consommation à Menton, ce n’est donc pas possible, défend-elle. Nous pouvons remercier cette mère protectrice car, depuis plusieurs jours, vous êtes sevrés et pris en charge. »

Elle requiert 1 mois de prison ferme pour Lucille, 4 mois ferme pour Youri et la révocation du sursis de sa précédente peine, ainsi qu’une interdiction de séjour à Monaco d’au moins 5 ans pour les deux. « Un sevrage forcé […] pour entreprendre des soins en détention et trouver la bonne voie ».

En défense, Me Lionel Dick et Me Maeva Zampori alertent sur l’impact « néfaste » qu’une détention pourrait avoir sur leur processus de reconstruction, de soins, et leur volonté d’une nouvelle vie vers Marseille. Le premier, aux intérêts de Youri, plaide pour « une liberté d’épreuve » avec soins. « Il y a un seul coupable, c’est l’addiction ». À ses yeux, aucun élément matériel ne prouve que la consommation a eu lieu à Monaco. « Pas d’aveux, pas de traces de piqûres aux bras et mains, pas d’analyse qui indique que le sang est frais. Les seringues ont-elles été utilisées récemment à Monaco ? »

« C’est aux professionnels de santé de la prendre en charge », insiste Me Zampori, en défense de Lucille. C’est sa première fois en justice, elle a reçu une claque, touché le fond. Elle a envie de s’échapper de cette réalité. Il lui faut une peine adaptée et proportionnée. »

Les juges ont condamné Youri G. à 4 mois de prison ferme et révoqué son sursis de 6 mois. Lucille G. est relaxée pour la détention mais condamnée à 8 jours de prison ferme pour l’usage. Tous deux sont interdits de territoire pendant 5 ans. Retour à la maison d’arrêt.