Il y a les lancements continus de satellites, les projets qui se multiplient, y compris celui d’envoyer des miroirs géants en orbite pour éclairer la Terre pendant la nuit… Des enjeux stratégiques, militaires, commerciaux, environnementaux ou scientifiques. SpaceX qui est entré en Bourse. L’Observatoire européen austral qui tire la sonnette d’alarme. Notre rapport poétique, ou spirituel, à la voûte céleste qui vacille.

La face du ciel est-elle de train de changer ? Sans doute. Nous semblons bien à un moment charnière. Celui où la lumière des satellites pourrait étouffer celle des étoiles. Celui où nous basculons vers des risques inédits.

Alors quelle est notre marge de manœuvre quand l’activité spatiale déteint sur notre ciel ? Quelles règles s’appliquent ? Qui est en mesure de répondre à ces questions voire d’imposer ses réponses ? Les scientifiques, les gouvernements, les entreprises privées ? Avec quelles conséquences pour nous tous ?

Dans cet article, nous explorons quelques-unes de ces questions. Il y sera question d’Elon Musk, mais pas seulement. Nous avons interrogé des spécialistes en droit, en astronomie, en défense et en anthropologie.

Une frontière floue

Mais d’abord, qu’est-ce que le ciel ? Et quelle différence par rapport à l’espace ?

"Le ciel, c’est l’étendue de l’atmosphère terrestre visible depuis la Terre", explique l’astrophysicien de l’ULiège Emmanuel Jehin. "L’espace désigne le vide et l’étendue de l’univers au-delà de cette atmosphère". Quand vous observez les nuages, vous regardez le ciel - quand vous scrutez les étoiles, vous regardez l’espace.

Mais encore ? "Le ciel nous apparaît bleu car les molécules de l’air - azote et oxygène, vapeur d’eau, particules, etc. -  diffusent la lumière du soleil et donnent l’aspect bleu. Tandis que dans l’espace, comme il n’y a pas d’air, pas de molécules, que c’est vide, l’espace est complètement noir : il ne diffuse pas la lumière du soleil. De plus dans l’espace, le son ne se propage pas car il n’y a pas de matière".

Simple. Mais question : où s’arrête l’atmosphère ? À quel endroit précis quittons-nous le ciel ou autrement dit l’environnement terrestre ?

"La limite n’est pas nette à couper au couteau parce que l’atmosphère de la Terre s’étend encore sur des centaines de km dans l’espace mais devient de plus en plus ténue". On retrouve des particules atmosphériques, arrachées par le vent solaire, jusqu’à la Lune…

Or fixer une limite a de l’importance d’un point de vue juridique. Car dans l’espace, il n’y a pas de souveraineté. Dans le ciel, dans notre atmosphère, les Etats ont la mainmise sur leur espace aérien.

"On passe d’un régime de souveraineté absolue, notamment au-dessus des territoires, dans ce qu’on qualifie en général d’espace aérien, à un régime de liberté absolue dans ce qui est l’espace extra-atmosphérique", expose Brian Kalafatian, chercheur auprès de l’Institut d’études de stratégie et de défense, et enseignant auprès de l’Université Jean-Molin Lyon 3 sur les questions spatiales.

Un Traité de l’espace volontairement évasif

Puisque les conséquences en termes de droit sont énormes, où placer la limite ?

"Le Traité de l’espace de 1967 est volontairement évasif. Les deux grands blocs [américain et soviétique], à l’époque, se sont bien gardés de régler cette question justement pour garantir leur liberté, notamment en termes de renseignements et de transit de missiles balistiques", poursuit Brian Kalafatian.

Le flou correspond donc à une réalité physique – l’atmosphère qui s’atténue progressivement – mais aussi à une volonté historique de nature politique et militaire.

Malgré tout, on peut distinguer deux écoles.

L’une détermine une altitude "frontière". On peut considérer par exemple que la limite se situe à environ 100 km au-dessus de nos têtes. C’est ce qu’on appelle la ligne de Kármán, adoptée par la Fédération aéronautique internationale. La référence pour certains Etats. D’autres situent la limite basse de l’espace extra-atmosphérique (autrement dit l’espace) entre 80 et 120 km.

L’autre approche considère que ça dépend de ce qu’on y fait, comme l’explique Yelena Esslinger, doctorante à l’Université de Bordeaux, spécialisée dans les questions transversales entre droit et planétologie. "Dans le milieu universitaire, on retient ce qu’on appelle une conception finaliste. Pour faire simple, si vous avez un avion, l’avion sera forcément dans l’espace aérien. L’avion ne peut pas aller dans l’espace extra-atmosphérique. En revanche, si vous lancez un satellite, le satellite ne peut pas aller dans l’espace aérien, donc le satellite sera dans l’espace."

Pour vous donner une idée, les satellites artificiels peuvent être en orbite au niveau de l’orbite basse qui commence à 300 km d’altitude. La Station spatiale internationale est à environ 400 km d’altitude. L’orbite géostationnaire est à 36.000 km de la Terre.

Mais, en suivant cette conception, que fait-on de ce qui se passe entre les avions et les satellites ? C’est un domaine en pleine évolution, en particulier la zone de "très haute altitude" située entre 20 km et 100 km, comme expliqué dans l’encadré bleu ci-dessous.

Finlande, Kuopio © Getty Images/Westend61

L’espace, libre d’accès

Si l’on se place au niveau des premiers satellites ou de la station spatiale internationale, on est clairement dans l’espace. On l’a dit, il n’y a pas là de souveraineté étatique.

"Toutes les questions qui concernent l’espace sont normalement traitées par les Traités de l’espace qui relèvent de l’Organisation des Nations Unies et qui sont au nombre de cinq", explique Yelena Esslinger. Peut-on s’approprier l’espace ? Réponse dans ce qui reste la grande référence, le Traité de l’espace de 1967, article 2.

Il y a un principe de non-appropriation qui est assez clair et qui signifie que l’espace n’appartient à personne et que c’est quelque chose de commun.

L’article 1 du même traité précise que l’espace est "libre d’accès". Et donc si l’espace est libre d’accès, "par principe, on peut y mener les activités que l’on veut."

Ce que l’on veut mais à quel point ? Par exemple, on peut polluer la Lune ? Nommer ses cratères ? S’approprier les ressources ? On lance autant de satellites qu’on veut ? On peut y envoyer des touristes ? Des armes ? On peut illuminer le ciel pendant la nuit ? On peut afficher de la publicité visible depuis la Terre ?

"La question est moins tranchée. La question est très débattue", explique Yelena Esslinger.

Un Traité de l’espace aujourd’hui dépassé ?

"Quand on fait des recherches et qu’on remonte dans les années 50, quand on lit les discussions préparatoires, quand on regarde un peu les préoccupations des astronomes, les préoccupations des juristes, on se rend compte qu’il y a quand même pas mal de choses qui étaient pensées", estime Yelena Esslinger.

Mais, ajoute-t-elle :

Ce que le Traité de l’espace de 1967 n’a pas prévu, ce sont des évolutions technologiques telles que la possibilité aujourd’hui d’envoyer des satellites quasiment toutes les semaines.

En 1967, on était en effet loin d’imaginer qu’il serait un jour question d’envoyer jusqu’à 1.700.000 satellites au-dessus de nos têtes (une estimation de l’Observatoire européen austral).

Aujourd'hui, voici ce que l'on peut déjà constater sous nos latitudes alors qu'on compte plus de 15.000 satellites actifs en orbite basse.

5 juin 2024 – Cette image résulte de la superposition de clichés pris sur une durée de 30 minutes, une nuit du début du mois de juin, à une latitude de 51° Nord (similaire à la nôtre). © VW Pics

(A noter qu’il s’agit d'une perspective proche de l’horizon et en direction du soleil, avec des satellites Starlink plus brillants qu’au zénith, ce qui exacerbe le résultat.)

Par ailleurs, les traités relèvent du droit international et d’une certaine conception multilatéraliste. Ne sont-ils pas aujourd’hui fragilisés au même titre que d’autres pans du droit international ?

"Effectivement. Aujourd’hui, on parle de blocage du multilatéralisme qui évidemment se répercute sur l’espace. Après, en ce qui concerne plus précisément les traités de l’espace, ils sont quand même ratifiés par la plupart des Etats." Et en particulier par les puissances spatiales, Etats-Unis, Chine, Russie, France et Japon. Ce qui n’est néanmoins pas le cas du Traité sur la Lune.

Au niveau des Nations-Unies, il existe aussi le Comité des Nations Unies pour les Utilisations pacifiques de l’Espace extra-atmosphérique (COPUOS). "Ça fait un peu film de science-fiction des années 50, mais c’est réellement comme ça qu’il s’appelle. Il dépend lui-même du Conseil de sécurité des Nations Unies", révèle Olivier Hainaut, de l’Observatoire européen austral

On peut discuter de comment fonctionnent les Nations Unies, mais je dirais que pour le moment, c’est encore ce qu’on a de mieux.

Ce comité s’inscrit lui aussi dans une vision multilatérale de l’espace.

Mais face aux nouveaux enjeux qui émergent, il n’y a pas de consensus. Il y a une concurrence entre Etats et une montée en puissance du business. Démonstration en 2015 avec le "Space Act" des Etats-Unis d’Obama, qui avalise une forme d’appropriation des ressources des corps célestes. Suivi en 2020 par les Accords Artemis, qui n’ont pas valeur de traité et sont contestés par la Chine et la Russie. Ces puissances spatiales mènent leur propre initiative, la Station internationale de recherche lunaire.

Bref, si l’espace n’appartient à personne en théorie ; en pratique, c’est une autre histoire. Et les acteurs privés se mêlent aussi des règles du jeu.

"On s’est rendu compte, dans le spatial notamment, que la standardisation était reine", commente Brian Kalafatian. "L’intérêt, c’est de pouvoir imposer à d’autres acteurs des règles de standardisation plutôt que d’avoir des grands traités internationaux. Et c’est ce que font, par exemple, les États-Unis."

Le fait qu’Elon Musk soit presque hégémonique dans la couche spatiale basse fait de lui un acteur incontournable et lui permet de gérer les affaires.

Concrètement ? "Par exemple, pour éviter des collisions, on contacte SpaceX, Starlink en l’occurrence, plutôt que de contacter le département d’État des États-Unis." Dans le même temps, Elon Musk a besoin d’une autorisation pour lancer ses satellites. "Elon Musk, il fait absolument ce qu’il veut dans la limite des règles fixées par l’État", complète Yelena Esslinger.

Cette image montre une vue de Palm Jumeirah, à Dubaï, alors que le vaisseau spatial SpaceX Dragon passe sous la Station spatiale internationale. Elle a été prise par l’astronaute de l’ESA Tim Peake le 10 avril 2016. © 2016 ESA/NASA

Les scientifiques ont-ils leur mot à dire ?

Du côté des scientifiques, on observe les évolutions actuelles avec inquiétude. Il y a la question de la gestion des déchets, de plus en plus nombreux et qui peuvent endommager les satellites utiles à l’observation scientifique de la Terre notamment.

Il y a aussi la question de l’appauvrissement de la couche d’ozone stratosphérique causé par les émissions des lancements de fusées.

Ou encore la question de la démultiplication des initiatives privées de lancement de satellites, qui pourrait entraîner des conséquences qualifiées de "dévastatrices" sur l’astronomie.

À ce sujet, l’Observatoire européen austral a récemment tiré la sonnette d’alarme, chiffres à l’appui. Les projets actuels porteraient jusqu'à 1,7 million le nombre de satellites envoyés sur orbite. Or pour préserver notre capacité à observer le ciel nocturne, il n’en faudrait pas plus de 100.000, qui plus est peu lumineux, c’est-à-dire invisibles à l’œil nu.

Les deux projets concentrant le plus d’inquiétudes sont ceux de Space X (un million de satellites) et de Reflect Orbital (50.000 satellites très lumineux). Or, malgré les interpellations des scientifiques, la "Federal Communication Commission" américaine vient d’autoriser cette dernière à envoyer un prototype de satellite-miroir en orbite pour fin 2026.

Pour Emmanuel Jehin, astrophysicien et professeur à l’ULiège, c’est une très mauvaise nouvelle, un très mauvais signal.

"Cette autorisation a été donnée par une commission qui n’est chargée que de regarder le problème des communications radio : ils regardent si les fréquences sur lesquelles va émettre ce satellite ne viennent pas perturber d’autres satellites, par exemple. Ce qui est assez incroyable, c’est qu’ils disent clairement que les perturbations pour les astronomes ou pour les animaux ne sont pas de leur ressort."

Ce qui démontre le problème en termes de régulation internationale selon lui.

On se rend compte, depuis l’émergence de ce qu’on appelle le New Space, c’est-à-dire l’utilisation de l’espace par les sociétés privées pour faire du business, qu’il manque vraiment ce genre de régulation.

Une régulation qui irait plus loin que les traités internationaux (eux-mêmes insuffisants) pour permettre la prise en compte de davantage de critères.

Le second mandat de Donal Trump a également un impact estime Emmanuel Jehin : "Elon Musk, avec ses très nombreux lancements de fusées depuis une réserve naturelle, avait des problèmes sous l’ère Biden, parce qu’il y avait des restrictions au niveau écologique et que ça prenait du temps pour pouvoir avoir les autorisations. Depuis que Trump est au pouvoir, il a vraiment les mains libres pour faire ce qu’il veut."

Et de dénoncer une fuite en avant, pointant l’effet d’entraînement sur d’autres puissances comme la Chine : "On est vraiment à un moment charnière où il faut prendre des décisions sur ce qui est permis et pas permis de faire dans l’espace".

Il faudrait en quelque sorte faire le tri. Car pour l’astrophysicien, il ne s’agit pas d’oublier que l’utilisation de l’espace peut être "extrêmement bénéfique aux êtres humains." Et de citer le GPS, les télécommunications, les images satellites de la Terre (qui permettent aujourd’hui d’étudier le changement climatique ou de surveiller les incendies, entre autres)…

On ne pourrait plus se passer de l’espace aujourd’hui. Mais on peut se poser l’intérêt de l’utilité du New Space par rapport aux conséquences que cela va amener.

Cette préoccupation est partagée par les Académies des sciences des pays membres du G7, qui estiment que la gouvernance internationale de l'espace est un enjeu majeur et qui ont récemment recommandé de créer un groupe intergouvernemental sur la durabilité spatiale (IPSS). Ce groupe permettrait d'offrir une expertise globale sur les risques environnementaux, un peu à l'image du GIEC pour le changement climatique.

Le ciel étoilé, un droit "inaliénable de l’Humanité"

En 2007, une Conférence Internationale pour la défense de la qualité du ciel nocturne et le droit d’observer les étoiles avait abouti à la Déclaration de La Palma. Au-delà même de l’impact sur l’astronomie, c’est l’impact sur l’humanité tout entière, dans toutes ses dimensions, qui était au centre des discussions.

Voici le premier article de la Déclaration (ici en intégralité) :

"Le droit à un ciel nocturne non pollué, qui permet de contempler le firmament, doit être considéré comme un droit inaliénable de l’Humanité, équivalent à tous les autres droits environnementaux, sociaux et culturels, au regard de son impact sur le développement de tous les peuples et sur la préservation de la biodiversité."

Mais quel poids pour ce type de déclaration face aux enjeux exposés plus haut ?

L’astrophysicien français Aurélien Barrau – adepte des formules choc - s’est fendu d’un franc coup de gueule sur le même sujet, répercuté sur les réseaux sociaux : "Nous pensions quand même que la voûte céleste, c’est ce qu’ils ne pouvaient pas nous voler. C’est la dernière chose qu’il nous restait." (vers 12'20" dans la vidéo ci-dessous)

Pour lui, plus largement, notre rapport au spatial, qui se manifeste notamment dans les différentes missions spatiales, relève d’une faillite humaine d’ordre symbolique :

C’est de valoriser le geste le plus arrogant qui soit, le geste de désublimation de ce qui constituait le dernier refuge de notre lien à l’ailleurs, c’est-à-dire le ciel.

Désublimation car "on parle de conquête spatiale. C’est une forme de néocolonialisme qui se joue ici. […] C’est le même geste. On ira planter un drapeau. On ira conquérir des ressources. C’est ça l’Occident."

Une grille de lecture qui peut offrir un autre éclairage notamment sur l’initiative des astronautes d’Artemis qui ont baptisé deux cratères lunaires lors de leur dernière mission : "Carroll" pour l’un (du nom de l'épouse décédée de l'un des astronautes), "Integrity" pour l’autre. 

Une autre relation au ciel et à l’espace

Susie Pottier est postdoctorante en anthropologie à la chaire Espace de l’Ecole normale supérieure-PSL. Elle n’étudie pas l’espace en lui-même mais les relations que les humains tissent avec lui.

"Le ciel a toujours rempli des fonctions structurantes dans de nombreuses sociétés", rappelle-t-elle, citant le calendrier, les rites, l’architecture ou encore la navigation. Sans oublier les mythes qui sont liés à la cosmologie. "Chaque culture projette sur la voûte céleste son ordre social, ses récits, ses hiérarchies. C’est un vieil héritage pour l’humanité. J’étudie l’espace pour étudier la Terre en premier lieu. Il y a un effet miroir".

Aujourd’hui, il y a selon elle plusieurs régimes de rapports au ciel, plusieurs visions qui coexistent et qui parfois s’opposent : "vision du scientifique - qui cherche à comprendre, vision matérialiste - qui cherche à exploiter, et vision du symbolique et de l’esthétique - qui soit cherchent à donner du sens, soit peuvent contempler l’espace, en faire un lieu d’art, de réflexion, de contemplation."

L’astronaute, presque un demi-dieu

La pollution lumineuse a physiquement éloigné une grande majorité des Occidentaux du ciel, surtout dans les grandes villes, avec une forme de désacralisation, estime-t-elle.

"Mais le registre du symbolique est vraiment toujours très présent. On le voit dans la fascination qu’ont les gens pour le spatial, qui est entretenue par les acteurs du spatial eux-mêmes parce qu’ils dépendent de cet émerveillement, de cette fascination du grand public. On le voit aussi dans la personne de l’astronaute, par exemple, qui est presque vue comme une sorte de demi-dieu."

Cette fascination n’est cependant pas universelle. Le spatial – dans toutes ses dimensions – peut aussi être vécu comme une confiscation du ciel, l’imposition d’une vision au détriment des autres.

Le point de vue des aborigènes d’Australie ou des Amérindiens

"Nous considérons la Lune comme un objet inanimé, un gros caillou, parce qu’en Occident, nous avons séparé l’homme de la nature", illustre Susie Pottier.

"Mais dans de nombreuses cultures, les objets non humains, que ce soit les animaux, les plantes, les arbres, mais aussi des objets inanimés comme les pierres, les montagnes, les fleuves, sont considérés comme des agents." Beaucoup de peuples considèrent par exemple la Lune comme un agent, "c’est-à-dire un être doté d’intentions et non pas quelque chose de passif."

Ce qui signifie que certaines pratiques peuvent être vécues comme des profanations. "Plusieurs fois dans l’histoire de la Nasa, les Navajos ont protesté contre le fait de laisser des déchets, ou des restes humains, sur la Lune". Référence notamment à la mission Peregrine qui transportait les cendres de 69 défunts. Un exemple parmi d’autres.

"J’étais en Australie, chez des communautés aborigènes", rapporte l’anthropologue. "L’espace est pour eux quelque chose d’accessible, pas avec des fusées, mais avec leurs propres outils. Ils y vont par les rêves ou par la pensée. Ils ne voient pas vraiment l’intérêt d’aller physiquement sur place."

Quelle place faisons-nous à cette humanité-là, interroge-t-elle? "Puisque l’Occident détient cette puissance spatiale, technologique, mais aussi économique, de faire ce qu’elle veut, elle rejette de la main des croyances qui sont considérées comme quelque chose de presque primitif, si vous voulez."

Alors, à qui appartient le ciel, selon elle ? "Le ciel appartient à ceux qui peuvent se l’offrir et qui peuvent envoyer des objets physiques pour prendre place concrètement dans l’espace."

Et vous, quelle serait votre réponse ? Votre idéal? Et quel est aujourd’hui votre propre rapport au ciel ?