Donald Trump moqué, soldat iranien piétinant un drone américain, navires de guerre en flammes: d’immenses fresques installées dans les rues de Téhéran mettent en scène le récit officiel iranien de la guerre avec Israël et les États-Unis.

L’AFP a obtenu un accès exceptionnel à l’équipe de «La Maison des designers», qui conçoit ces affiches déployées dans les lieux les plus fréquentés de la capitale. Dans un pays où l’art et la communication sont soumis à de nombreuses restrictions, le studio travaille au sein de l’un des principaux groupes de médias publics et diffuse ses créations sur des panneaux financés par le gouvernement.

Trump, cible favorite

L’une des affiches les plus spectaculaires illustre l’enjeu du détroit d’Ormuz, dont l’Iran revendique le contrôle. Elle représente une partie du visage de Donald Trump, bâillonné par un tissu bleu épousant la forme du détroit, sous la légende «Point de rupture», en persan et en anglais.

Mostafa Kafaï, 32 ans, qui dirige le studio, explique que son équipe doit constamment réagir à l’actualité. «Quand une information tombe, l’équipe se mobilise: on rassemble les idées et on travaille avec les graphistes», raconte-t-il. Autour de lui, des photos rendent hommage à des Iraniens présentés comme des «martyrs» des différents conflits depuis l’avènement de la République islamique en 1979.

Une autre création montre Donald Trump enfermé dans une boîte de prestidigitateur avec cette phrase: «Fermez les yeux, vous avez disparu!» Elle fait référence à un incident survenu en juillet en Turquie, lorsque le président américain avait été transféré discrètement d’Air Force One vers un autre appareil à bord d’un camion de ravitaillement en raison de menaces pour sa sécurité.

Photoshop et intelligence artificielle

L’équipe, qui compte jusqu’à huit personnes, peut produire une affiche urgente en quelques jours. L’essentiel du travail est réalisé sur Photoshop, mais les graphistes utilisent également «différents moteurs d’IA, comme ChatGPT et Nano Banana», précise Mostafa Kafaï.

Un immense panneau récemment installé à Téhéran représente ainsi un soldat iranien écrasant sous son pied un drone sous-marin américain. L’œuvre fait écho à l’annonce par l’Iran de la saisie d’un tel engin dans le détroit d’Ormuz.

Depuis le début de la guerre, déclenchée fin février par des frappes américano-israéliennes contre la République islamique, Téhéran a fortement restreint la navigation dans ce passage stratégique pour le commerce mondial des hydrocarbures, tandis que l’armée américaine impose un blocus des ports iraniens.

«L’armée de Satan se noiera»

Une autre affiche met en scène un guerrier légendaire au milieu d’une mer déchaînée où brûlent des navires de guerre américains. «L’armée de Satan se noiera dans le golfe Persique», proclame la légende.

S’inspirant de la pochette de l’album Nevermind de Nirvana, une autre création montre Donald Trump sous l’eau, en costume-cravate, tentant d’attraper un billet d’un dollar. «GRANDE VICTOIRE! Détroit d’Ormuz», ironise le texte.

D’autres panneaux géants glorifient l’Iran, son ancien guide suprême Ali Khamenei, tué au début de la guerre, ou encore ses alliés, comme l’ancien chef du Hezbollah Hassan Nasrallah, assassiné lors d’une frappe israélienne. Ces images accompagnent désormais le quotidien des habitants de la capitale.

Une propagande pensée pour les passants

Pour Mostafa Kafaï, ces affiches permettent à ceux «qui ne s’intéressent peut-être pas particulièrement à la politique» de saisir «le contexte général» de la guerre.

Mahmoudreza Rezaï, 53 ans, se souvient notamment d’un panneau portant la mention «cadeau de mariage de Satan». «Cela m’a fait réfléchir quelques minutes. [...] Il y avait quelque chose qui ressemblait à une énigme», raconte-t-il. Il avait ensuite fait le lien avec une attaque américaine menée en septembre dans le sud du pays, qui avait fait plusieurs morts lors d’un mariage.

Sahar Jahedi, employée dans une pharmacie, dit pour sa part avoir été impressionnée par le panneau montrant Donald Trump dans une boîte, installé place Jomhouri, dans le centre de Téhéran. «Beaucoup de gens ont des difficultés pour survivre et ils n’ont peut-être pas le temps» de suivre l’actualité, estime cette femme de 24 ans. Selon elle, «des panneaux comme celui-ci [...] peuvent jouer un rôle important pour les tenir davantage informés».

La bataille se joue aussi sur les réseaux

Depuis le début de la guerre, cette communication ne se limite pas aux rues de la capitale. Des comptes iraniens, officiels ou non, ont également inondé les réseaux sociaux de contenus présentant leur vision du conflit, notamment des vidéos créées par intelligence artificielle, dont certaines reprennent l’esthétique des films d’animation Lego.

Agence France-Presse

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