Vendredi, le président américain Donald Trump a fait l’annonce d’un accord, qu’il décrit comme « LE PLUS GROS ACCORD PÉTROLIER DANS L’HISTOIRE DU MONDE », avec le Venezuela. Malgré l’incertitude qui plane autour de l’entente, des experts croient qu'un retour en force du pétrole vénézuélien sur le marché aura des conséquences sur l’industrie canadienne, notamment en offrant une compétition au pétrole canadien.

Les deux pays produisent une quantité similaire de pétrole brut lourd, mais au cours des dernières décennies, le pétrole canadien a peu à peu comblé le trou laissé dans le marché américain lorsque les exportations vénézuéliennes ont chuté.

Or, les exportations vénézuéliennes entreraient en compétition directe avec le brut canadien dans le marché côtier américain du Golfe, expliquait en janvier l'économiste Marc Ercolao, de TD Economics, après l’annonce que le Venezuela allait rendre aux Américains près de 50 millions de barils de pétrole.

Selon lui, le marché côtier du golfe du Mexique représente environ 10 % des exportations canadiennes aux États-Unis.

Plusieurs observateurs avancent qu’une augmentation rapide et à grande échelle de la production de pétrole au Venezuela est improbable. Des années de sous-investissement dans le secteur, des sanctions et l’incertitude politique seraient responsables de ce lent retour.

Cependant, même un rétablissement graduel de l’industrie réintroduirait une concurrence considérable dans le marché du brut lourd en Amérique du Nord, dit Christopher Hernandez-Roy, directeur du programme des Amériques au Center for Strategic and International Studies, à Washington.

Quels sont les détails de l’accord?

Le gouvernement américain et une compagnie au Venezuela ont formé ensemble une nouvelle compagnie privée qui possède les droits d’exploitation de 17 champs pétroliers pour les 100 prochaines années.

Selon la présidente par intérim du Venezuela, Dalcy Rodríguez, les réserves prouvées de ces champs sont de 65 milliards de barils. Elle affirme aussi que l’accord attirera des investissements de 100 milliards $ US dans l’industrie pétrolière vénézuélienne et générera 209 milliards $ US en recettes fiscales pour Caracas.

Selon une source américaine de CBC, l’achat du pétrole sera distribué à la réserve stratégique de pétrole des États-Unis, ainsi qu'à l’armée américaine.

L’accord permet aussi à Washington de se procurer ce pétrole au prix coûtant.

Selon lui, une augmentation considérable du brut vénézuélien pourrait réduire la valeur que les producteurs canadiens obtiennent pour leurs barils exportés.

À long terme, cette présence accrue du pétrole vénézuélien pourrait aussi pousser le Canada à poursuivre plus agressivement sa stratégie de diversification de ses partenaires commerciaux.

La Chine, l’acheteur numéro un du brut vénézuélien, aura peut-être besoin de réorienter stratégiquement ses sources d’importations, ce qui donne du pouce à l’argument en faveur de la diversification du commerce énergétique canadien.

Et le prix de l'essence, dans tout ça?

Quant au prix à la pompe, l’accord avec le Venezuela ne devrait pas l'influencer dans l'immédiat, selon plusieurs experts, même si Donald Trump affirme le contraire.

Certains experts ont répété à maintes reprises que les infrastructures pétrolières moribondes du Venezuela prendront des années et plusieurs milliards de dollars à réparer. Une soudaine hausse en production n’est donc pas attendue de si tôt.

Selon Amy Myers Jaffe, la directrice du laboratoire pour l’Énergie, la Justice climatique et la durabilité à l’Université de New York (NYU), l’accord pourrait aider à long terme, mais il ne va pas du tout changer le prix de l’essence au dépanneur lors de la longue fin de semaine de la fête du Travail.

Kevin Book, directeur général à ClearView Energy Partners, croit que le Venezuela peut bâtir sur sa production de pétrole – par le passé, le pays produisait quotidiennement au moins 2,5 millions de barils de plus qu’aujourd’hui – mais souligne ce genre d’investissement prend du temps.

Ça n’arrive pas tout en même temps. Ça va prendre du temps – plusieurs années – [pour] déployer autant de capitaux et produire ce genre de résultats progressifs que l’histoire suggère comme possible, dit Book.

Avec les informations de CBC, de l'Associated Press et de l'Agence France-Presse

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