J’ai parcouru 2 000 km en voiture électrique en plein chassé-croisé d'été, et tout ce qu'on m'avait prédit s'est révélé faux
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Publié le 09/08/26 à 07h00
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Parcourir plus de 2 000 kilomètres au beau milieu du mois de juillet au volant d'une voiture électrique compacte relève-t-il du saut d'obstacles ou de l'exercice parfaitement maîtrisé ? De la banlieue parisienne aux sommets pyrénéens en passant par l'Île de Ré, j'ai pris le volant d'une Kia e-Soul pour tester la réalité du réseau de recharge en période de grande affluence. Entre fausses frayeurs, pièges tarifaires et arbitrages d'itinéraires, récit de mon périple estival, sans langue de bois.
© Les Numériques - Road-trip en voiture électrique : ma traversée de la France au cœur du chassé-croisé d'été
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Tout a commencé par un imprévu de dernière minute : la Peugeot 308 de ma sœur prévue pour le voyage est restée au garage (merci le contrôle technique expiré depuis trois ans !). Heureusement, un ange gardien m'a tirée d'affaire en me confiant sa Kia e-Soul — et je l'en remercie chaleureusement —, une compacte 100 % électrique pour avaler plus de 2 000 kilomètres en plein chassé-croisé de juillet. Le décor était alors idéal pour un crash-test grandeur nature afin de mettre à l'épreuve les idées reçues et les clichés sur la voiture électrique : autonomie en berne, files d'attente interminables sous le cagnard et factures constituent le triptyque de terreurs de quiconque envisage de traverser la France en véhicule électrique.
Pour confronter les discours officiels à la réalité du bitume, je suis partie de Saint-Maurice dans le Val-de-Marne avec la batterie chargée à 90 %. Cap d'abord sur l'Île de Ré, puis cap sur les Pyrénées pour la seconde semaine de vacances, avant de boucler la boucle vers la capitale. Deux mille kilomètres et trois étapes clés plus tard, l'expérience offre une leçon très concrète sur l'état de nos infrastructures.
En amont du départ : l'art de concilier préparation d'itinéraire et maîtrise du budget
Pour réussir un périple estival en électrique, la préparation reste la clé. Avant de prendre le volant, j'ai d'abord configuré notre itinéraire sur l'application ABRP (A Better Routeplanner). Si le service fonctionne très bien pour tracer une première feuille de route, elle n'est pas infaillible. Au fil du trajet, la réalité du terrain m'a parfois rattrapée : stations bondées de monde, voire bornes carrément hors service. Pour éviter les mauvaises surprises, la meilleure stratégie consiste à repérer dès la phase de préparation les stations d'envergure dotés d'au moins une dizaine de bornes. En cours de route, un coup d'œil rapide sur les applications d'opérateurs comme Electra ou Ionity permet de vérifier la disponibilité en temps réel juste avant de s'arrêter.
L'ajout du véhicule et du circuit dans l'application ABRP.
© Les Numériques
Cette phase d'anticipation est également indissociable de la gestion du budget. Car si la recharge électrique est globalement nettement moins chère que le plein d'essence, on peut optimiser encore la note en étant malin. C'est le moment d'identifier les offres et les codes promos : j'ai ainsi profité d'un mois gratuit sur Electra+ pour bénéficier de tarifs préférentiels sur les bornes de la marque et celles de ses partenaires.
Ma stratégie du "hors-autoroute" pour fuir l'enfer des grands axes
Mon premier tronçon vers l'Île de Ré a très vite posé les bases de ce qui allait devenir mon credo de voyage. Lorsqu'il faut dix heures et demie pour rallier la Charente-Maritime depuis la région parisienne, le raccourci consiste souvent à pointer du doigt la lenteur des recharges.
Capture d'écran ABPR et Electra
Sur le terrain, mon constat est tout autre : ce retard était à 100 % imputable aux ralentissements d'un samedi noir sur les routes. Pour ne pas ajouter du temps d'attente à la frustration des bouchons, j'ai immédiatement appliqué la règle du crochet hors autoroute. Alors que mon planificateur d'itinéraire s'obstinait à me diriger vers des aires de repos saturées, une simple sortie de l'autoroute (vers Tours) m'a permis de faire repasser ma batterie de 15 % à 95 % en 70 min, le temps de déjeuner en paix.
La recharge sur une borne hors-autoroute
© Les Numériques
Cette démarche m'a apporté un double bénéfice, tant sur le plan logistique que financier. En visant les zones commerciales périphériques, j'ai profité d'un tarif très compétitif d'environ 0,29 € par kWh, bien loin des prix fort appliqués sur le réseau concédé. Le trajet m'a néanmoins réservé sa première douche froide. En voulant m'arrêter sur l'aire de Rouillé-Pamproux Nord après une heure de ralentissements intenses, j'ai découvert des bornes désertes... parce qu'elles étaient tout en panne, malgré les informations relatée dans application. Cet imprévu m'a rappelé une règle fondamentale : toujours conserver une marge de manœuvre vers un plan B. Un dernier arrêt éclair sur la borne Electra de Lagord m'a finalement ouvert les portes de l'Île pour un coût total en énergie de 21,18 € sur cette première traversée.
Sur l'Île de Ré, la douloureuse leçon du stationnement horodaté
L'arrivée sur la côte Atlantique m'a confrontée à un autre défi : la pénurie d'équipements dans les zones à forte pression touristique. Sur l'Île de Ré, l'infrastructure locale se résume bien souvent à une borne unique de deux prises au cœur de chaque village. Trouver un point de charge disponible en plein chassé-croisé relevait du jeu de piste, m'obligeant à guetter régulièrement l'application au fil de la journée pour sauter sur la moindre occasion avant notre départ vers le Sud. C'est précisément là que j'ai commis la principale erreur financière de mon séjour, matérialisée par une facture de 42,29 € sur une borne e-Totem du réseau MobiVE à Ars-en-Ré, pour seulement 36,4 kilowatt-heures injectés.
En disséquant mon ticket, j'ai rapidement compris l'origine du sinistre. Le problème ne venait pas du prix du courant en lui-même, mais d'une règle d'utilisation que je n'avais pas anticipée. Passé un délai de deux heures et demie de branchement, l'opérateur applique une pénalité de 0,10 € par minute supplémentaire afin de décourager les "voitures ventouses". Mon véhicule étant resté branché plus de sept heures (eh oui, j'étais partie en rando vélo...), la surtaxe horodatée a dépassé à elle seule les vingt-sept euros. Cette mésaventure m'aura au moins servi de leçon pour le reste du voyage : sur les réseaux publics locaux, il faut impérativement repasser débrancher son véhicule dès la fin de la charge sous peine de voir l'addition s'envoler.
Cap sur les Pyrénées : quand la courbe de charge dicte son rythme
Le cap vers les Pyrénées m'a plongée dans une atmosphère singulière, traversant la Gironde à proximité des feux de forêt, sous un ciel chargé d'orage et un épais brouillard de fumée étalé sur près de cent kilomètres. Les consignes et recommandations officielles appelant à éviter la région et à annuler les séjours dans la zone de Bordeaux et des Landes ont considérablement vidé les routes, ce qui nous a permis de circuler facilement sur cet axe habituellement saturé Cette étape a été marquée par une attente de 20 min à une station sur l'A10. L'application annonçait 7 bornes (haute puissance) disponible alors que le site n'en comptait finalement que 4 en service, ce qui a créé un goulot d'étranglement sur une aire particulièrement mal entretenue.
© Les Numériques
Cet arrêt m'a surtout permis de mesurer les travers des algorithmes de guidage. Mon application m'enjoignait de charger jusqu'à 94 % de batterie pour sécuriser mon arrivée en montagne. Or, la vitesse de recharge de la e-Soul s'effondre drastiquement au-delà de 80 % afin de préserver les cellules. M'entêter à atteindre ce pourcentage élevé m'a fait perdre un temps précieux sur la station. La décision la plus efficace aurait été de couper le câble à 80 % et de prévoir une seconde halte de quinze minutes plus loin. Malgré cet écueil et la note d'Ars-en-Ré, la traversée de la France du Nord au Sud me sera revenue à 60,59 € au total, dont 18,30 € pour la recharge rapide Ionity.
Un retour exemplaire grâce au choix de la nationale et du départ décalé
Pour clore ce périple et remonter vers Saint-Maurice, c'est l'anticipation du calendrier qui a tout changé. J'ai pris la décision d'effectuer le trajet retour un vendredi plutôt qu'un samedi. Un arbitrage magistral : mes onze heures de route pour parcourir plus de huit cents kilomètres se sont écoulées sans la moindre ombre au tableau et avec zéro minute d'attente devant les câbles. Après une première halte sur une station près de Bordeaux pour 18,60 €, j'ai quitté le ruban autoroutier pour emprunter la Nationale 10 vers Poitiers.
© Shutterstock / sav_an_dreas
Ce détour par le réseau secondaire m'a permis de contourner les axes saturés tout en profitant des hubs de recharge implantés dans les zones commerciales. Mon arrêt sur la station Electra de Poitiers s'est déroulé de manière fluide pour 19,35 €, avec un accès direct aux commerces et commodités. La dernière charge sur l'aire de Blois pour 13,60 € m'a confirmé la désertion des stations Ionity d'autoroute en dehors du week-end. Le coût total de ce grand retour vers le Val-de-Marne s'est stabilisé à 65,79 €.
Au terme de ces 2 000 km d'essai, mon bilan financier s'élève à 147,56 €, une somme qui aurait pu s'abaisser à 119,77 € sans ma mésaventure de stationnement sur l'Île de Ré. À titre de comparaison, le même trajet au volant de la Peugeot 308 de ma sœur roulant au Sans Plomb 95 m'aurait coûté environ 250 € de carburant. Cette immersion estivale prouve qu'un grand voyage en compacte électrique est loin d'être un chemin de croix. Il impose simplement un changement de culture et l'assimilation de quelques réflexes simples. Une fois ces règles intégrées, la route s'ouvre avec une sérénité remarquable.
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