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Publié le 17/07/26 à 07h30

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La Chine et la Russie préparent la destruction de Starlink, quitte à sacrifier leurs propres satellites. Des documents confidentiels détaillent ce plan commun contre la constellation Starlink de SpaceX.

La Chine et la Russie ont un plan secret pour détruire Starlink, quitte à sacrifier leurs propres satellites

© Shutterstock

C'est au début de ce mois de juillet que le média The Insider et l'hebdomadaire Der Spiegel ont publié ces documents pourtant top secret. Une source anonyme leur a transmis ces fichiers, un peu plus d'un an auparavant. Et dedans, la Chine et la Russe décrivent un plan secret pour s'attaquer à Starlink mais l'effet boomerang guette.

Une réunion secrète entre la Russie et la Chine

© The Insider

Les journalistes ont mis la main sur quatre présentations montrées au troisième forum de coopération militaro-technique entre la Chine et la Russie. Il s'agit d'une réunion bilatérale dans le plus grand secret, sans que personne ne soit au courant. Depuis 2020, les deux pays organisent ce rendez-vous chaque année.

En novembre 2023, des chercheurs chinois ont présenté leur plan contre Starlink à ce forum, à Canton. En décembre 2026, la Russie accueillera le sixième rendez-vous à Saint-Pétersbourg. Les documents couvrent cinq domaines militaires, des armes antisatellites à l'aviation de combat.

Les fautes du texte russe de ces diapositives montrent que la partie chinoise les a sans doute rédigées. Huang Hui et Ren Jie, deux chercheurs de la China Aerospace Science and Technology Corporation, ont signé la présentation autour de Starlink. Cette entreprise d'État pilote les lanceurs Long March et une bonne partie des satellites militaires chinois.

Starlink a changé la donne militaire en Ukraine. En novembre 2023, les forces ukrainiennes ont reçu plus de 40 000 terminaux pour rester connectées. On parle de communications de commandement, de pilotage de drones, de correction de tir, de logistique et d'évacuation sanitaire. Le réseau n'est pas centralisé et les satellites se relaient par liaisons laser et le trafic passe par des centaines de stations au sol . Pour faire simple, la destruction d'une station au sol ne réduit pas la capacité du réseau.

Les chercheurs chinois présentent cette résistance comme une menace. Leur document décrit Starlink comme un "blocus" qui occupe l'orbite basse et les bandes du spectre au détriment de la concurrence. Résultat, une attaque contre le réseau est de la légitime défense dans leur présentation.

Un plan en trois phases pour neutraliser Starlink

© The Insider

Les chercheurs chinois découpent leur plan en trois phases. Leur argumentaire s'étend du recours au droit international à la destruction pure et simple de l'ennemi étasunien. La première étape mobilise le droit et la diplomatie, avec une pression contre l'expansion de Starlink au nom du risque de collisions.

La deuxième étape prévoit des demandes de fréquences et de créneaux orbitaux auprès de l'Union internationale des télécommunications, pour préempter ceux visés par SpaceX. Un brouillage électromagnétique régional accompagne ces demandes.

La troisième étape prévoit la paralysie physique du réseau. On parle de cyberattaques par les terminaux et des armes bon marché. Ces armes détruiraient les satellites plus vite que SpaceX ne les remplace.

La Chine et la Russie attaquent déjà. La Russie brouille les terminaux Starlink sur le front ukrainien. La presse chinoise a annoncé la conception d'une arme à micro-ondes au sol capable de menacer l'orbite basse, sans confirmation extérieure. Les services de renseignement de l'OTAN surveillent aussi un projet russe d'éjection de projectiles dans l'orbite d'une constellation.

En juin 2023, une délégation chinoise a négocié à Moscou avec Almaz-Antey, le premier fabricant russe de défense antiaérienne. Les négociateurs chinois sont repartis avec un contrat d'armement. Une partie de l'arsenal décrit à Canton existe.

Attaquer Starlink toucherait les satellites sino-russe

© The Insider

Sauf que voilà, une attaque contre Starlink frapperait les satellites russes et chinois. Un satellite pulvérisé en orbite basse génère des milliers de fragments qui tournent pendant des décennies. Pour rappel, le tir antisatellite chinois de 2007 a créé plus de 2 700 débris, toujours présents.

Le tir russe de 2021 en a ajouté environ 1 500. Ces fragments frappent ensuite d'autres satellites et en produisent de nouveaux. En 1978, les astrophysiciens Donald Kessler et Burton Cour-Palais ont décrit cet emballement, appelé depuis le syndrome de Kessler. En clair, une attaque massive contre Starlink rendrait l'orbite basse inutilisable pour tous, même pour Pékin et Moscou. Un dommage collatéral trop lourd à porter pour les pays (enfin, pour la Chine surtout).

Mais ce n'est pas tout, la Russie prépare une arme bien plus radicale. En 1967, le traité de l'espace a interdit toute arme nucléaire en orbite. La Russie travaille pourtant sur un satellite porteur d'une charge nucléaire. Une explosion nucléaire en orbite basse piégerait des particules chargées autour de la Terre pendant 300 jours. Ce rayonnement grillerait les circuits et les alimentations électriques de tous les satellites de la zone, sans distinction de pavillon. Le risque culminerait pendant les 20 premiers jours.

La Chine a beaucoup à perdre en orbite basse car ses deux constellations Guowang et Qianfan comptent plus de 350 satellites lancés, sur plus de 28 000 prévus. En 2028, Guowang veut lancer 3 600 satellites par an. Cette constellation vise 310 satellites en fin d'année et 900 l'an prochain.

Bref, les deux pays cherchent à abattre un réseau installé dans l'orbite dont dépendent leurs propres programmes. La Russie accuse un retard bien plus lourd avec Bureau 1440. En 2027, cette entreprise vise une exploitation commerciale avec 288 satellites. Moscou a moins à perdre en orbite basse que Pékin, ce qui explique une partie de son envie d'y aller frontalement.

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