Aéroport de Roissy : pourquoi les billets d'avion pourraient augmenter pour financer un chantier de 8,2 milliards d'euros
Le projet de modernisation de l’aéroport Charles-de-Gaulle n’échappera pas à quelques turbulences. Mercredi 29 juillet, le Groupe ADP, gestionnaire des aéroports parisiens et l’Etat, propriétaire des infrastructures, ont pourtant conclu une étape décisive : trouver un accord concernant le plan d’investissement du projet, « le plus ambitieux jamais réalisé à Paris », selon Philippe Pascal, Président-directeur général (PDG) de Groupe ADP.
8,2 milliards d’euros d’investissements repartis sur huit ans seront nécessaires aux travaux d’agrandissement. Ils devraient augmenter la capacité d’accueil du site de Roissy afin qu’il puisse recevoir 18 millions de passagers annuels supplémentaires, pour porter sa capacité globale à 90 millions de voyageurs d'ici 2035. Cette décision stratégique vise à booster « la compétitivité des aéroports parisiens », justifie le Groupe ADP notamment vis-à-vis des « grands hubs internationaux tels que ceux de Londres, d’Istanbul ou du Moyen-Orient » précise le ministère de la Transition écologique.
Vidéo
Lire aussi
L’augmentation des redevances aéroportuaires remise en cause
Le financement de ce projet, présenté pour la première fois en décembre 2025, repose principalement sur l’augmentation des redevances aéroportuaires. Un point qui irrite particulièrement les petites compagnies aériennes concurrentes d’Air France. Elles estiment que ce plan d’investissement leur fait « porter le financement d’une stratégie qui ne les concerne pas directement », indique le Scara (syndicat des compagnies aériennes autonomes) dans un communiqué publié le 3 août. L’objectif serait d’« d’attirer des lignes internationales et à faire de Roissy-CDG un hub de correspondances apte à rivaliser avec les grandes plateformes internationales » poursuit le syndicat qui regroupe des transporteurs aériens effectuant du court et moyen-courrier ainsi que de l’Ultramarin comme Air Antilles, Air Caraïbes ou encore Air Corsica.
Dans le détail, le Groupe ADP parie notamment sur une croissance du trafic des passagers de 1,9 % par an pendant 8 ans pour financer les travaux ainsi que sur une hausse des tarifs de redevances plafonnés en moyenne à 2,1 points au-dessus de l’inflation pour la période 2021-2034. Selon le Scara, il faut prévoir une progression des redevances passagers de « 34 % sur les lignes domestiques et de 21 % sur les liaisons européennes et ultramarines, contre 16 % seulement sur les dessertes internationales. ».
Lire aussi
Une « distorsion de concurrence » au profit d’Air France ?
Le syndicat souligne aussi le déséquilibre des investissements prévus. « Près de 40 % » des 8,2 milliards d’euros « iront au hub de correspondances de CDG et 20 % aux liaisons point-à-point, les 40 % restants correspondant à des investissements communs », dépeins le Scara. Or, les passagers en correspondance ne représentent actuellement que 29,5 % du trafic total des aéroports du Groupe d’ADP, selon le syndicat.
Du côté d’easyJet, le directeur France, Bertrand Godinot qui s’est exprimé dans un article des Echos du 1er août, parle, quant à lui, de « distorsion de concurrence » visant à favoriser Air France. Il rappelle que l’abattement de redevance en cas de correspondance de 40 % aujourd’hui, passera à 60 %.
Le projet de chantier prévoit principalement l’aménagement d’un satellite international (zone d’embarquement) à la place du terminal 2G déjà existant, raccordé au reste de l’aéroport via une extension du métro interne, LISA. Les capacités des salles d’embarquement seront renforcées et un nouveau train de correspondance au sein du hub de Roissy sera créé. Le Groupe ADP souhaite lancer les travaux dès 2027. Il doit encore obtenir d’une part un avis consultatif des compagnies aériennes ainsi que l’aval de l’autorité de régulation des transports (ART) prévu pour cet automne.