La vidéo dure un peu plus de cinq minutes et elle glace le sang. On y voit deux policiers frapper et entraver le corps d'un homme, allongé sur le ventre, compressé au sol. On l'y entend supplier : "Aidez-moi, aidez-moi…", puis c'est le silence. Le corps s'immobilise, l'agonie prend fin. Ces images tournent en boucle depuis lundi sur les télévisions italiennes et sur les réseaux sociaux, suscitant l'effroi et l'indignation.

Cette scène s'est déroulée dans le quartier "Palestro", une banlieue de Bologne où Abderrahim Fakir, un ressortissant marocain âgé de 42 ans, arrivé en Italie à l'âge de sept ans, venait régulièrement pour rencontrer ses amis. "D'après ce que je connais de lui, il était bon comme le pain; ce qui lui est arrivé pourrait nous arriver à tous", déplore une voisine. Dimanche matin, Abderrahim Fakir déambulait dans un état de détresse psychique évidente : il donnait des coups de tête dans les portes de garage, demandant de l'aide, se disant en danger de mort. Des policiers ont été appelés sur les lieux par un habitant. Après avoir utilisé un spray au poivre pour le neutraliser, les deux policiers ont empêché les secouristes, arrivés sur place, d'intervenir, préférant immobiliser Abderrahim Fakir avec des menottes et le maintenir au sol, provoquant son décès.

En Italie, Giorgia Meloni connaît un été compliqué : "Ce projet de loi naît de sa volonté d'avoir le pouvoir absolu !"

Un bouclier pénal pour les policiers

Le parquet de Bologne a ouvert une enquête mais aucun des policiers ni des secouristes n'a été inculpé. Le dossier va être traité dans le cadre d'une procédure particulière, comme le prévoit désormais une nouvelle loi votée par la majorité au pouvoir, qui a voulu créer une sorte de bouclier pénal pour les forces de l'ordre.

Les enquêteurs ont saisi les images de la bodycam du chef de patrouille, ainsi que les nombreuses vidéos tournées par les riverains des immeubles entourant les lieux du drame. L'enquête devra vérifier si les agents ont agi correctement et si le protocole de ce genre d'intervention, en cas de crise psychique, a été respecté.

"Si un médecin avait été envoyé sur place, il aurait pu le sauver", a affirmé Mario Balzanelli, président de l'association des médecins urgentistes. L'homme était asthmatique; l'usage du spray au poivre pour le calmer, la position des agents pour le maintenir au sol, sans oublier une intervention médicale tardive et maladroite de la part des secouristes font partie des éléments figurant dans le dossier.

En Italie, le général Vannacci déserte les rangs de La Ligue de Matteo Salvini, pour lancer un parti d'extrême droite décomplexée

Manifestation, violence et polarisation politique

Lundi, l'indignation était palpable à Bologne. Le maire, Matteo Lepore, qui dirige une administration de gauche, a appelé la population à se réunir sur la place centrale pour exiger que la vérité sur la mort d'Abderrahim Fakir soit faite en toute transparence. "Personne ne peut mourir de cette façon", a-t-il déclaré.

Cinq mille personnes se sont réunies pacifiquement, dont la nièce de la victime, Yossra Fakir, âgée de 23 ans. "Abderrahim n'est pas un fait divers; c'était une personne; c'était mon oncle, un frère, un homme qui avait une histoire, des sentiments et des personnes qui l'aimaient profondément, a-t-elle dit face à la foule. "Je suis sa nièce la plus âgée et je veux lui donner ma voix. Nous exigeons la vérité et la justice, le respect et l'humanité; nous ne demandons pas la vengeance. Personne ne doit plus mourir de cette manière."

Des groupes antagonistes ont alors pris possession des rues du centre-ville, provoquant des dégâts importants et cherchant l'affrontement avec les forces de police. Des débordements violents qui ont enflammé le débat politique.

Deux policiers condamnés pour la mort de George Floyd

"Ce qui s'est passé à Bologne est inacceptable", a écrit Giorgia Meloni sur les réseaux sociaux, tout en prenant la défense des policiers incriminés. "La vérité doit être faite mais rien ne peut justifier la violence contre les forces de l'ordre", estime-t-elle.

La présidente du Conseil a également pointé du doigt le maire de Bologne, coupable à ses yeux d'avoir organisé une manifestation contre les policiers. Ce dernier a été défendu par Elly Schlein, secrétaire du Parti démocrate : "Le maire a juste décidé de gouverner le sentiment de frustration et d'indignation qui était perceptible dans la ville, plutôt que de laisser une communauté entière aux mains des seuls antagonistes et extrémistes."

Déjà fortement polarisé après l'emprisonnement d'un bijoutier condamné à quatorze ans de prison pour avoir assassiné deux cambrioleurs sans être en état de légitime défense, le monde politique italien se divise davantage encore face à la mort d'Abderrahim Fakir et sur le rôle de la police. La sécurité est plus que jamais au centre du débat citoyen et politique en Italie.

Pour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.