AIDS 2026: en Afrique, les progrès contre le VIH-Sida menacés par la chute des financements
La 26ᵉ Conférence internationale sur le sida s’achève ce vendredi 31 juillet à Rio de Janeiro. Alors que de nouveaux outils de prévention suscitent beaucoup d’espoir, la baisse des financements contraint déjà plusieurs pays africains à réduire leurs programmes de prévention et les services destinés aux populations les plus exposées.
« Il n’est plus possible de faire comme avant. » C’est l’un des principaux messages qui ressort de la conférence AIDS 2026, organisée à Rio de Janeiro dans un contexte de profonde fragilisation de la lutte mondiale contre le VIH.
Pendant une semaine, scientifiques, gouvernements, bailleurs, associations, activistes et personnes vivant avec le VIH ont confronté les dernières avancées médicales aux difficultés grandissantes rencontrées pour les rendre accessibles.
« La particularité de cette conférence est qu’elle rassemble les scientifiques, les épidémiologistes, les responsables de programmes et les activistes pour parler de l’épidémie, mais aussi de ce qui doit changer », souligne Mary Mahy, directrice de l’équipe chargée des données et des preuves à l’ONUSIDA.
Une chute de 18% des financements internationaux
Selon l’ONUSIDA, les financements internationaux consacrés à la lutte contre le VIH ont chuté de 18 % en 2025. Malgré l’augmentation des dépenses nationales de certains pays, les ressources totales disponibles pour la riposte ont reculé d’environ 6%.
« C’est une baisse très sévère », souligne Mary Mahy. « Mais nous avons aussi constaté que certains pays avaient pris le relais en augmentant leurs propres financements. »
En Éthiopie et en Ouganda, les gouvernements et les communautés ont notamment réussi à accroître l’accès à la prophylaxie préexposition, ou PrEP, un traitement préventif destiné aux personnes séronégatives les plus exposées au VIH.
Mais tous les pays n’ont pas les mêmes marges de manœuvre. Certains États africains consacrent jusqu’à cinq fois plus au remboursement de leur dette qu’à leur budget de santé.
« Il sera très difficile pour eux d’absorber ces coûts du jour au lendemain », avertit Mary Mahy. « Certains pays s’en sortent bien, d’autres beaucoup moins. »
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Les traitements maintenus, la prévention fragilisée
Pour éviter un effondrement immédiat, les pays ont concentré les ressources disponibles sur les personnes déjà sous traitement antirétroviral. Le nombre de patients traités dans le monde est ainsi passé d’environ 31 millions en 2024 à 32 millions en 2025.
Mais ce maintien des traitements s’est fait au détriment de la prévention, de la décentralisation des services et des populations les plus exposées.
« Les pays ont concentré leurs efforts sur les traitements », explique Alexandra Calmy, professeure en maladies infectieuses aux Hôpitaux universitaires et à l’Université de Genève, présente à Rio. « Le risque principal, c’est de mettre de côté la prévention et les populations clés, c’est-à-dire les personnes les plus vulnérables face au VIH. »
Une enquête menée auprès de partenaires du programme américain PEPFAR dans 46 pays montre que 43 % des organisations qui proposaient des actions de prévention ont définitivement arrêté ces services. Les répondants ont également signalé la fermeture de 1 714 points de prestation de services.
Au Nigeria, au Cameroun et en Zambie, l’accès à la PrEP a chuté de plus de moitié, selon les données présentées à Rio.
« Mettre fin à des services destinés aux personnes les plus exposées les rend encore plus vulnérables », insiste Alexandra Calmy. « C’est une source d’inquiétude majeure. »
La situation des enfants vivant avec le VIH fait également partie des préoccupations évoquées pendant la conférence. Leur couverture thérapeutique reste inférieure à celle des adultes : selon l’ONUSIDA, 55% des enfants vivant avec le VIH reçoivent un traitement, contre 78% des adultes.
Les chiffres doivent cependant être interprétés avec prudence. En Afrique subsaharienne, le nombre d’enfants vivant avec le VIH a lui-même diminué entre 2024 et 2025, notamment grâce aux progrès réalisés dans la prévention de la transmission de la mère à l’enfant.
Le risque d’une reprise de l’épidémie
Les nouvelles infections et les décès liés au sida se situent actuellement à leur niveau le plus bas depuis plus de trente ans. Mais l’ONUSIDA considère que ces acquis restent extrêmement fragiles.
La baisse de la prévention et des services communautaires pourrait entraîner une remontée des contaminations et, à terme, des décès liés au sida.
Ces services jouent un rôle essentiel pour atteindre les personnes qui hésitent à se rendre dans des structures de santé classiques par peur de la stigmatisation : travailleurs et travailleuses du sexe, hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, personnes transgenres ou personnes s’injectant des drogues.
« La réussite de la lutte contre le VIH repose en grande partie sur les communautés », rappelle Mary Mahy. « Lorsqu’une personne reçoit des services d’un pair qui ne la stigmatise pas, elle est beaucoup plus susceptible de venir chercher un moyen de prévention ou un traitement. »
L’espoir d’une pilule mensuelle
L’interruption des programmes de prévention contraste pourtant avec les progrès scientifiques présentés à Rio.
Après le lenacapavir, une injection qui protège contre le VIH pendant six mois, une nouvelle molécule pourrait encore élargir les possibilités de prévention : l’alimatravir, également appelé MK-8527.
Le laboratoire Merck a présenté des résultats encourageants pour les essais de phase 2. Une phase 3 doit encore confirmer l’efficacité et la sécurité de la molécule avant une fabrication espérée à partir de 2027.
Cette pilule prise une fois par mois pourrait notamment offrir davantage d’autonomie aux adolescentes et aux jeunes femmes qui ne peuvent pas toujours imposer l’usage du préservatif, ni même refuser un rapport sexuel.
« Il y aura des personnes qui préféreront une pilule quotidienne, d’autres une injection tous les six mois, et d’autres encore un comprimé mensuel », observe Alexandra Calmy.
Pour l’infectiologue, le modèle à suivre est celui de la contraception : proposer plusieurs solutions afin que chaque personne puisse choisir celle qui correspond le mieux à sa situation.
« Si l’on pose la question aux jeunes femmes et qu’on leur offre plusieurs options, c’est là que l’on aura le meilleur impact », estime-t-elle.
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Produire davantage de médicaments en Afrique
Le développement de la production pharmaceutique africaine fait partie des solutions discutées à Rio.
Le traitement antirétroviral standard, pris quotidiennement par les personnes vivant avec le VIH pour contrôler le virus et empêcher sa progression, coûte environ 58 dollars par patient et par an dans plusieurs pays africains.
L’Égypte, le Kenya, l’Afrique du Sud et l’Ouganda fabriquent déjà des médicaments antirétroviraux.
En Afrique du Sud, le groupe pharmaceutique Aspen doit également participer à la production générique de l’alimatravir. Une molécule orale devrait être plus facile et moins coûteuse à produire qu’un traitement injectable complexe comme le lenacapavir.
« L’un des messages importants de la conférence est de réfléchir à la manière de développer la production locale en Afrique, afin de réduire une partie des coûts qui quittent aujourd’hui le continent pour traiter les populations africaines », explique Mary Mahy.
Mais la fabrication locale ne résout pas, à elle seule, le problème de l’accès. Les médicaments doivent encore être financés, achetés et distribués au-delà des grandes villes et des hôpitaux centraux.
« Le fait qu’un pays dispose de doses de lenacapavir ne signifie pas qu’il y aura un accès universel », souligne Alexandra Calmy. « Si le produit reste concentré dans un hôpital de la capitale, les personnes qui vivent à l’autre bout du pays n’y auront pas accès. »
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Ne plus dépendre d’un seul bailleur
La crise actuelle met aussi en évidence les dangers d’une trop grande dépendance envers un seul partenaire financier.
Entre 2011 et 2024, plusieurs gouvernements européens ont progressivement réduit leurs contributions. En 2024, les États-Unis représentaient ainsi environ 80 % du financement international de la lutte contre le VIH.
Lorsque Washington a modifié sa politique en 2025, l’ensemble du système a été déstabilisé.
« La principale leçon est de ne pas dépendre d’un seul donateur pour financer la riposte au VIH », estime Mary Mahy. Elle appelle aussi les bailleurs à éviter les retraits brutaux et à annoncer suffisamment tôt les changements de financement, afin de laisser aux pays le temps de s’adapter.
L’objectif de mettre fin au sida comme menace pour la santé publique d’ici à 2030 reste possible, estime l’ONUSIDA. Mais il suppose une mobilisation commune des États africains, des bailleurs et des organisations internationales.
À Rio, le constat n’est pas seulement pessimiste. Alexandra Calmy souligne au contraire une forte mobilisation des gouvernements, des ONG et des bailleurs : « Les participants ne sont pas là pour dire que tout est perdu. Ils partent d’un constat factuel et se demandent comment sortir de cette situation. »
Cette mobilisation doit maintenant se traduire par une réorganisation durable de la riposte. « On ne peut pas perdre les efforts accomplis au cours des trente dernières années », conclut Alexandra Calmy. « Il faut réorganiser la gouvernance et faire en sorte que les innovations servent la santé publique, sans aggraver les inégalités. »
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