Après les manifestations de ce samedi, le bilan humain est lourd. À Mulhouse, une jeune fille de 17 ans a été blessée par un tir de projectile. Les faits se sont déroulés vers la Porte-Jeune, peu avant 18 h, dans un contexte d’affrontements entre forces de l’ordre et manifestants violents. La victime a été prise en charge par les secours. Elle a été hospitalisée en urgence, et malgré une opération, l’enfoncement de son plancher orbital était tel que son oeil gauche ne pourra « selon toute vraisemblance » pas être sauvé, a indiqué le parquet. Alerté, ce dernier a décidé de saisir l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), à Metz, d’une enquête de flagrance pour violences aggravées.

« Les investigations menées par ce service spécialisé, sous la direction du parquet, permettront d’établir le déroulé précis des faits ayant conduit à cette blessure grave. Elles seront complexes compte tenu de l’importance du nombre de personnes présentes et du caractère extrêmement difficile des opérations de maintien de l’ordre qui ont été menées », précise Nicolas Heitz, le procureur de la République. On ne sait pas la nature du projectile en cause.

Les locaux de la Compagnie des Transports Strasbourgeois (CTS) ont été dégradés lors de la manifestation, à Strasbourg le 17 octobre 2026. Photo Roméo Boetzlé

Les locaux de la Compagnie des Transports Strasbourgeois (CTS) ont été dégradés lors de la manifestation, à Strasbourg le 17 octobre 2026. Photo Roméo Boetzlé

Plaie à la tête, œdème à un œil

À Strasbourg, un jeune homme de 27 ans a lui aussi été blessé à un œil. Les témoins de la scène, qui s’est tenue place de la Grande-Boucherie, parlent de saignements abondants, d’une victime « presque inconsciente » et d’un tir de projectile, par un membre des forces de l’ordre, sur des manifestants qui se protégeaient des jets de lacrymo et aidaient un commerçant à ranger les tables et les chaises de sa terrasse.

Au total, à Strasbourg, 17 personnes ont été blessées parmi les manifestants, dont une jeune femme de 21 ans prise en charge pour des dermabrasions à la suite d’un jet de pétard, une autre de 17 ans touchée au pied gauche et une autre personne qui a été blessée en empêchant des casseurs de s’en prendre à un abribus – elle souffre d’une plaie à la tête et d’un œdème à l’œil.

Du côté des forces de l’ordre, on dénombre 27 fonctionnaires de police blessés, l’un victime d’un traumatisme crânien à la suite d’un tir de mortier, un autre ayant reçu un pavé sur la cuisse et un souffrant d’une luxation de l’épaule. Les policiers disent manquer d’équipements (tenues antifeu, gilets pare-coups, casques de protection à visière solide…). Vingt-sept interpellations ont eu lieu à Strasbourg, dix à Mulhouse (dont six placements en garde à vue) et une à Colmar.

A la gare lors de la manifestation à Mulhouse le 17 octobre 2026.   Photo Jean-François Frey

A la gare lors de la manifestation à Mulhouse le 17 octobre 2026.   Photo Jean-François Frey

Primark, Jott ou encore McDonald’s « vandalisés »

Dans les rues des villes, l’heure était ce dimanche aux réparations et au nettoyage. La cité du Bollwerk s’est réveillée « avec la gueule de bois » , lançait, dépité, un habitant de la rue du Sauvage, l’artère majeure du centre-ville. Les agents de la propreté étaient sur le pont dès samedi soir et aussi ce dimanche matin. À ramasser les éclats de verre des abribus et des panneaux publicitaires, brisés par dizaines. À contempler les panneaux de signalisation arrachés, les caméras de vidéosurveillance jetées à terre et les pavés déchaussés. Beaucoup de conteneurs à verre ont été incendiés.

Dégradations autour de Porte Jeune, lors de la manifestation à Mulhouse le 17 octobre 2026.   Photo Jean-François Frey

Dégradations autour de Porte Jeune, lors de la manifestation à Mulhouse le 17 octobre 2026.   Photo Jean-François Frey

Strasbourg compte cinq commerces « vandalisés » (Primark, Jott, McDonald’s, une agence de téléphonie mobile et la boutique de la CTS), mais d’autres, comme plusieurs agences bancaires, ont subi des dégâts moindres. La boutique centrale de la CTS, place Saint-Pierre-le-Vieux à Strasbourg, a été dévastée. « Tout est détruit, les présentoirs, les comptoirs », décrit Catherine Trautmann, maire de Strasbourg. Elle ajoute que la CTS est de surcroît « ric-rac niveau budget… » - un audit de ses finances pourrait bientôt être lancé.

À Mulhouse, un assaut mené contre le siège de la police municipale a été repoussé. On dénombre une dizaine de vitrines dégradées et quatre magasins « mis à sac ». La mairie a aussi été ciblée, rue Pierre-et-Marie-Curie : un groupe d’une dizaine de casseurs a brisé les sas d’entrée et saccagé le hall d’accès aux étages. Il y a eu une tentative du même genre à Strasbourg, où une vitre a été brisée, rue Brûlée.

La statue de Kléber, dégradée au lendemain de la manifestation, à Strasbourg le 18 octobre 2026.   Photo Roméo Boetzlé

La statue de Kléber, dégradée au lendemain de la manifestation, à Strasbourg le 18 octobre 2026.   Photo Roméo Boetzlé

Une cellule d’accompagnement juridique

La Ville de Strasbourg a décidé de mettre en place « rapidement » une « cellule d’écoute et d’accompagnement juridique ». Concrètement, il s’agit d’une permanence téléphonique et physique assurée par les associations Viaduq/France Victimes et SOS Habitants. « Il faut le faire vite, parce qu’on craint que les commerçants aient vraiment des gros soucis. Il faut réparer, il faut traiter avec les assurances », explique Catherine Trautmann, qui présidait dimanche matin une cellule de crise avec ses adjoints et les services de la Ville.

Frédéric Marquet, le maire de Mulhouse, a suivi la situation dans sa ville à distance, « en lien permanent avec le sous-préfet ». Il a dû faire face à de vives critiques, puisqu’il se trouvait à Strasbourg, pour le match Racing-PSG, au moment où quelque 300 casseurs menaient des dégradations dans les rues du centre-ville. « J’ai passé une soixantaine d’appels et je me suis même retiré du match. Ma présence physique n’aurait eu aucun impact dans le contexte de violences urbaines », plaide-t-il. Il souligne le travail mené par son adjoint à la sécurité, Thierry Coutaye.

Lors de la manifestation du 17 octobre à Strasbourg, qui a compté près de 15 000 personnes avant de se scinder en divers cortèges.   Photo Cédric Joubert

Lors de la manifestation du 17 octobre à Strasbourg, qui a compté près de 15 000 personnes avant de se scinder en divers cortèges.   Photo Cédric Joubert

Un manque d’anticipation ?

À Strasbourg, la préfecture avance que 15 000 personnes se sont rassemblées place Kléber puis que la manifestation, « non déclarée », s’est ensuite scindée en deux cortèges, puis en groupes « diffus » qui ont déambulé dans les rues du centre jusqu’à tard dans la soirée. On comptait encore 1 500 manifestants à 20 h. « Il n’y avait pas de parcours, pas de service d’ordre, décrit Mme Trautmann. Le gouvernement a peu anticipé. La police elle-même était tendue en effectifs. »

À Mulhouse, face à un cortège de 1 500 personnes dont 300 « casseurs », les forces de l’ordre ont semblé « dépassées » par les événements. Dans les deux cités alsaciennes, il a été fait appel à des renforts d’équipes de gendarmerie. Les forces de l’ordre redoutent d’avoir à revivre de tels affrontements dans les semaines à venir.