Anatomie de la chute du projet d’expansion de Billy Bishop
Avec le rejet du projet d’expansion de l’aéroport Billy Bishop par Ottawa, les militants qui s’opposaient à la vision de Doug Ford d’agrandir la piste d’atterrissage de l’aéroport du centre-ville de Toronto ont poussé un soupir de soulagement. Mais l’Ontario ne renonce pas pour autant à ses ambitions. Retour sur un projet controversé.
Vendredi, le ministre fédéral des Transports, Steven MacKinnon, a indiqué par voie de communiqué que son gouvernement allait se concentrer exclusivement sur les améliorations en matière de sécurité déjà approuvées.
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M. MacKinnon assure également qu’il continuera de travailler en collaboration avec nos partenaires afin d’évaluer les besoins de la région en matière de connectivités tout en protégeant les intérêts des résidents.
Nous n’irons pas de l’avant avec des projets qui empiéterait sur des espaces publics précieux, comme le parc Little Norway ou la plage Hanlan’s Point, qui entraîneraient une augmentation du bruit, auraient des répercussions environnementales importantes ou nuiraient à la capacité de Toronto de construire des logements dont elle a grandement besoin.
Pour la députée fédérale de Spadina-Harbourfront, Chi Nguyen, la décision fédérale fait état de la volonté des Torontois. Ce n’est pas quelque chose que nos résidents souhaitent ni que je peux soutenir, a-t-elle expliqué en entrevue à CBC.
Ce que nous avons entendu très clairement, c'est que l’espace du lac Ontario de Toronto doit se développer avec notre communauté et non à ses dépens.
Selon le spécialiste en aviation John Gradek, les compagnies aériennes ne voulaient pas de cette expansion.
Il n’y avait vraiment aucune donnée probante à notre disposition qui examinait les justifications de cet agrandissement, raconte-t-il.

Le directeur du programme de gestion de l’aviation de l’Université McGill, John Gradek, ne croit pas que les compagnies aériennes voulaient du projet. (Photo d’archives)
Photo : Radio-Canada / Frédéric Deschênes
M. Gradek note également que le gouvernement fédéral a uniquement fermé la porte pour le moment.
Il pourrait y avoir un besoin, peut-être une nouvelle génération d’avions à turbopropulseurs plus silencieux qui feront leur apparition, explique-t-il. Prolonger la piste [à] 2000 mètres [de longueur] et aller mettre du remblayage dans le lac n’est pas la solution, conclut toutefois le spécialiste.
La nouvelle mouture d’un vieux projet
Ce n’est pas la première fois qu’un gouvernement libéral à Ottawa rejette un projet d’expansion similaire. En 2015, Marc Garneau, alors ministre des Transports à Ottawa, avait fermé la porte à la réouverture de l’entente tripartite entre le fédéral, la Ville de Toronto et l’Administration portuaire de Toronto pour permettre à des avions à réaction d’atterrir à l’aéroport Billy Bishop.
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Au printemps dernier, le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, avait remis de l’avant le projet en indiquant sa volonté d’exproprier la Ville de Toronto de l’accord tripartite qui régit la gestion des terrains de l’aéroport Billy Bishop. M. Ford avait alors proposé d’ajouter plus de 700 mètres de piste afin de permettre à des avions à réaction d’atterrir à l’aéroport.

Le premier ministre Doug Ford (deuxième à gauche) croit que le projet est essentiel pour le développement de la région. (Photo d’archives)
Photo : La Presse canadienne / Frank Gunn
Quelques semaines plus tard, le gouvernement Ford a adopté un projet de loi mettant de l’avant sa volonté de créer une zone économique spéciale autour de l’aéroport.
La loi ontarienne autorise la création de zones économiques spéciales, où les lois provinciales et règlements municipaux pourraient être suspendus par décret pour favoriser le développement notamment de grands projets d’infrastructures dans la province.
Le gouvernement fédéral avait alors lancé des consultations publiques afin de prendre le pouls des Torontois sur la question, qui a mené au rejet du projet vendredi au grand soulagement des militants.
Est-ce que c’est la fin du projet de Doug Ford?
Pas nécessairement. Par voie de communiqué vendredi, le ministre ontarien des Transports, Prabmeet Sarkaria, dit se [réjouir] de poursuivre [son] travail pour faire avancer l’agrandissement de l’aéroport Billy Bishop. M. Sarkaria a assuré que les retombées du projet sont évaluées à 8,5 milliards de dollars par an à l’économie canadienne.
Alors que ces travaux se poursuivent, nous avons hâte de découvrir et nous anticipons un plan qui garantira la protection des espaces publics (notamment les îles de Toronto), traitera les impacts potentiels sur le plan sonore et environnemental et agrandira et améliorera le parc Little Norway.
En désignant l’aéroport Billy Bishop comme une zone économique spéciale, le gouvernement permet de suspendre les règlements municipaux et les lois provinciales. Or, la loi ontarienne n’a jamais subi l’épreuve des tribunaux.

L'Ontario assure vouloir poursuivre le processus. (Photo archives)
Photo : Radio-Canada / Patrick Morrell
En vertu de la loi adoptée lors de la dernière session parlementaire, Queen’s Park a officiellement remplacé la Ville de Toronto dans l’accord tripartite sur la gestion de l’espace sur les terrains de l’aéroport. La loi a aussi donné au gouvernement de l’Ontario le contrôle théorique du territoire des îles de Toronto, y compris un petit parc, nommé LittleNorway.
La mairesse Chow a demandé à Doug Ford de rendre les terrains en question à Toronto. Sur X, elle indique avoir déposé une motion d'urgence au conseil municipal à cet effet.
Nous réclamons depuis longtemps de voir les plans, alors même que l’Administration portuaire de Toronto les dissimule activement. Nous avons étudié les répercussions sur le logement, l’environnement, la congestion routière, et bien plus encore. Nous avons découvert qui en tirerait profit, notamment les banquiers de Wall Street chez JP Morgan. Le conseil municipal s’est officiellement opposé à cet excès de pouvoir inacceptable. Nous maintenons cette position, ajoute Mme Chow.
L’Ontario ne s’est pas prononcé sur la question à la suite de la décision fédérale.
Questionné par Radio-Canada sur les prochaines étapes, le bureau de M. Sarkaria s’est fait avare de commentaires. Le ministre Sarkaria n’a pas non plus indiqué si les terrains allaient être retournés à la Ville de Toronto, indiquant seulement se réjouir de poursuivre son travail .