André Aribaud, une histoire politique carcassonnaise, est décédé
Ancien adjoint de Raymond Chesa à Carcassonne, fonctionnaire territorial longtemps à l’œuvre à Narbonne, André Aribaud est décédé ce mardi 4 août à Castelnaudary, à l’âge de 78 ans.
C’est l’histoire d’un candidat qui, en 2008, se définissait comme "un homme de droite et du centre, depuis 30 ans". L’histoire d’un "ami de 30 ans" comme la politique en compte tant, d’un parcours fait de hauts et de bas, d’alliances et de coups de Trafalgar. André Aribaud est décédé ce mardi 4 août, dans la matinée, à Castelnaudary, des suites d’une embolie pulmonaire, à l’âge de 78 ans. Un décès qui invite à se plonger dans plus de 30 ans d’archives. Et à revisiter les féroces luttes municipales qui ont agité le chef-lieu de l’Aude, repris par Raymond Chesa à la gauche en 1983, pour un règne prolongé jusqu’à son décès, en janvier 2005.
20 ans plus tôt, c’est sur la liste du maire sortant qu’André Aribaud émarge. Logique compagnonnage, pour celui qui a fait ses armes au RPR, et qui participera aussi à la refondation de la droite sous l’appellation de l’UMP. Ancrage national doublé d’une subtile déclinaison locale, lorsque vient à naître l’Union pour Carcassonne (UPC), association destinée à "contribuer à l’expansion de la ville de Carcassonne sur le plan économique, social et culturel". Plus prosaïquement, un micro-parti. Et surtout une machine électorale locale, pensée par et pour Raymond Chesa, installée rue Aimé-Ramond, à deux pas de la mairie.
Rattrapé par une peine de trois ans d’inéligibilité
Président de l’UPC, conseiller municipal, lieutenant incontournable, André Aribaud est en toute logique de nouveau de la partie en 2001, pour le 4e succès consécutif de Raymond Chesa. Fidélité récompensée d’un rang d’adjoint en charge de l’urbanisme, mais aussi de vice-président d’une interco tout juste née, la communauté d’agglomération du Carcassonnais (CAC) et ses 16 communes fondatrices. Parcours sans-faute. Jusqu’à ce que la justice ne rattrape le fonctionnaire territorial, la même année : le 19 juin 2001, le tribunal correctionnel de Nîmes le juge coupable de "faux en écriture publique", et le condamne à deux ans de prison avec sursis et trois ans d’inéligibilité. Si André Aribaud est alors à l’œuvre en mairie de Narbonne, comme directeur général des services adjoint, c’est pour des faits remontant à 1988 que la justice rattrape l’homme. Une "vraie fausse délibération" consacrée à une concession de plage privée au Cap d’Agde, rédigée alors qu’André Aribaud est le secrétaire général de la municipalité conduite par Pierre Leroy-Beaulieu.
Candidat en 2008, colistier en 2009, 2014, 2020
Entre appel et cassation, l’affaire durera jusqu’au 12 mars 2004. Et une condamnation définitive qui signifie la démission, et son remplacement au poste d’adjoint à l’urbanisme par Isabelle Chesa, la fille de Raymond. Il la retrouvera dix ans plus tard. André Aribaud escorte cette fois la fille, 22e de liste pour les municipales, après avoir accompagné le père. Mais ne survit pas à un 1er tour achevé en 4e position, et à la fusion d’entre-deux-tours des listes Chesa et Larrat : le futur maire ne veut pas d’un homme condamné parmi ses 42 colistiers. Mais a aussi sans doute de la mémoire. En 2008, désormais retraité, c’est sur son propre nom qu’André Aribaud avait porté la liste "Carcassonne Réunie", avec un modeste 4,93 % au 1er tour. Avant d’appeler à voter pour le socialiste Jean-Claude Perez… contre Gérard Larrat.
"Honteuse trahison" alors pointée par Isabelle Chesa. Qui avait su pardonner. En 2009, c’est comme 3e d’une liste soutenue par le MoDem qu’André Aribaud avait vécu un autre douloureux 1er tour, avec 3,43 %. Frustrant. Sans doute autant qu’en 2020, sa dernière aventure en politique locale. Cette fois en 6e position, avec Christine Pujol, pour finir sous la barre des 5 %. Un pari de plus, avec la barre cette fois à gauche, pour un politicien à l’ancienne, adepte des coups de poker. Roué, certainement. Assez pour qu’un autre chésaiste historique, Marc Teulié l’affuble en 2007 de surnoms sans fard : "Méphisto local", "Bob Denard du littoral". Machiavel ou Mazarin, aurait peut-être préféré l’adepte des paris et improbables détours. Prolongés au niveau national. A la tête du comité de soutien d’Alain Juppé pour les primaires de la droite en 2016, il était parmi les "Amis de Xavier Bertrand" réunis à Carcassonne en 2021.
Les réactions
- Isabelle Chesa, ancienne adjointe carcassonnaise, tête de liste en 2014. "On est triste d’apprendre le décès de quelqu’un que l’on a côtoyé à plusieurs reprises dans des circonstances diverses et variées. André Aribaud restera pour moi un homme complexe, à la personnalité controversée, qui a connu des parcours politiques agités et parfois incompréhensibles. Mais je n’oublie pas qu’il a soutenu ma candidature pour les législatives de 2007 et pour les municipales de 2014 puisqu’il était sur ma liste. Un tantinet machiavel, il n’en était pas moins un bon professionnel de la chose politique locale. A ses proches, à ses amis, j’adresse mes condoléances les plus sincères."
- Laurent Posocco, colistier d’André Aribaud aux municipales de 2008 et 2009 à Carcassonne. "C’est quelqu’un qui m’a beaucoup apporté et appris. Il avait une grande expertise des affaires publiques. Il m’a beaucoup apporté sur le plan technique et politique. Sur le plan humain, il était animé d’un esprit de camaraderie, il avait de l’empathie et il restait très modéré dans ses jugements. Ces derniers temps, j’étais moins en contact avec lui car je vis à Toulouse. Je garderai de lui un bon souvenir. Nous avons mené deux campagnes municipales ensemble en 2008 et 2009. On s’était rencontrés en 1995 lors des élections municipales, j’étais sur la liste d’Albarel ; lui avec Chesa et on avait sympathisé."
- Bernard Tondereau, président des LR de l’Aude. "C’est avec surprise que j’apprends le décès d’André Aribaud, qui était un monsieur de qualité et de grande culture. Je n’étais pas d’accord avec lui sur tout, mais c’est quelqu’un de plaisant avec qui j’avais plaisir à échanger. La dernière fois que je l’ai vu, c’était il y a six ou sept mois à Carcassonne. On avait bu un café sur la place Carnot."
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Yamina Mamou, amie et ex-élue de Carcassonne. "André Aribaud est un homme qui a marqué Carcassonne politiquement et humainement, parlant. Je n’oublierai pas ce Monsieur avec qui j’ai beaucoup appris. C’est quelqu’un qui m’a touchée. Qu’il repose en paix."