Ânes, funiculaire, eau potable et lumière électrique : les services proposés aux touristes au début du XXe siècle à Monaco
Ils venaient de Paris, de Bruxelles, de Londres, de Vienne, de Saint-Pétersbourg et même de New York. Descendant du train, ils découvraient d’abord la blancheur des villas dispersées dans les collines, puis la courbe du port où les mâts des yachts esquissaient une forêt mouvante. Les terrasses fleuries dominaient la Méditerranée. L’air sentait à la fois la mer, les orangers et les jardins nouvellement arrosés.
Tels étaient les touristes du début du XXe siècle. Ils venaient à Monaco non seulement pour chercher le soleil mais pour respirer une atmosphère.
Depuis l’ouverture du Casino, quelques décennies plus tôt, Monte-Carlo connaissait une réputation internationale. En ce lieu défilaient les élégances de toute l’Europe. On y croisait des souverains sans couronne, des duchesses anglaises, des officiers russes chamarrés d’or, des financiers américains, des écrivains, des artistes, parfois des aventuriers dont personne ne connaît exactement la fortune ni le passé.
Le tourisme monégasque était un théâtre. Mais dans ce théâtre, il fallait se loger, se déplacer. Et pour cela, les voyageurs avaient entre les mains un guide qui faisait référence à l’époque, le Guide Joanne (ancêtre du célèbre Guide Bleu). Nous avons consulté l’édition de 1911.
Les conseils du Guide Joanne
« On ne trouve rien à louer dans la vieille ville. À Monte-Carlo, à la Condamine, à Beausoleil, les installations abondent, hôtels, villas, appartements. D’une manière générale, on peut dire qu’il y a en Principauté des hôtels depuis 7 francs jusqu’à 50 francs par jour, vin non compris, des appartements meublés de 1500 à 7000 francs pour la saison et des villas meublées de 3 000 à 25 000 francs, argenterie incluse.
Document Archives du Palais Princier
La Principauté est alimentée en eau potable. Dans les appartements meublés l’eau est fournie par le propriétaire, à ses frais. Le gaz se paie 25 centimes par mètre cube, l’électricité 15 centimes l’électrowatt. Tout étranger voulant séjourner dans la Principauté est tenu de se présenter, dans la quinzaine, au commissariat de police de sa circonscription et d’y demander un permis de séjour (50 centimes).
- Hôtels : Grand Hôtel de Paris : 250 chambres, petit-déjeuner 1 franc 25, déjeuner 6 francs, dîner 8 francs sans vin, bains, ascenseur. Riviera Palace à Beausoleil (funiculaire électrique reliant l’hôtel à la terrasse du Casino) : chambre à 1 lit 15 francs, à 2 lits 25 francs. Grand Hôtel : déjeuner 6 francs, dîner 8 francs, bains, lumière électrique, cabinet de toilette dans les chambres, chauffage central.
- Téléphones : 1, rue Grimaldi à la Condamine et aux bureaux de Poste.
- Concerts : tous les jours à 2 et 8 heures dans le kiosque du Parc.
- Ânes et mulets : Antoine Torti, quartier Saint Michel. Fourniture de paniers pour pique-nique. »
"« L’entrée des salons n’est accordée qu’aux personnes munies de cartes délivrées par des commissaires »"
- Casino : La roulette s’y joue avec un seul zéro. Le minimum est de 5 francs, le maximum de 6 000 francs. Au trente-et-quarante, le minimum est de 20 francs, le maximum de 12 000 francs. Conformément au règlement du Cercle des Étrangers, l’entrée des salons n’est accordée qu’aux personnes munies de cartes délivrées par des commissaires, à l’entrée des salles de jeux. Elle est interdite aux habitants de la Principauté et des Alpes-Maritimes, à l’exception des principaux Cercles, et à certains fonctionnaires (instituteurs, etc.)

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- Tarification des télégrammes : on le voit, les hôtels faisaient bénéficier les visiteurs de tout le confort moderne : électricité, eau courante, ascenseurs, cabinet de toilette. Mais, au milieu de ce nouveau confort moderne, il y avait aussi les télécommunications.
Une information parut à ce sujet dans le Journal de Monaco du 3 juillet 1901 : « Aux termes d’un Décret du 18 juin, la taxe des télégrammes privés originaires de la France continentale, de la Corse, de la Principauté de Monaco et des vallées d’Andorre, à destination de Tanger et réciproquement, échangés par le câble Oran-Tanger, est fixée à 20 centimes le mot avec un minimum de perception de 1 franc par télégramme. La taxe des télégrammes privés originaires de l’Algérie ou de la Tunisie à destination de Tanger et réciproquement, échangés par ledit câble, est fixée à 25 centimes par mot avec minimum de perception de 75 centimes par télégramme. Les taxes ci-dessus sont réduites respectivement à 10 centimes par mot avec minimum de perception de 1 franc et à 75 millimes par mot avec minimum de perception de 75 centimes en faveur des télégrammes destinés à être publiés dans les journaux. Lorsque la taxe totale d’un télégramme contient une fraction de demi-centime, cette fraction est augmentée de la quantité nécessaire pour compléter le demi-décime. »
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Les déplacements du prince Albert Ier
Pendant que les touristes débarquaient en Principauté, le prince Albert 1er prenait ses quartiers d’été. Où cela ? En mer. On connaît sa passion pour l’océanographie et ses recherches scientifiques sur la vie des mers.
Le Journal de Monaco tenait régulièrement informé les Monégasques des croisières de leur Prince.
Journal du 25 juillet 1911 : « Le Prince Albert a quitté Monaco, mercredi dernier, sur le navire qu’il a fait construire aux Chantiers de La Seyne pour continuer ses études océanographiques avec une organisation plus puissante. Ce navire, nommé Hirondelle en souvenir du premier bâtiment sur lequel le Prince a commencé des recherches scientifiques il y a vingt-cinq ans, jauge 1 600 tonnes. Il possède deux machines, développant 2 200 chevaux. Il est muni de la télégraphie sans fil et de tout ce qui facilite la navigation moderne. L’Hirondelle emmène, cette année, pour l’accomplissement de son programme scientifique, en outre du commandant d’Arodes et du lieutenant de vaisseau Bourée, MM. J. Richard, directeur du Musée océanographique ; Guin, zoologiste de la mission Charcot ; Papanicolaou, docteur ès sciences, zoologiste ; Tinayre, artiste peintre, et le Docteur Louët. »