Après le mégafeu de Gironde, pourquoi il est capital d’abattre et d’évacuer rapidement les pins calcinés
La préfète de la Gironde et les représentants de la filière ont alerté sur le risque que représentent la chute d’arbres et la prolifération de parasites ravageurs.
Par Maxime Dhuin avec AFP

SAMI KARAALI / Hans Lucas via AFP
Des rangées de pins calcinés photographiées le 27 juillet 2026 à Marcheprime, dans la banlieue de Bordeaux.
C’est une vraie « course » à l’abattage qui s’ouvre en Gironde. Des « millions de tonnes » de pins doivent être abattues et évacuées de la forêt ravagée par le mégafeu, ont estimé ce lundi 3 août des représentants de la filière. Cet empressement s’explique par la nécessité de sécuriser au plus vite le massif, déjà durement touché, face aux chutes d’arbres et aux parasites.
Une vingtaine d’acteurs de l’industrie du bois, qui représente 10 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 60 000 emplois en Nouvelle-Aquitaine, s’est réunie avec la préfète de Gironde, Sophie Brocas, pour dresser un « état des lieux des dégâts » après cet incendie de 42 000 hectares – le plus vaste en superficie depuis 1949 en France – qui a été annoncé « fixé » samedi après dix jours de lutte.
« Il faut qu’on coupe les arbres calcinés qui menacent de tomber sur des lotissements, sur des routes. La cartographie va être faite cette semaine pour que le travail de coupes de sécurité soit fait », a déclaré Sophie Brocas à l’issue de cette réunion, se disant défavorable à une réouverture immédiate de la forêt aux visiteurs, dans un massif toujours très sec.
Elle a assuré que le dispositif d’activité partielle interviendrait avec « zéro reste à charge » pour les entreprises des zones évacuées, et salué le « travail de titan » des forestiers pour réaliser 170 km de « coupes tactiques » (pare-feux). Selon François Guiraud, président de l’interprofession du pin maritime (CIPM), le chiffre provisoire de « 4 à 5 millions de tonnes » de bois à exploiter a été avancé lundi, soit « un peu moins d’une année de consommation » de l’industrie du bois sur le massif.
Le risque d’une deuxième « crise » avec les insectes ravageurs
Les forestiers vont abattre à grande échelle car, outre les chutes d’arbres, les pins affaiblis sont exposés au scolyte sténographe, insecte volant proliférant dans les troncs malmenés, jusqu’à mort de l’arbre. « Il faut évacuer les stocks de bois pour ne pas donner à manger ni au scolyte, ni au feu », a souligné Sophie Brocas.
En 2023 déjà, le scolyte était sous « surveillance renforcée » après le feu dantesque qui avait ravagé le sud du bassin d’Arcachon à l’été 2022. Les « territoires incendiés » étaient particulièrement scrutés, expliquait un bulletin préfectoral de l’époque, rappelant que « les pullulations [de cet insecte] sont favorisées par les incendies et les tempêtes ».
C’est une « course », a reconnu François Guiraud, qui pointe aussi la menace du nématode du pin, ver ravageur détecté fin 2025 dans le département voisin des Landes. « Le nématode, ou en tout cas son vecteur, le monochamus [un coléoptère, ndlr.], est attiré par les bois brûlés. Attention de ne pas superposer deux crises », a-t-il fait valoir.
Le président Emmanuel Macron ayant appelé à « replanter et rebâtir une forêt différente », la préfète a demandé au secteur forestier d’engager des réflexions pour « sauver » le massif et « l’inscrire dans l’avenir, c’est-à-dire dans un monde climatique à +4°C ». Une prochaine réunion aura lieu en septembre.