Après une nouvelle rénovation, des siècles d’histoire révélés dans les murs en pierre de la citadelle à Saint-Tropez
Chaque pierre renferme un moment de sa grande histoire. La citadelle de Saint-Tropez vient de terminer une nouvelle phase de son programme de restauration : le bastion sud.
Cette étape est la suite du grand chantier entamé en 2024 sur la base d’un diagnostic établi quatre ans plus tôt. La Ville alloue une somme totale de 3 725 000 euros à la préservation de ce bâtiment emblématique de la cité.
Le projet avait commencé par la réfection d’une partie du rempart nord puis par la reconstruction de l’échauguette qui s’était effondrée.
Solidifier les fondations
De l’autre côté de l’édifice, les travaux achevés ce mois-ci sont essentiels pour assurer la pérennité de la structure. D’abord, avec l’arrachage des végétaux et de leurs racines qui fragilisent la structure.
Ensuite, le confortement des fondations. Les bases du bâtiment fortifié sont logées sur la roche exposée aux vents marins qui s’érode et peut causer des effondrements.
Pour limiter cette pression de l’eau sur les remparts, les équipes ont procédé à la reprise des arases, la pose de drains et de barbacanes (évacuations). « Si on ne fait pas ces travaux, on risque de payer les dégâts pendant cinq ou dix ans », appuie l’adjoint au patrimoine Michel Perrault.
Comme le dit l’adage, il vaut mieux prévenir que guérir. Car l’enjeu derrière est de préserver le site classé aux monuments historiques afin d’assurer une ouverture en continu et sans risque pour le public : « Seule exception, nous avions dû fermer à Pâques car il y a eu un effondrement au niveau de la porte principale, ça a un impact financier. Donc il faut planifier pour limiter les fermetures. »
Laisser apparaître l’histoire sur les pierres
La restauration de la Citadelle a toujours été « une priorité des municipalités qui se sont succédé », insiste l’élu. Depuis toujours, en réalité. Car avant de devenir le musée que l’on connaît, elle était à l’origine une assise du pouvoir royal sur la région.
Et pour un bâtiment militaire, on ne peut négliger la qualité de construction et d’entretien. « Les murs ont été conçus pour résister à des tirs d’artillerie, donc il y a une épaisseur de maçonnerie conséquente », indique l’architecte du patrimoine Frédéric Auclair, du groupement Philippe Prost.
Des ajustements, réparations, extensions au fil de quatre siècles qui sont aujourd’hui inscrits dans les murs. Car à chaque époque ses moyens énergétiques, technologiques et matériels.
Pour mettre en relief cette richesse historique, il a été décidé d’appliquer un enduit léger sur les pierres pour les laisser apparentes. La démarcation avec la dernière rénovation se voit très nettement. Ce parti pris laisse apparaître dans le mur des lignes de teintes nuancées, des diagonales, des changements de matières.
« On remarque que les premières pierres ont été prélevées sur place et plus on avance dans le temps, plus il y a des importations de pierres blanches », décrit Yann De carné dirigeant de la société SMBR.
Des secrets enfouis
Pour Laurent Pavlidis, conservateur du musée de l’histoire maritime de la citadelle, chaque rénovation est une occasion de se replonger dans l’histoire du lieu et peut-être de faire des découvertes.
Avec un sourire passionné, il s’arrête sur chaque détail du bastion sud. « Vous voyez la pointe qui dépasse sur les fortifications, c’est une “dame”. Si des ennemis envahissaient la citadelle en escaladant, ils étaient obligés de la contourner en l’entourant de leurs bras, c’est ce que l’on appelle “embrasser la dame “ » instruit l’historien. « Là, dans ce coin, il reste le creux où devait se loger un canon », ajoute-t-il.
Et lorsque l’on croit tout savoir sur ce monument, il offre de nouveaux secrets. Ces derniers travaux ont révélé des latrines du début du XXe siècle « au moment où la citadelle a servi de camp de rétention pour les civils des pays ennemis pendant la Première Guerre mondiale ». Peut-être qu’un ancien trésor pourrait réapparaître ? À chaque rénovation, ses trouvailles, la prochaine consacrée à la rampe d’accès de la grande entrée devrait se terminer d’ici à la fin de l’année.