Avec son gilet multipoches, son accent sudiste et ses formules imagées, Hervé Di Rosa ne colle pas vraiment au cliché de l’artiste contemporain insondable, au discours théorique pouvant virer à l’abstraction.

Toujours est-il que notre homme, rencontré juste avant le vernissage des Mirages du monde à La Malmaison, le 17 juillet, est entré à l’Académie des Beaux-Arts en 2022, au fauteuil IV de la section de peinture.

Le Sétois de 66 ans s’amuse de la situation. « C’est drôle parce que sur l’un de mes tableaux réalisés au Vietnam, je représentais mes deux premiers enfants et je les prévenais des dangers qu’on pouvait rencontrer dans le monde l’art. Il y avait le profiteur, le parasite, le collectionneur cupide, le manipulateur. Et j’avais aussi mis un chapeau d’Académicien dans le tableau… »

Sans se laisser dévorer par les honneurs, Hervé Di Rosa poursuit son parcours singulier.

Hervé Di Rosa dans son atelier.
Hervé Di Rosa dans son atelier.
Victoire Di Rosa

En 2000, il a créé le MIAM, Musée international des arts modestes, dans son fief sétois, avec lequel il a renoué après une sorte de relation « je t’aime moi non plus ».

Des débuts influencés par la BD et les comics

Dans son œuvre, l’influence des comics et de la bande dessinée se fait beaucoup sentir, surtout dans les tableaux de ses débuts (fin 1970-début 1980), présentés au rez-de-chaussée de la Malmaison.

« À l’époque, l’art contemporain méprisait la BD. Et les gens de la BD trouvaient l’art contemporain incompréhensible. Je me retrouve toujours un entre-deux univers, c’est la position que je préfère. Parce que je suis un peu un marginal, quand même. »

Georges Wolinski, abattu lors de l’attentat de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, l’aidera à trouver sa voie. Alors rédacteur en chef de Charlie Mensuel, il avait assuré que le dessin de presse n’était pas vraiment pour lui, et qu’il ferait mieux de destiner sa production aux galeries.

L’expo Hervé Di Rosa est visible à La Malmaison jusqu’au 8 novembre.
L’expo Hervé Di Rosa est visible à La Malmaison jusqu’au 8 novembre.
Ville de Cannes

Di Rosa s’est vite arrangé pour faire les choses à sa sauce, en tordant le cadre habituel des planches sur ses toiles.

« Mes premières peintures reprenaient la forme d’une page de BD, avec des cases. Et puis j’ai décidé de placer tout un tas d’histoires sur la même image, avec la liberté pour chacun de s’imaginer celles qu’il veut. Et j’ai inventé des personnages grotesques parce qu’à mes débuts, je me disais que je ne dessinais pas super bien, mais que j’avais la force de faire quelque chose », explique l’artiste.

Un grand voyageur qui « déteste prendre l’avion »

En parcourant Les Mirages du monde, on constate à quel point Hervé Di Rosa a arpenté le globe. Des États-Unis au Vietnam, en passant par le Mexique, l’Éthiopie l’Afrique du Sud ou l’Inde.

Alors, on ne s’attendait pas vraiment à cette déclaration, en pleine ascension d’un escalier. « Je déteste voyager, je déteste prendre l’avion. »

« Moi, ce que j’ai voulu, c’est aller à la rencontre d’artisans, apprendre leurs techniques pour transformer mes images grâce à elles. Aujourd’hui, le mot sonne un peu ringard, mais j’avais envie d’un vrai métissage. »

En Inde, il s’est penché sur l’art de la miniature. Au Ghana, il a observé le travail du peintre d’enseignes Kwame Akoto, exposé actuellement au Quai Branly. Au Portugal, où il vit en partie depuis 14 ans, il s’adonne à la céramique.

Un « barbare du Sud » qui revient aux fondamentaux

Avec le temps, Hervé Di Rosa s’est rendu compte de plusieurs choses. Qu’il ne pouvait pas vivre sans la mer, que Sète avait un charme fou. Et que son fameux accent n’était plus un handicap.

« Mon copain architecte Rudy Ricciotti dit qu’on est des barbares du Sud. C’est vrai qu’à Paris, on nous voyait un peu comme ça. On nous disait qu’on amenait le soleil avec nous, et tout ça. L’accent, j’ai essayé de le perdre, parce que je voulais devenir acteur. La pire décision de ma vie, j’étais tellement nul… Au début, je souffrais de ces clichés. Mais je dois dire que j’ai aussi profité du fait qu’on me trouve exotique, ça m’allait bien. »

Dans la dernière ligne droite de la visite, on trouve des paysages urbains, comme l’ancien magasin Tati dans le 18e arrondissement de Paris ou des échoppes sans âme de Miami, représentés de manière très géométriques. Et d’autres créations, plus récentes, inspirées par des maîtres hollandais ou italiens.

L’expo Hervé Di Rosa est visible à La Malmaison jusqu’au 8 novembre.
L’expo Hervé Di Rosa est visible à La Malmaison jusqu’au 8 novembre.
Ville de Cannes

On fait remarquer à leur auteur qu’on pourrait croire, sans indications aux murs, que cet accrochage est le fruit du travail de plusieurs peintres.

Hervé Di Rosa sourit : « Je suis content que vous pensiez ça. À Lisbonne, j’ai découvert l’écrivain Fernando Pessoa, qui a développé le concept des hétéronymes (des personnalités différentes pour lesquelles il créait une vie en soi, en plus d’une œuvre, ndlr). Et moi, longtemps, j’ai voulu être plein d’artistes à la fois. »

Centre d’art contemporain La Malmaison. 47 boulevard de la Croisette, à Cannes. Jusqu’au 8 novembre. Tous les jours, de 10 h à 19 h. De 3,50 à 6,50 euros. Rens. https://www.cannes.com/fr/agenda/annee-2026/juillet/mirages-du-monde-les-peintures-d-herve-di-rosa.html