Ascenseurs : vieillissement du parc, réparations et surfacturation, les dessous d'un marché à 3 milliards d'euros
Publié le 01/09/2026 22:46
Mis à jour le 01/09/2026 22:47
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Article rédigé par France 2 - A. Brignoli, A. Lysimiaque, N. Le Mentec, G. Marc, E. Delevoye, L. Michel, L. Béneyton - Édité par l'agence 6Medias
France Télévisions
En France, près de 1,5 million de pannes d'ascenseurs sont recensées chaque année. Entre appareils vieillissants, délais de réparation et soupçons de surfacturation, les copropriétaires dénoncent un marché dominé par quatre grands groupes.
Ce texte correspond à une partie de la retranscription du reportage ci-dessus. Cliquez sur la vidéo pour la regarder dans son intégralité.
Depuis trois semaines, une retraitée doit emprunter les escaliers pour atteindre le quatrième étage. À 76 ans, pas le choix, l'ascenseur ne fonctionne plus. "C'est notre quotidien depuis plusieurs jours. D'éviter de prendre du poids parce qu'on va faire des courses, il faut penser à ce qu'il faut ramener, ne pas l'oublier. Sinon, il faut redescendre. C'est vraiment un peu nul", confie-t-elle.
Une panne de plus, car depuis des mois déjà, l'appareil ne monte plus au sixième. Une habitante raconte : "À chaque fois, ils viennent, ils disent : "Il manque un truc", donc on va le commander. Au final, on se demande s'ils le commandent vraiment, quoi."
Dans l'immeuble parisien, l'ascenseur a été installé il y a plus de 40 ans, comme 25 % du parc français. Les propriétaires ont confié sa maintenance à l'ascensoriste Kone. Un contrat qui leur coûte environ 160 euros par an chacun, mais qui ne prend pas en compte certaines réparations. Nicolas Benistan, vice-président du conseil syndical, précise : "On a eu 2 616 euros pour le remplacement d'un ferme-porte. J'ai pas l'impression que les portes marchent beaucoup mieux pour l'instant. On est aussi un peu liés avec notre ascensoriste donc on a envie de lui faire confiance. Mais c'est vrai que c'est quand on se rend compte qu'on a des problèmes et que ça dure, que là, ça interroge un peu."
Alors, comment expliquer des délais de réparation aussi longs ? Kone a accepté de nous ouvrir ses portes. Dans un entrepôt sont stockées près de 50 000 pièces détachées, dont certaines n'existent plus neuves. Elles sont remises en état et remises dans le circuit. L'ascensoriste assure que la majorité de ses pannes sont résolues sous 48 heures. Nous l'interrogeons alors sur le cas de notre copropriété, en panne depuis des mois. "On en revient toujours à l'âge, c'est la vétusté du parc. Un appareil qui a 40 ans, il est plus difficile d'avoir des pièces. Si le fournisseur ne la fabrique pas, il faut qu'on trouve une solution intermédiaire. Et peut-être que cette solution met du temps à arriver", explique Karim Maandi, superviseur dans l'installation d'ascenseurs Kone.
Mais l'âge des ascenseurs est-il le seul problème du parc français ? Chaque année, on compte environ 1 450 000 pannes. Partout sur le territoire, des histoires d'ascenseurs en panne sont racontées dans la presse locale. Un marché dominé par quatre multinationales : l'américain Otis, l'allemand TKE, le Finlandais Kone et le Suisse Schindler. À elles quatre, elles représentent environ 80 % du chiffre d'affaires du secteur. En plus de la fabrication et de l'installation, elles sont responsables de la maintenance de chaque ascenseur. C'est leur principal revenu avec la réparation. Et pour que cela soit toujours plus rentable, certains ascensoristes ont augmenté la cadence de leurs salariés.
Adrien Pettré est technicien de maintenance depuis 17 ans. Son employeur Schindler le suit à la trace. Il a un nombre de tâches à réaliser dans un délai imparti. Une course contre la montre qui s'accentuerait chaque année, avec de plus en plus d'ascenseurs à vérifier, et qui ne serait pas sans conséquences selon lui : "Le pire, c'est effectivement qu'à un moment, un technicien passe à côté d'éléments qui sont des éléments importants et qui génèrent un accident."
Interrogé sur ce risque, son employeur n'a pas donné suite à nos sollicitations. Pour éviter les accidents depuis 20 ans, les ascensoristes et leurs matériels sont soumis à des contrôles par des cabinets indépendants tous les 5 ans. Joint par téléphone, plusieurs d'entre eux nous révèlent l'existence d'une autre pratique très lucrative, la surfacturation des réparations. Un professionnel que nous avons contacté raconte, il ne sait pas qu'il est enregistré : "Les devis qui sont exagérés, ça arrive sur des grosses sociétés. Personnellement, j'avais estimé les travaux d'un ascenseur à 1 500 euros et ils les ont vendus à 5 000 euros hors taxes et ça marche pas."
Et cela va même plus loin. Certains ascensoristes factureraient même des réparations inutiles. C'est ce qu'a constaté une propriétaire l'an dernier. La résidence est pourtant récente. Méfiante, elle demande une contre-expertise. La conclusion est sans appel. Les freins pris en photo ne sont pas ceux de l'ascenseur de l'immeuble. "D'une part, je me suis dit, quand même, une boîte qui a pignon sur rue, j'imaginais pas ça possible. Mais bon, je suis un peu naïve peut-être. Si j'osais, je dirais que c'est un faux puisqu'il a prétendu que c'était notre frein alors que ce n'était pas le nôtre", confie la propriétaire.
L'ascensoriste n'a jamais reconnu sa faute, mais il a signé un accord avec la copropriété. Il accepte de rembourser un an de maintenance et de résilier le contrat avant sa fin en échange du silence des propriétaires, qui ne peuvent pas dévoiler son nom. Aujourd'hui, le marché des ascenseurs est évalué à plus de 3 milliards d'euros en France.
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