Attentat du 16 octobre à Bruxelles : trois ans après, des complices de Lassoued devant la justice
Si l'auteur de la fusillade est décédé au cours de son interpellation par la police à Schaerbeek, le lendemain des faits, plusieurs complices présumés passeront prochainement devant le tribunal correctionnel ou la cour d'assises de Bruxelles.
Alors que les supporters affluent vers le stade Roi Baudouin pour le match de qualification de l'Euro de football entre les Diables rouges et la Suède, en cette froide soirée du 16 octobre 2023, les badauds traversant le quartier Sainctelette sont surpris peu après 19h00 par des tirs. Un homme au guidon d'un scooter s'est arrêté pour tirer avec une arme semi-automatique sortie de son sac à dos, ouvrant le feu à bout portant sur un taxi à bord duquel avaient pris place trois supporters suédois en maillot jaune et bleu. Les passagers ont tenté de s'enfuir vers l'entrée d'un immeuble adjacent. L'assaillant les a poursuivis pour leur tirer une nouvelle fois dessus.
Deux Suédois, parmi lesquels un sexagénaire, ont été tués sur le coup. Un troisième, âgé d'une septantaine d'années, a été grièvement blessé par balles et s'en sortira après un long séjour à l'hôpital.
La police est rapidement contactée par des riverains évoquant un homme armé, potentiellement d'une kalachnikov, alors que l'auteur des tirs a déjà pris la fuite sur son scooter. Quelques minutes à peine après les faits, une vidéo de 35 secondes diffusée sur le profil Facebook personnel de Lassoued (sous le pseudonyme de Slavem Slouva) et envoyée à une série de contacts revendique l'attaque, confirmant avoir ciblé précisément des Suédois.
Attentat à Bruxelles – Deux suspects liés à la mort des supporters suédois aux assises, trois en correctionnelleCes informations ont poussé les forces de l'ordre à prendre des mesures de sécurité particulières, alors que le tireur est toujours en fuite. Les 35.000 personnes présentes dans le stade Roi Baudouin sont en effet devenues le temps de cette revendication des cibles potentielles. Le match est interrompu à la mi-temps et l'enceinte est entièrement bouclée, entraînant son lot de rumeurs et d'interrogations dans le public. Ce n'est qu'après minuit que les supporters ont été autorisés à quitter le site, sous escorte policière.
Les recherches pour retrouver le suspect se sont poursuivies toute la nuit, et c'est finalement l'appel d'un témoin, le 17 octobre peu avant 08h00, qui aide la police dans sa traque. L'auteur aurait été aperçu dans un café de Schaerbeek. Rapidement intervenues sur place, les forces de l'ordre ont dû faire face à l'assaillant, touché par les tirs policiers. Son décès est constaté à 9h38.
C'est ainsi que la Belgique a appris le nom d'Abdesalem Lassoued, ressortissant tunisien de 45 ans résidant illégalement en Belgique et sous le coup d'un ordre de quitter le territoire. Au fil des heures, les informations à son sujet se révèlent. L'homme avait été condamné en Tunisie en 2005 pour tentative de meurtre et s'était évadé en 2011, pour rejoindre l'Europe où il avait introduit des demandes d'asile en Norvège, en Suède et en Italie, toutes rejetées. Il était arrivé en Belgique en décembre 2015, avant que la police fédérale belge soit prévenue par la police antiterroriste italienne qu'il présente "un parcours de radicalisation", avec le souhait de rejoindre l'organisation État Islamique (EI). La fiche italienne parle alors d'un certain "LASWAD Abdesslem".
En octobre 2019, Lassoued est réapparu dans les fichiers belges après avoir fait une demande d'asile à l'Office des étrangers, statut qui lui sera refusé. Un ordre de quitter le territoire suit en mars 2021, mais le pli recommandé lui adressant cette injonction est renvoyé. L'homme a en effet été radié de la commune, même s'il réside toujours clandestinement à Schaerbeek avec son épouse belge.
Attentat à Bruxelles: deux suspects liés à la mort des supporters suédois aux assises, trois en correctionnelleLa police de Bruxelles-Nord a encore indiqué en 2022 que Lassoued tenait des prêches radicaux à Schaerbeek, un signalement qui permet de faire le croisement avec la fameuse fiche italienne sur "LASWAD Abdesslem". La Tunisie a dans le même temps transmis à la Belgique une demande formelle d'extradition. Mais le dossier, transmis au parquet de Bruxelles, a été rangé dans une armoire en septembre 2022 et n'a plus été touché durant plus d'un an. En prime, la police judiciaire fédérale d'Anvers et le parquet d'Anvers ont prévu d'évoquer le cas Lassoued, à la suite d'une plainte d'un demandeur d'asile pour menaces de mort de la part du pseudo "Slayem Slouma", un autre alias du suspect. Mais cette réunion a été programmée au 17 octobre 2023, soit un jour après l'attentat de la place Sainctelette.
Ces différents manquements, attribués à une charge de travail trop importante, le manque de recoupement entre différentes bases de données et un grave manque de moyens tant au niveau policier que judiciaire, ont poussé le ministre de la Justice de l'époque Vincent Van Quickenborne à présenter sa démission le 20 octobre 2023. Le magistrat du parquet de Bruxelles visé par le ministre sur ce dossier a pour sa part été blanchi de toute faute.
Père d'une petite fille, apprécié du voisinage et passage en prison en Suède : qui est précisément Abdesalem Lassoued, le terroriste de Bruxelles ?L'enquête a, elle, mené à des recherches aux ramifications internationales. Un suspect, considéré comme le fournisseur présumé de l'arme utilisée par Lassoued, a ainsi été interpellé en janvier 2025 à l'aéroport de Malaga, en Espagne, et deux autres individus, l'un aux Pays-Bas et l'autre en Espagne, ont été interpellés pour des liens présumés avec la recherche et la livraison des armes. Des perquisitions ont aussi été menées en Italie et en France. Quatre personnes ont ainsi été mises en examen (inculpées) outre-Quiévrain, dont trois ont été placées en détention provisoire.
Parmi les complices présumés, deux ont été renvoyés devant la cour d'assises de Bruxelles, à une date encore indéterminée, l'un pour assassinat et tentative d'assassinat dans un contexte terroriste ainsi que pour participation aux activités d'une organisation terroriste, et l'autre uniquement pour les deux premiers chefs d'accusation. Trois autres individus ont été renvoyés devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, dont le procès est fixé au 8 octobre, pour la détention et la tentative de vente de pistolets d'alarme transformés en armes semi-automatiques.