Luiz Inacio Lula da Silva retente sa chance. Près de quatre décennies après sa première candidature à une élection présidentielle au Brésil, l'ancien ouvrier métallurgiste participe à sa septième élection présidentielle dimanche 4 octobre, avec l'espoir d'obtenir un quatrième mandat à la tête de la première économie d'Amérique latine.

Lula avait pourtant assuré que sa carrière à la présidence du Brésil s'arrêterait à l'issue de son troisième mandat. "Si je suis élu, je ne serai président que pour un mandat", avait-il promis à quelques jours du second tour face à Jair Bolsonaro, en 2022. La raison évoquée ? L'importance "de voir émerger de nouveaux leaders".

Quatre ans plus tard, c'est pourtant lui qui est de nouveau en lice, quitte à devoir rassurer sur son âge avancé. "Je suis en pleine forme", a-t-il affirmé en officialisant sa candidature en août, vantant les mérites de sa routine sportive. Mais il réitère sa promesse : cette fois, c'est "pour de bon", si les Brésiliens l'élisent à nouveau, "ce sera [son] dernier mandat".

À trois jours du premier tour, celui qui fêtera ses 81 ans le 27 octobre reste l'éternel leader de la gauche brésilienne et le seul à avoir sa chance face à Flavio Bolsonaro, fils aîné de Jair, l’ex-président purgeant une peine de 27 ans de prison pour tentative de coup d’État. Les sondages les donnent pour l’instant au coude-à-coude, dans une élection ultrapolarisée où les autres candidats sont cantonnés à un rôle de faire-valoir.

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L'usine comme école

Pour briguer ce quatrième mandat, Lula a misé sur une formule qui a déjà fait ses preuves : afficher sa proximité avec les milieux populaires.

Issu d'une famille pauvre du Pernambouc, Lula a passé son enfance à travailler comme cireur de chaussures et coursier à Sao Paulo, avant d'être formé au métier de tourneur. C'est ainsi à l'usine, dans les rangs des syndicats ouvriers, que s'est forgée sa trajectoire politique. Il s'est d'ailleurs fait connaître en devenant l'un des visages des grandes grèves du secteur métallurgique de l'État de Sao Paulo au cours des dernières années de la dictature militaire (1964-1985).

Au Brésil, "il faut comprendre la politique bien au-delà du cadre partisan. Quand on parle de politique sociale, on voit que Lula comprend très bien le quotidien et les difficultés des populations ordinaires", commente Marcia Dias, directrice de l'école de sciences politiques de l'Université fédérale de l'État de Rio de Janeiro (Unirio). "Par son histoire de migrant du Nordeste, fils d'une mère célibataire, qui tente de survivre dans une grande ville comme Sao Paulo, il symbolise pour beaucoup l'âme brésilienne", ajoute-t-elle.

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Ce n'est donc pas un hasard si, près d'un demi-siècle plus tard, Lula a choisi de lancer sa campagne présidentielle de 2026 dans cet État de Sao Paolo, au stade Vila Euclides de Sao Bernardo do Campo, théâtre des assemblées ouvrières massives de la fin des années 1970. Et dans son premier discours de campagne, il a revendiqué son "origine populaire", rendant hommage à sa mère et évoquant longuement ses années de syndicaliste.

Une recette victorieuse en 2002

Devant la foule venue le soutenir, Lula a fait allusion à son traitement contre un cancer de la peau. "Je vais défier ma santé et retirer mon chapeau pour vous", a-t-il lâché. Il a aussi passé en revue les réussites de ses anciens gouvernements.

Lula peut aussi se targuer d'une longévité record : peu de responsables politiques latino-américains sont restés aussi longtemps au centre de la scène publique. Sa carrière politique démarre officiellement en 1980, lorsqu'il participe à la fondation du Parti des travailleurs (PT). Ses premières candidatures à l'élection présidentielle en 1989, 1994 et 1998 se soldent par des défaites. Et pour cause, l'ancien syndicaliste suscite alors la méfiance d'une partie de la classe moyenne et surtout du patronat.

Il comprend que pour parvenir au pouvoir, il va devoir élargir ses alliances politiques et changer son image. Un virage qui va donner naissance au début des années 2000 à "Lulinha paix et amour". D'un coup, celui qui était perçu comme un leader syndicaliste combatif et radical apparaît dans des costumes élégants, appelle à une "réconciliation nationale" et entame une opération séduction avec le secteur entrepreneurial.

La recette fonctionne. En 2002, il remporte la présidence avec plus de 60 % des voix au second tour et devient le premier ouvrier à entrer au palais du Planalto. Il est réélu quatre ans plus tard.

Ses deux premiers mandats coïncident avec une période de forte croissance économique et sont marqués par des mesures sociales qui transforment la vie de millions de personnes. Parmi eux, "Bolsa Familia", une aide destinée aux familles les plus modestes, ou encore la hausse du salaire minimum. De quoi propulser Lula à des niveaux de popularité exceptionnels auprès des classes populaires.

Scandales de corruption

Ces années sont toutefois aussi marquées par plusieurs scandales qui viennent ternir l'image du président, jusqu'à le chasser de la vie politique. Parmi eux, celui d'un réseau présumé d'achat de votes au Parlement orchestré par le parti de gauche entre 2002 et 2005, le plus grand scandale de détournement de fonds publics jamais mis en lumière au Brésil.

En 2017, Lula est condamné pour corruption passive et blanchiment d'argent. Il passe 580 jours en prison et est déclaré inéligible à l'élection de 2018. Cette décision est finalement annulée en 2021 par la Cour suprême fédérale, qui juge que le tribunal n'était pas compétent, puis reproche au juge de l'époque, Sergio Moro, sa partialité dans certaines procédures.

Après douze ans dans l'ombre de la justice, Lula se représente à l'élection présidentielle en 2022. Il bat de justesse Jair Bolsonaro et retrouve le palais du Planalto.

Malgré les scandales, le dirigeant de gauche a su préserver son influence sur la population, analyse Marcia Dias. "Au moins 30 % des électeurs de Lula n'ont jamais cru aux accusations de corruption portées contre lui et n'ont jamais cessé de le soutenir. Et quand sa condamnation a été annulée, une partie de ceux qui avaient été déçus ont recommencé à croire en lui", explique-t-elle.

Un bilan économique en demi-teinte

Le Lula qui est revenu au pouvoir en 2022 a toutefois trouvé un pays très différent de celui qu'il avait gouverné entre 2003 et 2010. Il arrive au terme de ce troisième mandat avec un bilan plutôt solide. Le taux de chômage est à son plus bas historique, l’inflation a fortement ralenti, le taux de pauvreté a reculé et le gouvernement a fait voter fin mai une baisse du temps de travail hebdomadaire.

Mais, en parallèle, la croissance a ralenti, la dette publique a augmenté et le taux d'endettement des familles reste important. Autrement dit, pour une grande partie des Brésiliens, l'amélioration de certains indicateurs macroéconomiques ne se ressent pas dans le porte-monnaie.

C'est la principale raison pour laquelle le président candidat à sa réélection est loin des niveaux de popularité avec lesquels il avait terminé son deuxième mandat. Selon le dernier sondage Datafolha, publié le 24 septembre, 34 % des Brésiliens jugent sa gestion bonne ou excellente, contre 40 % qui la jugent mauvaise ou très mauvaise. Plus largement, 47 % disent "approuver" Lula et 50 % le "désapprouver".

Sécurité et polémiques en série

Les questions du coût de la vie et de l'équilibre des comptes publics ont pesé sur la campagne de l'octogénaire. Autre ombre au tableau : la difficile question de l'insécurité qui persiste, même si Lula a tenté de mettre en place un plan de lutte au printemps.

Les débats de fond sur son bilan ont cependant été éclipsés ces dernier mois par diverses polémiques et scandales. Dernier exemple en date le week-end dernier : Flavio Bolsonaro (qui est évangélique) a dû jurer qu’il ne souhaitait pas retirer son statut de "sainte patronne du Brésil" à Notre-Dame d’Aparecida. Dans la foulée, Lula et sa compagne en ont profité pour s’afficher avec des représentations de cette Vierge Marie noire, symbole du métissage brésilien.

Reste qu'aucune figure alternative à Lula n'a su émerger ces dernières années. En 46 ans, le PT a eu des gouverneurs, des ministres, des maires et d'autres candidats pour la présidentielle mais il n'a pas été capable de trouver quelqu'un de la trempe de Lula. En 2018, Fernando Haddad l'a remplacé et il a perdu l'élection face à Bolsonaro. En 2022 et en 2026, le parti a de nouveau fait appel à son fondateur. Il n'a pas trouvé de remplaçant, alors que Lula disait en 2022 vouloir profiter de son mandat pour préparer de nouveaux dirigeants.

"Le leadership de Lula est très important pour le parti aussi. C'est le fondateur d'un PT qui représente les mouvements sociaux des années 1970, qui est le plus grand parti du Brésil, mais aussi d'Amérique latine", rappelle Marcia Dias.

"La dernière fois que Lula a pu passer le témoin, c'était avec Dilma Rousseff", ajoute la spécialiste en faisant référence à celle qui a présidé le Brésil entre 2011 et 2016. "Certes, il faut probablement de nouveaux leaders en ce moment. Mais à ce jour, personne n'est mieux armé pour faire face à la menace d'un retour du néolibéralisme radical des Bolsonaro."

L'ombre de Donald Trump

Sans compter un autre paramètre majeur : l'influence de Donald Trump qui pousse l'extrême droite partout en Amérique du Sud.

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Si le président des États-Unis n’a pas apporté publiquement son soutien à Flavio Bolsonaro, il n'a pas hésité à frapper le Brésil en juillet avec des droits de douane élevés que Brasilia a qualifiés d'"illégaux". Un dossier brûlant pour le président brésilien à l'approche de l’élection présidentielle. Des représentants du Brésil et des États-Unis ont ainsi tenu, mercredi à Brasilia, une réunion sur la relation commerciale entre les deux pays, une discussion "constructive" selon les autorités brésiliennes.

S'il a besoin de ménager les liens avec Washington, Lula fait tout pour se présenter en rempart à l’impérialisme nord-américain. À la tribune de l’ONU, il a martelé la semaine dernière que son pays ne serait jamais "l’arrière-cour de personne". En réponse, il affiche sa volonté d'"approfondir" les liens du Brésil avec la Chine et les autres membres des Brics, tout en défendant l'utilisation de ressources stratégiques comme les terres rares pour stimuler le développement industriel du pays.

Cet article a été adapté de l'espagnol par Cyrielle Cabot. L'original est à retrouver ici.