Hausser ou non le budget destiné à la culture à 3 % ? Maintenir, indexer ou bonifier les budgets du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ) et de la Société de développement des entreprises culturelles (SODEC) ? La découvrabilité des œuvres québécoises, l’avenir de notre industrie audiovisuelle, l’achat des livres à l’école et les sorties culturelles en milieu scolaire ont aussi été survolés lors du Débat sur la culture organisé par Culture Montréal, Réseau Culture 360 et le Front commun pour les arts dans le cadre de la campagne électorale en cours, débat qui a réuni quatre représentants des principaux partis à HEC Montréal mercredi après-midi devant près de 300 citoyens et membres du milieu culturel.

Le débat a réussi à faire émerger deux ou trois consensus parmi les représentants des quatre partis ayant répondu à l’invitation, le Parti Québécois, Québec Solidaire, la Coalition avenir Québec et le Parti libéral du Québec. Tous, notamment, ont appuyé les recommandations contenues dans le rapport du Groupe de travail sur l’avenir de l’audiovisuel au Québec, sur le virage, numérique et jeunesse, opéré par Télé-Québec, et tous ont, du même souffle, salué le travail du ministre de la Culture et des Communications sortant, Mathieu Lacombe.

Aucun des représentants n’a cependant pu clairement prendre position sur l’enjeu du financement du milieu culturel à la hauteur de 3 % des dépenses budgétaires du gouvernement.

Les représentants de la Coalition avenir Québec, Christine Maestracci, et du Parti libéral du Québec, Benoît Clermont, n’avaient pas toutes les réponses aux questions de l’animatrice Johane Despins : leur plateforme électorale n’a pas encore été entièrement dévoilée. Le représentant du PLQ a tout de même affirmé que son parti ne ferait « aucune coupure » dans ces budgets, alors que celle de la CAQ a suggéré que son parti « travaillait très fort » pour appuyer le CALQ et la SODEC.

Ceux du Parti québécois, Catherine Gentilcore, et de Québec solidaire, Sol Zanetti, ont été moins évasifs. Zanetti a d’ailleurs réitéré que son parti « doublerait » les enveloppes budgétaires du CALQ et de la SODEC, une promesse applaudie par l’auditoire, plusieurs d’entre eux portant le chandail rouge marqué du logo du Front commun pour les arts et du slogan « Debout pour la culture ». Quant à Madame Gentilcore, elle promit que le PQ « stabiliserait » ces enveloppes budgétaires, sans toutefois s’avancer sur leur indexation à l’inflation.

Le débat n’a pas donné lieu à de nouvelles annonces, ni jeté un éclairage nouveau sur les enjeux auxquels fait face le secteur culturel, enjeux unanimement reconnus par les représentants des partis. Ainsi, le seul moment où la conversation s’est véritablement animée est survenu lorsque l’animatrice Johane Despins a abordé, vers la fin du premier tiers de ce débat de 90 minutes, l’enjeu des sorties culturelles en milieu scolaire.

« Des intervenants témoignent, la rentrée scolaire vient de se faire et déjà, dans le Bas-Saint-Laurent, il y a un tiers de moins de sorties culturelles de planifiées à l’école et 250 000 livres de moins achetés par les écoles », a d’abord illustré Johane Despins. La représentante de la CAQ, Christine Maestracci, a défendu le bilan de son parti en évoquant une hausse des enveloppes à près de 40 millions de dollars (plus précisément 38 millions de dollars) destinés à ces activités culturelles. Ses adversaires ont tôt fait de rappeler que les nouvelles règles proposées par la ministre de l’Éducation Sonia LeBel autorisent les écoles à financer des activités sportives et parascolaires à même cette enveloppe budgétaire autrefois exclusivement consacrée aux sorties culturelles, diluant ainsi les sommes reversées à la culture.

Sol Zanetti a réitéré la volonté de QS de protéger les budgets consacrés à l’achat de livres dans les écoles, maintenir les budgets de sorties culturelles et ajouter 40 millions de dollars pour stimuler la culture à l’école. De la même manière, Catherine Gentilcore a assuré que le PQ allait aussi « réparer les erreurs commises par la CAQ » en rétablissant l’enveloppe dédiée aux sorties culturelles et à l’achat de livres dont l’enveloppe serait bonifiée de 8 millions de dollars.

QS promet également d’instaurer un « passe-culture » permettant aux jeunes de 12 à 18 ans de dépenser 75 $ aux frais de l’État dans une activité culturelle, mesure estimée à 40 millions de dollars ; pour sa part, le PQ propose une formule « 2 pour 1 » destinée aussi aux jeunes : à l’achat d’un billet de spectacle, l’État offre le second. Le montant global de cette mesure n’a pu nous être précisé.

Ces questions ont été échangées lors du premier des trois thèmes cernés par les organisateurs du débat : l’arrimage de la culture avec les jeunes du Québec. Les thèmes du « soutien du cœur créatif » et du « rayonnement de la culture » ont permis de faire émerger quelques propositions, à commencer par celui d’un « filet social » défendu par la Grande mobilisation pour les arts au Québec. Le PQ, la CAQ et le PLQ attendent de lire le fruit de consultations sur cet enjeu ; Québec Solidaire propose de lancer un projet pilote dans la ville de Québec au coût de 130 millions de dollars sur quatre ans.

Régissant aux propos échangés durant le débat, Emmanuelle Hébert, directrice générale de Culture Montréal, s’est d’abord réjoui que les candidats « avaient une bonne compréhension des enjeux du milieu culturel, et je tiens aussi à souligner que plusieurs candidats parmi quatre ces cinq principaux partis proviennent du milieu culturel, ce qui nous rassure ». Le Parti conservateur du Québec n’a pas répondu à l’invitation des organisateurs du débat.

« On a bien entendu qu’il y avait un consensus sur l’importance de la culture, et certains échanges ont été costauds – on n’était pas face à des langues de bois », estime Emmanuelle Hébert. « Mais c’est sûr que je suis restée sur ma faim, du fait que la CAQ et le PLQ n’ont pas profité de l’occasion pour partager avec nous leurs engagements en culture. »