Au festival "Un violon sur le sable", la musique classique s’écoute en maillot de bain
De grands concerts de musique classique et des danseurs Étoile qui se produisent gratuitement sur la plage : c’est le programme du 39ème festival "Un violon sur la plage" à Royan, en Charente-Maritime, jusqu’au 1er août.
Jusqu'à 40.000 personnes assises dans le sable, sur la plage de la Grande-Conche et à la belle étoile, avec des airs de Carmen ou de films qui s’élèvent dans le ciel : voilà le spectacle qu’offre Royan, 20.000 habitants à l’année, en cette dernière semaine de juillet. Avec "Un violon sur le sable", depuis près de 40 ans, la musique classique et le ballet s'invite en pleine ville, au bord de l'océan, de façon accessible, jusqu'au 1er août. Un enjeu clé dans ce territoire où aucune salle de spectacle ne permet d’accueillir tant de monde.
Un décor atypique
"Ah, ça fait des jolis ronds dans le sable !" : sur scène ce lundi 27 juillet, le danseur Etoile Karl Paquette se félicite de la technique des élèves du jour, dont les dégagés laissent une trace bien visible au sol. Un cours de danse un peu à part, en plein milieu de la plage, où des barres de danse et barrières ont été installées pour faire travailler pointes et pliés à plus de 150 participants. "C'est assez sympa, on s'amuse bien ! lance Adélaïde, une habitante de Royan qui ne manque jamais l'événement. Il y a une bonne ambiance mais il faut suivre !" Deux rangs derrière, Delphine s'est prêtée au jeu un peu par hasard : "pour moi c'est une première ! On est venus ici car on était en vacances à Arcachon, et on a été évacués... Donc ça fait du bien de penser à autre chose. C'est étonnant."
Une parenthèse artistique qui surgit sur la plage, comme sur le green de golf mercredi 29 juillet, avec un quatuor de danseurs qui investit les lieux : "on sait que c'est dans de l'herbe, que les appuis ne sont pas les mêmes, donc on a créé quatre pas de deux complètement adaptés sur ce terrain là, explique Karl Paquette. Et puis quand on est sur la grande scène, c'est quand même magique d'avoir 50.000 personnes devant soi." "Je me sens sans limites ici, acquiesce la soprano sud-africaine Pretty Yende, qui s'est produite pour la deuxième fois, mardi soir, au festival. Tout est sauvage, le son rebondit sur les rochers, l'océan, le sable... Le ciel est notre plafond !"
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Amener le classique là où il est absent
Pour la chanteuse, "c'est un peu comme un retour à la maison" : "c'est presque familial, la dernière fois des parents étaient avec leurs enfants et leurs pique-nique... Je chante précisément pour ce public là : celui-ci qu'on n'a pas dans les grandes salles, qui ne connait pas l'opéra. Je chante pour partager mon don avec le maximum de personnes, alors ce type de festivals, c'est un rêve devenu réalité."
"Ici, on a toutes les classes sociales, des habitants de Royan comme des touristes, on a des gens qui font leur après-midi à la plage, et restent jusqu'au soir pour les concerts, se réjouit Jérôme Pillement, chef d'orchestre depuis plus de trente ans au festival. Le sable et le vent, on apprend à les gérer, on a plus de 70 musiciens qui reviennent de l'Opéra de Paris et d'opéras nationaux, de l'orchestre de Paris. On a repris les concerts, comme au XIXe siècle, c'est-à-dire des concerts d'extraits : un mouvement d'une symphonie, un air d'opéra... On ouvre tous les tiroirs, de la musique baroque à celle de films. C'est plus accessible, et je présente chaque morceau, c'était vraiment une demande de Philippe Tranchet."
Pour le créateur du festival, tout ça est pourtant né d'une ambition simple : "le festival, c'était un prétexte pour faire un duplex sur ma radio associative, plaisante-t-il. On a commencé avec un violoniste, et ça a grandi tout seul." Dans le secteur de Royan, pas de grande salle de spectacle : "ça a été ma chance, je pense que s'il y en avait eu une à l'époque, je n'aurais pas créé ce festival sur la plage, lance Philippe Tranchet. C'est à ma connaissance le seul festival où les places payantes, en gradins, sont moins bien placées que celles gratuites, assis sur le sable juste devant. C'est un véritable oxymore ! Et puis on a un public qu'on ne trouve pas dans les salles habituellement, qui découvre pour la première fois, qui rend au centuple l'émotion aux artistes. C'est ma plus belle récompense."
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