Au travail, les canicules répétées laissent ces salariés avec « le cerveau en bouillie »
Life 30/07/2026 06:02 Actualisé le 30/07/2026 07:17
Malgré la chaleur et ses conséquences sur la santé, ces salariés sont tenus de rester productifs au travail et s’épuisent.

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« Au début, j’essayais de tenir le coup. Je buvais du café, des boissons énergisantes, raconte Axel. Mais je me sentais de plus en plus fatigué. »
Un four sans fin. Ce mercredi 29 juillet a commencé en France la quatrième canicule de l’année, avec des températures de 40 degrés à Bordeaux et à Tarbes, 39 à Lyon et 36 à Lille. Une nouvelle vague de chaleur due au réchauffement climatique qui ne sera pas sans conséquences sur pour la biodiversité, et qui vient à nouveau mettre à mal notre santé.
Entre les nuits tropicales dont la chaleur empêche de dormir et de récupérer, la déshydratation, les coups de chaud et l’anxiété, il n’est pas facile de trouver du repos en cet été 2026. Encore moins pour celles et ceux qui n’ont pas encore pris de congés et qui encaissent, semaines après semaines, ces périodes de chaleur intense en étant au travail. Avec des conséquences palpables pour les employés de bureau, et encore plus dangereuses pour ceux qui travaillent en extérieur et sont exposés à la chaleur. Deux salariés, dans des domaines très différents, ont raconté ces symptômes de fatigue au HuffPost.
L’impression d’avoir « le cerveau en bouillie »
« C’est hyper dur », soupire Célia*. La jeune quadragénaire, qui a l’habitude de prendre ses vacances en août, sent bien que cette année est différente des autres : en cette fin de mois de juillet, elle est beaucoup plus fatiguée et angoissée que l’an dernier. « Je regarde l’application météo tout le temps en espérant de la pluie. Tout à l’heure, je suis sortie et j’ai vu tous les arbres cramés alors qu’on n’est même pas en août, c’était très anxiogène. » De l’éco-anxiété conjuguée à une bonne dose de fatigue qui remonte au mois de juin, pendant la deuxième canicule.
Déjà mise à mal par les températures anormalement élevées du mois de mai, elle a senti poindre l’épuisement quand elle a dû retirer ses deux enfants de leur école. « La directrice nous disait que l’établissement était une fournaise. Je m’inquiétais pour leur santé, alors je les ai gardés avec moi, en télétravaillant. » Une solution loin d’être facile. « On était enfermés avec les volets fermés, je devais gérer les enfants, les occuper, ne pas m’énerver, et restée concentrée sur le boulot », décrit Célia. Le tout, avec une dette de sommeil. « Les enfants dormaient mal, ils avaient un sommeil agité, se réveillaient tôt le matin. Moi aussi, je dormais mal. »
Au point qu’elle a fini par avoir l’impression d’avoir « le cerveau en bouillie ». « J’avais du mal à rassembler mes idées, à la fois parce que j’étais extrêmement fatiguée, mais aussi à cause de la chaleur et de l’anxiété générée par la période. Je n’avais pas l’impression de faire du bon boulot ». Si depuis, elle ne se sent toujours pas parfaitement en forme, elle a tout de même réussi à absorber un peu de cette fatigue « grâce aux nuits un peu plus fraîches ».
« Le travail est devenu une source d’anxiété et de souffrance »
Car la question des nuits est capitale, tant les conséquences du manque de sommeil sont lourdes sur la santé. Comment font ceux qui travaillent de nuit et sont forcés de chercher du repos le jour, quand les températures sont les plus élevées ? C’est le cas d’Axel, routier de 33 ans, qui commence ses nuitées de travail autour de 23 heures et les termine entre huit et dix heures du matin. « Habituellement, je dors entre midi et vingt heures pour avoir une période de sommeil de huit heures. Mais avec les canicules, c’est compliqué : ce sont les heures les plus chaudes », nous explique-t-il.
D’autant plus que depuis le mois de mai et les premières vagues de chaleur, rien n’a changé dans son entreprise. « Je me demandais si on allait changer nos horaires pour qu’on travaille la journée et qu’on puisse dormir la nuit, quand il fait frais, ce qui serait faisable. Mais il n’y a eu aucune communication, aucune prévention, on s’attend à ce qu’on fasse notre travail normalement, c’est tout », déplore-t-il. Mais que veut dire « normalement » quand, comme le trentenaire, on ne dort jamais plus que quatre heures par jour avant d’aller conduire un 44 tonnes durant six ou huit heures ?
« Au début, j’essayais de tenir le coup. Je buvais du café, des boissons énergisantes, raconte Axel. Mais je me sentais de plus en plus fatigué. Quand je disais à mes collègues que c’était difficile, on me disait ça passerait. » Les week-ends, il alterne entre 45 heures de repos consécutives et 24 heures de repos une semaine sur deux, « pas assez » pour rattraper ses insuffisantes périodes de sommeil.
À la fin du mois de juin, après la deuxième vague caniculaire, il raconte s’être vu enchaîner les « petites conneries » au travail. « Des petites choses, mais potentiellement très dangereuses : piquer du nez au volant, ne pas voir un trottoir et taper dedans… Aucune n’a eu de conséquences, ni humaines, ni matérielles, mais le travail est devenu une source d’anxiété et de souffrance. Je sentais que mon corps ne tenait plus. » Après une semaine d’attente pour avoir un rendez-vous, son médecin l’a finalement arrêté au mois de juillet, pendant deux semaines.
De quoi le remettre suffisamment en forme pour retourner au travail sans risque, mais cet épuisement n’a pas été sans conséquences. Aujourd’hui de retour en poste, la situation est encore « difficile ». « Maintenant, j’anticipe la chaleur et la fatigue, je suis très anxieux. Dès que je vois qu’il va faire chaud, je commence à me sentir mal, je me demande si je vais réussir à encaisser, si ça va être comme avant. C’est aussi une forme d’éco-anxiété. »
*Le prénom a été changé