Sébastien Loeb (52 ans) a fait sensation en Alsace Bossue. Au volant de sa C4 WRC, accompagné de sa fille Valentine, le nonuple champion du monde des rallyes a attiré la foule sur les petites routes de la région, dimanche, à l’occasion du vingtième anniversaire de cette épreuve régionale qu’il parraine.

La veille à Drulingen, il a accepté notre invitation pour un rendez-vous avec les lecteurs des DNA et de L’Alsace. En toute décontraction et avec son franc-parler habituel.

▶ Joël Reyss (Westhoffen) : Alors que vous sillonnez le monde, qu’est-ce qui reste profondément alsacien chez vous ?

Mes potes. Mon cercle proche d’amis est le même depuis mes jeunes années. Ils viennent tous d’Alsace du Nord. J’ai rencontré des gens venus d’ailleurs, heureusement, mais c’est auprès d’eux que je suis en mode détente, le plus naturel, que je me sens bien, tout simplement.

Sébastien Loeb prend la pose avec les six lecteurs qui ont pu poser leurs questions au champion, samedi dernier à Drulingen. Photo Roméo Boetzlé

Sébastien Loeb prend la pose avec les six lecteurs qui ont pu poser leurs questions au champion, samedi dernier à Drulingen. Photo Roméo Boetzlé

▶ Nicolas Rapp (Illkirch-Graffenstaden) : Est-ce un plaisir supplémentaire de pouvoir piloter dans la région ?

Oui, forcément, parce que ça reste rare. Mon statut de champion du monde a certainement fait que le Rallye de France est passé en Alsace (entre 2010 et 2014, NDLR).

C’était un chouette clin d’œil et ça m’a permis de constituer mes meilleurs souvenirs, avec notamment ce succès synonyme de titre mondial chez moi, à Haguenau, en 2010…

Dimanche, le pilote et sa fille Valentine ont participé au rallye de l’Alsace Bossue. Photo Robin Haaser

Dimanche, le pilote et sa fille Valentine ont participé au rallye de l’Alsace Bossue. Photo Robin Haaser

« J’ai conscience du danger, c’est même nécessaire pour mieux l’appréhender »

▶ Pierre Traband (Oberhoffen-sur-Moder) : Le fait de pratiquer la gymnastique dans votre jeunesse vous a-t-il aidé dans votre carrière ?

Oui. La gym m’a appris à maîtriser le stress de la compétition et m’a donné une certaine aisance dans mon corps. Se mouvoir en trois dimensions, ça aide quand on est au volant. Le sport en général est une bonne école pour le pilotage.

▶ Frédéric Leininger (Artzenheim) : Vous arrive-t-il d’avoir peur au volant ?

Ce n’est pas une histoire de peur, c’est une question de maîtrise et de confiance. J’ai conscience du danger, c’est même nécessaire pour mieux l’appréhender. Quand tu roules à 180 km/h au ras des sapins, tu sais que tu n’as pas droit à l’erreur.

Je ne me suis jamais considéré comme une tête brûlée. Je n’ai pas l’impression de prendre des risques. Quand je rentre à fond dans un virage, c’est parce que je pense que ça passe.

Avec sa décontraction naturelle et sa franchise habituelle, Sébastien Loeb a répondu aux questions des lecteurs de votre journal en marge du rallye de l’Alsace Bossue. Photo Roméo Boetzlé

Avec sa décontraction naturelle et sa franchise habituelle, Sébastien Loeb a répondu aux questions des lecteurs de votre journal en marge du rallye de l’Alsace Bossue. Photo Roméo Boetzlé

« J’allais aussi souvent dans les champs pour répéter à l’infini le passage d’un virage »

▶ Tania Fischer (Kutzenhausen) : Avez-vous réellement appris à piloter dans les ronds-points de la région ?

Un peu, oui, même si je sais que ça n’est pas bien (il rit) ! Dans le coin de Haguenau, il n’y a pas de petites routes de montagne, alors va pour les ronds-points ! Je choisissais ceux qui offrent de la visibilité pour travailler la trajectoire. Ça requiert de la précision car il y a beaucoup de trottoirs !

J’allais aussi souvent dans les champs pour répéter à l’infini le passage d’un virage, avec le bon freinage qui précède. Pourquoi ? Je ne sais pas. À 18 ans, je n’avais pas d’objectif et ne rêvais pas de compétition. Non, il fallait juste passer ce virage à la perfection…

Guy Fréquelin étreint Sébastien Loeb au Tour de Corse 2004. L'Alsacien a alors 30 ans. Photo Claude Saulnier

Guy Fréquelin étreint Sébastien Loeb au Tour de Corse 2004. L'Alsacien a alors 30 ans. Photo Claude Saulnier

▶ Alexandra Groell (Labaroche) : Quel est le moment dans votre carrière qui vous a rendu le plus fier ?

Je suis toujours content quand je gagne, mais pas spécialement fier. Je ne me suis jamais dit à moi-même : “Waouh, t’es trop fort, Seb !”

Pour ce qui est des moments marquants, il y a mon premier titre en Corse en 2004, un aboutissement, mes deux succès en Alsace… Pikes Peak, aussi, qui reste une course folle où la plus petite erreur peut coûter très cher. Quand je suis arrivé là-haut en vainqueur (en 2013 avec Peugeot), j’étais plus soulagé que fier.

Pikes Peak, aussi, qui reste unea course folle où la plus petite erreur peut coûter très cher.

« Pikes Peak (au Colorado) aussi reste une course folle où la plus petite erreur peut coûter très cher », se souvient Sébastien Loeb. Photo fournie

« Pikes Peak (au Colorado) aussi reste une course folle où la plus petite erreur peut coûter très cher », se souvient Sébastien Loeb. Photo fournie

« Je n’ai pas d’habitudes particulières ni de superstitions »

▶ Frédéric Leininger : Avez-vous un rituel avant de prendre le départ ?

Je bois mon café, voilà tout ! Mais je n’ai pas d’habitudes particulières ni de superstitions, contrairement à mon ex-copilote Daniel Elena. Je me concentre vraiment dans la zone de pointage, trois minutes avant le départ, au moment de mettre le casque sur la tête.

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▶ Nicolas Rapp : Serez-vous au départ du Dakar en janvier prochain ?

Je ne sais pas, c’est compliqué. Quand Dacia a annoncé l’arrêt du programme en début d’année, les autres constructeurs avaient déjà engagé leurs pilotes pour l’édition 2027.

Alors, oui, je discute avec Ford, Toyota et Prodrive, l’équipe qui exploite nos Sandriders et pourrait les relooker en les confiant à un autre constructeur, mais il n’y a rien de concret.

Au-delà de cette problématique, encore faut-il que le Dakar ait lieu. Le WRC, par exemple, a annulé sa manche en Arabie saoudite en fin d’année (en raison de l’incertitude régionale liée à la situation géopolitique). Nous concernant, il y a bien une rumeur de repli au Maroc, mais je ne vais pas commencer à commenter une rumeur…

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Le Dakar ? « Je n’ai jamais réussi à tout mettre bout à bout »

▶ Joël Reyss : Qu’est-ce qui rend cette épreuve si dure à dompter ?

Je sais que j’ai le potentiel pour gagner, mes voitures ont toutes été performantes, mais je n’ai jamais réussi à tout mettre bout à bout.

Sur un Dakar, tu peux perdre un peu de temps, mais il faut proscrire la mauvaise journée, celle qui te fait tout perdre à cause d’une erreur de navigation, un souci mécanique, une faute de pilotage ou trop de crevaisons. Or en dix participations, je n’ai jamais réussi à l’éviter, cette maudite journée !

Sébastien Loeb et le Dakr, une histoire contrariée. Photo F. Gooden

Sébastien Loeb et le Dakr, une histoire contrariée. Photo F. Gooden

« J’aime toujours la compétition, le fait de rouler, le plaisir du pilotage »

▶ Tania Fischer : Qu’est-ce qui nourrit encore votre motivation ?

La passion. J’aime toujours la compétition, le fait de rouler, le plaisir du pilotage. J’ai la chance de pouvoir continuer à vivre de ma passion à 52 ans. Dans les autres disciplines, les carrières s’arrêtent généralement à 35, maximum 40 ans alors que moi, je suis encore sollicité à mon âge et payé pour faire ce que j’aime, donc j’en profite !

Aujourd’hui, mon objectif consiste à remporter le Dakar. Tant que je m’en sentirai capable, j’y retournerai. Le jour où je n’aurai plus envie, j’arrêterai, mais je n’en suis pas encore là.

▶ Frédéric Leininger : Existe-t-il une course que vous n’avez jamais faite et à laquelle vous aimeriez participer ?

Je pense avoir fait un peu tout ce qui me faisait envie, du rallye, du circuit, du rallycross, Pikes Peak, Le Mans…

Après les questions-réponses, Sébastien Loeb s'est plié au jeu des autographes. Photo Roméo Boetzlé

Après les questions-réponses, Sébastien Loeb s'est plié au jeu des autographes. Photo Roméo Boetzlé

« Le privilège d’avoir vécu les sensations d’une F1 »

Un Grand Prix de Formule 1 ? À mon âge, ça n’a plus de sens ! J’ai eu le privilège d’avoir vécu les sensations d’une F1 en essais officiels (en 2008 avec Red Bull), je n’ai pas de regrets de ne pas être allé jusqu’à la course (il était prévu à Abou Dhabi en 2009).

▶ Pierre Traband : Comment choisissez-vous vos sponsors ?

J’ai un manager qui s’occupe de mes contrats. On me fait une proposition, si c’est cohérent avec mon activité, on y réfléchit. Je ne me verrais pas faire la promotion d’une marque de lessive !

▶ Alexandra Groell : Si vous deviez garder une seule voiture pour le reste de votre vie, ce serait laquelle ?

Je suis encore sous contrat chez Dacia, donc je prends un modèle de la gamme ! Bon, je ne vais pas citer de marque, mais j’opterais pour une belle sportive, à la fois efficace et confortable. Je vous laisse chercher…

Les « Face aux lecteurs », des moments privilégiés pour certains abonnés. Photo Roméo Boetzlé

Les « Face aux lecteurs », des moments privilégiés pour certains abonnés. Photo Roméo Boetzlé

« Je m’ennuie vite »

▶ Tania Fischer : Quel conseil donneriez-vous à un jeune pilote ?

C’est difficile de démarrer sans argent ni soutien. À l’époque, c’est l’opération Rallye Jeunes qui m’avait permis de me faire remarquer par Dominique Heintz. Cette journée de détection existe toujours, c’est le meilleur moyen de se lancer.

▶ Une question du public : Vous arrive-t-il de vous ennuyer ?

J’ai le temps de m’ennuyer, oui. Pas ces sept derniers jours, où j’ai enchaîné les déplacements et je n’ai pas eu une seconde à moi. Mais parfois, il m’arrive de passer une semaine entière à la maison sans aucune échéance. Alors je m’ennuie vite. Je ne peux pas me lever pour aller au boulot, je n’ai pas de vrai travail (rires)  !