Trolley et omnibus, tramway à vapeur puis électrique : ces transports qui ont façonné la ville
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Trolley et omnibus, tramway à vapeur puis électrique : ces transports qui ont façonné …
L’année 2026 est l’occasion de célébrer les 20 ans du tram mulhousien. Et si on profitait de cet anniversaire pour revenir sur ce projet qui a redessiné la ville et une partie des transports en commun de son agglomération ? Le premier volet sera consacré au tram… d’avant le tram.
Stéphane Freund -
Aujourd’hui à 07:14
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L’inauguration du tram en mai 2006 ? Une affaire rondement menée, en présence du président de la République, Jacques Chirac. Il y avait également du beau monde, sous-préfet, commissaires de police, le jour de l’inauguration du tramway à vapeur, le 24 mai 1882. C’était une journée orageuse. Cela aura son importance.
Le tramway à vapeur et le transport de marchandises, ici dans la future avenue Kennedy. En 1880, le maire Jean Mieg Koechlin lançait la construction d’un tramway pour approvisionner les nombreuses manufactures. Document fourni
1882, le premier tramway avec des passagers
Cela faisait presque deux ans que les engins à vapeur côtoyaient les services d’omnibus, tractés par des chevaux, qui proposaient places assises à l’intérieur et sur le toit. Livrer les rues mulhousiennes à la modernité, c’était une des décisions d’un conseil municipal de 1880, présidé par Jean Mieg Koechlin. Priorité, alors, évidemment, au transport de marchandises. Construit par Siemens, l’appareil était la suite logique pour une ville reliée grâce au chemin de fer à Thann et à Strasbourg, qui bénéficiait alors d’un contexte économique florissant. On s’en est notamment servi pour livrer du charbon dans différentes usines de la ville. Puis pour transporter des passagers, à partir de 1882.
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Le tram omnibus, tracté par des chevaux, a résisté jusqu’à la fin du XIXe siècle. Malgré l’apparition du tramway, deux nouvelles lignes ont été créées en 1885 : Mulhouse-Brunstatt et Mulhouse-Riedisheim. Document Transports en commun de Mulhouse (TCM)
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Accueilli avec enthousiasme, le tramway à vapeur fait bientôt l’unanimité contre lui. Dès septembre 1882, la première pétition circule : on lui reproche son bruit, la fumée, les accidents ou incidents quasi quotidiens et les tremblements qu’il génère. Ici une caricature parue en novembre 1882. Document Transports en commun de Mulhouse (TCM)
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Ici, le tramway à vapeur rue du Sauvage, au niveau de la place des Victoires, en 1885. La société Tramways Mülhausen (T.M.) a été créée le 21 juin 1884, sans subventions. Document Transports en commun de Mulhouse (TCM)
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Le « sans rail » du Rebberg, une ligne d’ancêtres des trolleys, exploitée en régie municipale par la Ville de Mulhouse de 1908 à 1918, année où le dépôt fut détruit par les flammes. On notera les roues de charrettes en bois installées à l’arrière du véhicule. Document Transports en commun de Mulhouse (TCM)
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Le trafic en 1930 est de 12 176 272 voyageurs et 88 626 tonnes de marchandises. Ici, inauguration de la ligne 11 vers Wittenheim, en 1930. Document Transports en commun de Mulhouse (TCM)
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Après la Seconde Guerre mondiale, devant l’importance des travaux de reconstruction de voirie et la nécessité de renouveler le matériel roulant, les T.M. en accord avec la Ville, choisissent d’investir dans le « pneu » (bus et trolleys) qui ne nécessite pas d’infrastructure lourde au sol. Document Transports en commun de Mulhouse (TCM)
Comme le raconte le bulletin du musée historique des sciences humaines de Mulhouse, imprimé un siècle plus tard, en 1982, c’est après des ondées orageuses et « dans un wagon à houille aménagé que l’on fait le premier essai entre la Porte Jeune et Dornach […]. En arrivant à Dornach, à peu de distance de la kilbe qui se déroulait en ce moment, les voies étaient remplies de boues et de graviers, il fut impossible de freiner à temps la machine qui dérailla et alla s’échouer en bordure de trottoir ».
La maquette de la motrice à vapeur de 1882. Photo Vincent Voegtlin
Les officiels, qui durent rentrer en hippomobile, remirent le couvert le 27 mai et la première ligne de voyageurs fut officiellement ouverte le lendemain. Celle-ci reliait la Porte Jeune et le secteur actuel du Kinepolis, où se trouvaient les aménagements aquatiques des Bains du Rhin.
635 000 passagers en 1888
Six semaines plus tard, une nouvelle ligne reliait la Porte Jeune et la gare. Le 1er mars 1883, on ouvrait officiellement la ligne menant à Bourtzwiller. En 1888, la société de transports mulhousiens a véhiculé plus de 635 000 personnes et 134 000 tonnes de marchandises. En juillet 1894, l’électricité supplantait la vapeur.
Alain Masson, ancien traminot, fait partie de ces passionnés de l’histoire des transports en commun mulhousiens. Entre ses mains, la réplique d’un tramway électrique. Photo Vincent Voegtlin
« Mais la motrice vapeur a encore été utilisée à la fin de la Seconde Guerre mondiale », sourit doucement le traminot Alain Masson, récemment retraité, entouré de nombreuses maquettes et d’objets témoignant des décennies passées. « Les lignes électriques et les rails avaient été endommagés. Elle a servi à remettre le réseau en route. » Sans laisser le temps aux Allemands de réaliser leur projet esquissé durant le conflit, « doubler les voies ».
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Mulhouse, 15 juin 2004, sur le chantier face au cinéma Palace. Photo fournie
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En août 2013, des rails de l’ancien tramway, découpés rue de la Sinne, pour l’aménagement de la place de la Paix. Photo fournie
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Un ancien rail du tramway de Mulhouse déterré lors de la rénovation de l’avenue Aristide-Briand, à Mulhouse, en août 2025. Photo archives Vincent Voegtlin
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Pose du premier rail du nouveau tram mulhousien, le 25 mai 2004, au siège de Soléa. Photo fournie
La remorque et les abeilles
« Il y a beaucoup de connaisseurs sur le sujet, Vincent Tomasella, président de la section histoire de l’amicale du personnel Soléa, Richard Jung, Henri Daniel », souligne notre interlocuteur. Qu’on se rassure, les passionnés de l’histoire des transports en commun ont toujours de quoi alimenter leurs passions, Mulhouse ayant successivement, voire en même temps, été sillonné par des omnibus à chevaux, des tramways à vapeur puis électriques, des trolleybus et des autobus. Le réseau interurbain, qui a notamment épousé Pfastatt, Brunstatt, Illzach et Wittenheim permettait alors de rejoindre jusqu’à Ensisheim, via Battenheim.
Une chope à bière et un poster pour le centenaire du transport en commun mulhousien. Photo Vincent Voegtlin
« On m’a un jour ramené des horaires de la ligne de bus Mulhouse-Wittenheim de 1963, retrouvés dans un vieux buffet de cuisine », poursuit Alain Masson, dont les yeux brillent en évoquant ce tramway qui « apparaît dans un film couleur des années 1950, entouré de Panhard [une ancienne marque de voitures, NDLR], reliant Riedisheim au cimetière central. En 2007, on a aussi entendu parler d’une remorque passagers De Dietrich 1925 dans la vallée de la Thur », rit Alain Masson. « Elle servait à abriter des abeilles. »
Une remorque passagers servait d’abri à des abeilles, à Bitschwiller-les-Thann. Elle a été ramenée en 2007 à Soléa. Photo fournie
L’amorce des Trente Glorieuses, le développement du réseau automobile allait mettre un frein au tram. « Il était en perte de vitesse, ça a favorisé l’apparition de l’autobus. Le réseau n’a pas été laissé à l’abandon, mais il n’était plus prioritaire. » L’agonie a duré de 1954 à 1957. La modernisation des chaussées, les couches de bitume et d’enrobés engloutissent les traces des décennies passées. En 1960, le tram a définitivement disparu des rues mulhousiennes. Le dernier trolleybus, on en a compté jusqu’à 19 en service, le suivra en 1968.