Maires et avocats main dans la main pour une justice plus accessible à tous sur tout le territoire français. C’est tout l’enjeu de la convention de partenariat national qui a été signée ce mercredi 26 août 2026 à Cannes par Me Christophe Bayle, président de l’association de la Conférence des bâtonniers, qui tient son université d’été dans la cité des festivals, et David Lisnard, en sa qualité de président de l’Association des maires de France.

Cet accord inédit fédère les 163 barreaux de province et d’Outre-mer (soit 45 000 avocats) et 35 000 maires et présidents d’intercommunalité.

Objectif commun ? Garantir un accès effectif au droit, en particulier dans les territoires ruraux. Me Christophe Bayle, avocat et président de Conférence des bâtonniers décrypte l’initiative.

Ce partenariat entre les maires et les barreaux part de quel constat ?

Le constat, c’est l’éloignement du justiciable au droit et à son tribunal. En 2007, la réforme Dati avait notamment supprimé des tribunaux. C’était parfois justifié, parfois abusif. Dans le Médoc, par exemple, il faut 2 heures de route pour atteindre un tribunal… L’idée est donc de rassembler les intérêts communs des maires et des bâtonniers dont l’ADN est le territoire. Et donc de préserver le maillage des tribunaux.

Avec l’idée de peser sur le ministère de la Justice ?

À l’approche des élections présidentielles, il y a une petite musique qui dit qu’il y a trop de tribunaux et qu’il faut satisfaire à une logique comptable. Il y a un manque criant de moyens humains dans trop de tribunaux. Cinq à six ans pour obtenir une décision à la cour d’appel de Lyon… Cet accord avec les maires, c’est un moyen de faire comprendre à l’opinion publique que l’on crée un contre-pouvoir local.

Ce partenariat a une dimension politique…

Oui bien sûr. Nous voulons pérenniser les tribunaux tels qu’ils existent. Et les développer. Par exemple, j’estime que dans le Médoc, à Lesparre (Gironde), il faudrait un tribunal de proximité.

Vous serez toujours tributaires des moyens de l’État…

Il y a quand même des moyens d’agir. Le tribunal pour enfants a été créé à Alès (Gard) à l’initiative du maire et des bâtonniers. À Libourne, en Gironde, le maire a sauvé son tribunal…

L’accès de tous au droit est aussi un objectif ?

On souhaite pouvoir évaluer les endroits sur le territoire où l’accès à l’information juridique serait défaillant. Notre première action est d’organiser dès 2027 une rencontre annuelle entre les bâtonniers et les maires de chaque ressort.

Que faire pour les territoires ruraux ?

Il faudrait développer des « bus du droit », avec des consultations d’avocat, qui pourraient être financées par les communes, les départements, et aussi les barreaux Cela existe en Corse ou dans le Val-d’Oise mais c’est rare. Dans les Outre-mer, en Nouvelle-Calédonie, Cayenne ou Wallis-et-Futuna, l’accès au droit est vraiment très compliqué.

Quels enjeux pour ce partenariat inédit ?

David Lisnard est quelqu’un qui aime le concret. Cela tombe bien, moi aussi. La convention est signée pour trois ans avec un comité de suivi de six membres, et une évaluation annuelle. Avec cette convention, on veut créer un électrochoc. Il y a besoin de contre-pouvoirs locaux. Il y a trop de verticalité dans les décisions du ministère de la Justice. Avec une déconnexion réelle avec les territoires. Si on ne fait rien, les citoyens ne croiront plus à la justice, et se vengeront eux-mêmes…