Du slacker de "Loser" au mélancolique de "Sea Change", Beck n'a cessé de brouiller les pistes. Folk bricolé, hip-hop collagiste, pop cosmique : Very Good Trip s'offre un voyage de trente ans dans l'univers d'un caméléon insaisissable.

Si vous étiez vivant en 1993, et ça fait quand même un paquet de gens parmi vous qui m’écoutez, forcément vous vous rappelez avoir entendu ça au moins une fois dans votre vie. « Loser », le coup d’essai du chanteur californien Beck Campbell, dit simplement Beck, un coup de maître, quoique involontaire, je vous vais vous raconter tout de suite dans quelles circonstances assez inattendues. L’étonnant, c’est que Beck, trente-trois ans après, eh oui, est devenu un classique. Ce que personne, à commencer par lui, le principal intéressé, n’aurait pu imaginer. Si vous avez écouté l’émission d’hier, au cours de laquelle nous avons diffusé l’entretien que j’ai pu avoir avec lui, eh bien vous êtes au courant que Beck a publié voici une semaine un nouvel album, Ride Lonesome. Son énième. Le premier depuis 2019, tout de même, ce qui en fait un petit événement dans la communauté de ses admirateurs. Un album de ballades d’adieu à un amour passé, sereines et apaisées, servies par d’amples orchestrations symphoniques. Et qui n’a strictement rien à voir, de près ou de loin, avec « Loser ».

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Comment en est-il arrivé là ? Eh bien c’est ce que vous allez entendre dans ce, entre guillemets, concert idéal de Beck que je vous propose ce soir. Alors, « Loser », d’abord. Il y avait là-dedans une espèce de slogan nihiliste pour les enfants de la génération grunge : je suis un loser, chéri, alors vas-y, tue-moi. Beck avait alors vingt-deux ans. C’était un musicien qui avait grandi dans un milieu artistique et qui avait choisi de mener une vie de musicien vagabond, logeant chez des amis à droite à gauche. Il se produisait avec sa guitare au coin des rues, chantant même dans des autobus. Et tout le monde, ou presque, s’en foutait. Un soir, Beck s’est retrouvé chez un producteur artistique de rap qui habitait, là où il avait grandi, un quartier mexicain de Los Angeles. Il a essayé, pour se marrer, de faire un rap à la manière de Chuck D, la voix du groupe new-yorkais Public Enemy. Et son pote lui a dit : écoute, mec, t’es vraiment nul comme rappeur, c’est pas possible. Et ils se sont marrés. Beck a dit, c’est vrai, t’as raison, je suis un vrai loser. Et il a trouvé cette formule immortelle que je vous citais tout à l’heure, et qui commençait en espagnol, soy un perdedor, je suis un perdant, - moi je comprenais open the door, et je voyais pas où il voulait en venir, heureusement que le Web et sa mine d’informations existe -, avant de lâcher : I’m a loser baby, why don’t you kill me, ça, je comprenais.

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Tout le monde comprenait et c’était en phase, bien sûr, avec ce que peuvent éprouver parfois des adolescents, des adolescentes, qui se sentent nul(le)s parce qu’elles ou ils ne trouvent pas leur place dans le monde. À ceux qui étaient plus âgés, comme moi, eh bien ça rappelait des souvenirs qui, rétrospectivement, pouvaient faire rigoler. Beck avait l’air d’un marrant sans prétention et c’était parfait. Et franchement, rien ne pouvait présager de la suite, de l’étonnante diversité de sa palette musicale, qui allait s’étendre du blues rural à la chanson aux orchestrations symphoniques, en passant par le hip-hop, les sonorités délibérément sales et saturées d’enregistrements bricolés chez soi, la bossa brésilienne et le funk à la Prince. Et j’en oublie, comme la chanson country archaïque. Dont cette chanson de 1994, qui n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd. Je vais vous raconter après. « Rowboat », c’est Beck, et seulement Beck, ou presque, dans Very Good Trip ce soir sur France Inter.

Pour en savoir plus, écoutez l'émission...

À écouter

France Inter

54 min

Playlist :

Beck

  • « Loser » album « Mellow Gold »
  • « Rowboat » album « Stereopathetic Soulmanure »
  • « Hollow Log » album « One Foot in the Grave »
  • « Where It’s At » album « Odelay »
  • « Devils Haircut » album « Odelay »
  • « Lost Cause » album « Sea Change »
  • « Time of the Assassins » album « IRM »
  • « Wave » album « Morning Phase »
  • « Gamma Ray » album « Modern Guilt »
  • « Dear Life » album « Colors »
  • « Uneventful Days » album « Hyperspace »
  • If You Don’t Know What Love Is » album « Ride Lonesome »