Ben Mazué : "J'ai toujours l'impression qu'on est au début"
Quand vous regardez votre parcours, qu'est-ce qui vous surprend le plus ?
Certainement que ça fait déjà plus de dix ans, même quinze ans, et que j'ai toujours l'impression qu'on est au début. Pourtant, il faut de temps en temps se retourner : il y a eu des moments tellement magnifiques que c'est dommage de ne pas y repenser.
Quel regard portez-vous sur celui que vous étiez au début de votre carrière ?
Je serais attendri. Je trouve ça courageux de se lancer dans cette grande mare qu'est la musique sans savoir ce que ça peut représenter, surtout quand on n'a pas de famille qui a fait ça. C'est une aventure qui conjugue passion, profession et émotion.
Vous aviez étudié et pratiqué la médecine. Pourquoi choisir la musique ?
Parce que c'est une passion. La musique, ça remplit, c'est très épanouissant, ça fait un bien fou. Chanter, partager avec le public, partir à l'aventure, jouer un peu partout… C'est magnifique. Le métier de médecin est lui aussi magnifique, mais c'est un métier d'application : on applique des règles, on enquête, on cherche une maladie. Ce n'est pas un métier créatif. La musique était donc complémentaire, puisqu'elle est tournée vers la création.
Comment une histoire personnelle devient-elle universelle dans une chanson ?
J'essaie de raconter des choses que je considère comme partageables. Je raconte ma propre histoire à condition de considérer qu'elle a déjà existé chez d'autres. Une rupture sentimentale, le deuil, la parentalité… Nous sommes nombreux à avoir traversé ces grands virages de la vie.
Est-il plus facile de dire certaines choses dans une chanson que dans une conversation ?
Ce n'est pas forcément plus facile, mais on a plus de temps pour formuler les choses correctement. Dans une conversation, c'est spontané. Une chanson, c'est extrêmement léché. On pèse chacun des mots. Ça permet d'être plus précis, plus nuancé, plus délicat.
Quand vous écrivez sur des proches, pensez-vous à leur réaction ?
Oui. Je me fixe une obligation : quand je parle de gens, c'est en général pour leur rendre hommage. Je me protège en faisant ça. Je me dis que ça ne peut pas être néfaste tant que ça rend hommage.
Que vous apportent les collaborations avec d'autres artistes ?
C'est toujours la question du partage, très importante dans la musique. Il y a ce qu'on partage avec le public, mais aussi ce qu'on partage en faisant de la musique ensemble. J'ai été marqué par mes collaborations avec Gaël Faye et Grand Corps Malade. Ce sont des gens très inspirants dans leur façon d'être face à la vie. Les épreuves qu'ils ont vécues rendent aussi mes propres épreuves plus faciles à relativiser.
Avec qui aimeriez-vous encore travailler ?
J'aimerais travailler avec des dessinateurs. J'ai une énorme admiration pour René Goscinny, que je considère comme un héros de la littérature française et qui, à mon sens, n'est pas assez célébré. Ses collaborations avec Uderzo, Sempé ou Morris ont donné des choses extraordinaires. Je trouve magnifique de créer de tels univers à plusieurs.
Vous serez dimanche aux Solidarités. Que représente pour vous ce mot ?
C'est un mot fondamental dans la pratique des festivals. Le bénévolat, la convivialité, le fait d'être ensemble… Tout ça se rassemble. Quand on est entouré comme moi dans les festivals, ça donne foi en l'être humain. Aller dans un festival qui s'appelle Les Solidarités, ça fait du bien à l'idée qu'on se fait des humains.
Quel rapport entretenez-vous avec la Belgique ?
J'ai très vite commencé à jouer en Belgique. Au début, c'était devant très peu de monde, puis ça s'est étoffé. J'ai l'impression d'avoir construit un rapport avec le public belge, et ça me fait très plaisir. C'est rare, quand on fait un métier francophone, de pouvoir aller l'expérimenter à l'étranger.
J'aime aussi la place de la Belgique dans la créativité francophone, en musique, en BD, au cinéma… Une bonne partie de mon équipe est belge, notamment Just Vox. Il y a donc beaucoup d'influence belge dans notre bus. On n'est d'ailleurs pas loin de dire "un essuie" quand on parle de serviette !
Quels sont vos prochains rendez-vous ?
Le projet principal, c'est de revenir à Bruxelles pour un deuxième Forest National. Une fois, c'était déjà fou, mais deux fois, c'est complètement génial. Ce sera aussi notre fête de fin de tournée avec les zéniths parisiens. C'est chouette de finir par la Belgique avant Paris !
Infos et tickets : https://lessolidarites.be/
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