Bikini : naissance de la bombe anatomique
À gauche : en 1973, dans un camping des Alpes-Maritimes, c’est la vie en Bikini, y compris pour porter un pot de chambre.
© Jean-Claude DEUTSCH/PARISMATCH/SCOOP
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Mireille Darc dans une piscine parisienne en février.
© Philippe LE TELLIER/PARISMATCH/SCOOP
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En 1965, l’étudiante Sylvie (blonde) et Gisèle, bobineuse en électronique, passent trois semaines de vacances à Rimini (Italie).
© Georges MENAGER/PARISMATCH/SCOOP
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En 1965, l’étudiante Sylvie (blonde) et Gisèle, bobineuse en électronique, passent trois semaines de vacances à Rimini (Italie).
© Georges MENAGER/PARISMATCH/SCOOP
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Des flamants roses ou de cette touriste, qui est le plus surpris ? Les débuts du tourisme de masse à Majorque, en 1965.
© Jack GAROFALO/PARISMATCH/SCOOP
8/8L e soleil est brûlant sur la capitale en ce 5 juillet 1946. La température avoisine les 35 o C, et la piscine Molitor – le bassin en vogue du Tout-Paris – se prépare, à l’occasion de la Fête de l’eau, à élire la plus jolie baigneuse. Micheline Bernardini, danseuse au Casino de Paris, est sur le point de faire grimper le mercure en flèche. Elle sort de la cabine vêtue d’un maillot de bain réduit à sa plus simple expression: quatre petits triangles de tissu, deux pour cacher les seins et deux pour les parties intimes, tenus par deux ficelles, du jamais-vu. C’est ainsi que le Bikini fait son entrée dans le monde. Si échancré qu’aucun mannequin professionnel n’a accepté de le porter. Mais la mode a toujours servi à oser. Coco Chanel le sait bien, elle qui imposa, vingt ans plus tôt, l’allure sportive et le teint hâlé.
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Ignorant, à ce moment-là, qu’elle s’apprête à marquer l’histoire de la mode, l’audacieuse Micheline défile, sourire aux lèvres, le nombril et les hanches exposés à la vue du jury et des journalistes présents. Louis Réard, le créateur du Bikini, ne s’attendait pas à une telle déflagration médiatique. Jugé obscène, le maillot de bain scandalise. Le magazine «Vogue » le qualifie de « tenue qui n’embellit pas la femme». Ancien ingénieur automobile reconverti dans la bonneterie, Louis Réard était pourtant sûr de son coup. L’idée lui est venue sur la plage, en voyant des femmes retrousser leur vêtement de bain afin d’éviter les marques de bronzage. Pour son maillot révolutionnaire, il a choisi le nom d’un atoll du Pacifique où l’armée américaine vient de réaliser ses essais nucléaires. L’homme a le sens de la formule et détourne l’actualité pour en faire un slogan: «Le Bikini, première bombe anatomique» ! Et premières censures ! Le port du Bikini est interdit sur les plages et jusqu’à Hollywood. Il faudra attendre que Brigitte Bardot s’en empare, en 1953, pour qu’il devienne ce maillot à l’image glamour tant désirée par Louis Réard. L’actrice de 18 ans a épousé quatre mois plus tôt Roger Vadim, journaliste à Match, et lorsqu’elle pose en Bikini fleuri pendant le Festival de Cannes, elle crée l’événement. Le mythe BB est né. C’est dans la même tenue que Claudia Cardinale se fait repérer sur la plage du Lido, à Venise, pendant la Mostra au mitan des années 1950.
Le mot Bikini entre dans le dictionnaire en 1960
En France, le Bikini permet aux jeunes filles sages qui découvrent les yé-yé de s’affranchir. En cet été 1960, Dalida chante « Itsi, bitsi, petit Bikini », l’histoire de l’une d’entre elles qui hésite à sauter le pas. Le succès est immédiat. La même année, le mot «Bikini » entre dans le dictionnaire, c’est la consécration! Et la fortune arrive enfin pour le visionnaire Louis Réard. Les actrices qui assument de le porter deviennent des objets de fantasme absolu. Outre-Atlantique, il contribue à décupler le sex-appeal déjà redoutable de Marilyn Monroe. En 1962 sort « James Bond 007 contre Dr No». Une inconnue nommée Ursula Andress émerge de l’eau, sculpturale, dans un Bikini couleur ivoire dont la culotte est ornée d’une ceinture ajustée sur les hanches : une image d’Épinal pour la naissance d’une icône. Ce maillot, le plus célèbre de l’histoire du cinéma, sera vendu 300000 dollars aux enchères en 2020…
Après Mai 68, ce deux-pièces minimaliste gagne enfin sa place au soleil pour devenir l’étendard d’une société décomplexée et de corps en quête de liberté. Dès les seventies, les femmes osent même enlever le haut, et la vague du topless déferle sur les plages dans les années 1980. Le Bikini est (presque) rangé au placard. Pour un temps seulement. Prévention oblige face à l’explosion des cas de cancer, le bronzage seins nus finit par se marginaliser. Et l’audace refait surface d’une autre façon, comme à l’été 1996, quand Karl Lagerfeld imagine un micro-Bikini composé de deux cache-tétons siglés Chanel. Un objet de désir qui ne peut se démoder. Le Bikini n’a pas fini de faire jaser.