Les Brésiliens sont appelés aux urnes ce dimanche pour le premier tour de l’élection présidentielle. Lula, le président de gauche, est à égalité dans les sondages face à Flavio Bolsonaro, le candidat d’extrême droite et héritier politique de l’ancien président Jair Bolsonaro. Sauf surprise, un deuxième tour à suspense sera probablement nécessaire.

Luc Chaillot -

Aujourd’hui à 07:45

  • Temps de lecture :

Luiz Inacio Lula da Silva et Flavio Bolsonaro sont dans un mouchoir de poche dans les sondages au premier comme au deuxième tour. Photos Sipa /Fotoarena
Luiz Inacio Lula da Silva et Flavio Bolsonaro sont dans un mouchoir de poche dans les sondages au premier comme au deuxième tour. Photos Sipa /Fotoarena

L’élection présidentielle sera très serrée au Brésil. Le président sortant Luiz Inacio Lula da Silva est au coude à coude avec Flavio Bolsonaro, le fils aîné de l’ancien président Jair Bolsonaro. Son père a été condamné à 27 ans de prison pour tentative de coup d’État après sa défaite en 2022. Un second tour fixé au 25 octobre sera probablement nécessaire pour départager la gauche et l’extrême droite dans un pays très polarisé.

« Une victoire de Lula dès le premier tour ce dimanche est très improbable car il y a beaucoup de petits candidats de droite et d’extrême droite qui devraient obtenir entre 1 % et 5 % des voix, sauf si les sondages se trompent mais historiquement leurs erreurs favorisent plutôt l’extrême droite », commente Thomas Zicman de Barros, chercheur associé au Cevipof, le centre de recherches politiques de Sciences Po Paris. Les deux candidats sont dans un mouchoir de poche dans les intentions de vote au premier comme au second tour. « Lula garde un petit avantage au second tour même si le report des voix reste plutôt favorable à Flavio Bolsonaro malgré un vote utile observé ces dernières semaines. Tout peut changer car le deuxième tour est une nouvelle élection », souligne Thomas Zicman de Barros.

L’ingérence de Trump

Les trois semaines de campagne de l’entre-deux tours risquent d’être très tendues sur fond de scandales politico-financiers. Les États-Unis sont accusés d’ingérence. Le président américain Donald Trump soutient ouvertement le clan Bolsonaro dans le cadre de son plan qui vise à ancrer l’Amérique latine dans l’orbite de Washington. « Si Flavio Bolsonaro gagne les élections, il donnera un accès prioritaire aux États-Unis aux minéraux critiques dont le Brésil détient les deuxièmes réserves au monde après la Chine », explique le chercheur du Cevipof.

Lula brigue un quatrième mandat qui serait historique mais il n’a plus le panache de ses premières années de présidence. « Son bilan est mitigé, observe Thomas Zicman de Barros. En 2010, il faisait l’unanimité après ses deux premiers mandats car il avait réussi à sortir 40 millions de Brésiliens de la pauvreté et il était le candidat qui parlait au peuple contre les élites. Aujourd’hui, l’économie est moins performante et les Brésiliens n’ont pas complètement retrouvé leur pouvoir d’achat malgré une baisse du chômage et de l’inflation. »

« Lula est un peu usé »

Le président sortant apparaît toujours comme celui qui a protégé la démocratie au Brésil mais il devient l’incarnation des institutions. « Lula est un peu usé et c’est un homme de 80 ans même s’il est encore en forme », constate Thomas Zicman de Barros. « Face à lui, Flavio Bolsonaro réussit à incarner le rejet du système même si sa famille est impliquée dans toutes les magouilles et s’il n’a pas vraiment de programme, à part la brutalisation de la vie sociale et politique », analyse le spécialiste du Brésil.

Le premier tour risque de ne pas être décisif pour la présidentielle mais il déterminera les nouveaux rapports de force politiques. Les près de 160 millions d’électeurs brésiliens vont également élire ce dimanche les gouverneurs des 26 États, les 513 députés et les deux tiers des 81 sénateurs. Le scrutin dans la plus grande puissance d’Amérique latine est très important pour le reste du monde car le Brésil est l’un des derniers pays encore gouverné à gauche sur un continent qui a largement basculé à l’extrême droite.

Articles les plus lusPolitique