Des dizaines de fusils alignés sur une vieille étagère en bois, un carrelage bicentenaire, quelques pièces de collection et Laïka, un placide beauceron, pour monter la garde. Il n’y a pas si longtemps, quiconque franchissait la superbe devanture de la Maison Jean, au 46 rue d’Alger, pénétrait dans une autre dimension. Mais cet univers à mi-chemin entre brocante et western provençal, qui faisait alors le charme du plus vieux magasin de Toulon, n’est plus.

La dernière armurerie de la ville a fermé ses portes fin 2025. « C’est mon père, Jean-Marc Doerr, qui tenait la boutique depuis 2007 », explique Vincent. « À 76 ans, il a décidé de prendre sa retraite. C’est un crève-cœur. Il faut dire aussi que les affaires ne marchaient plus très bien ». Et qu’importe l’impressionnant « rayon » coutellerie : l’époque où trois armureries se disputaient le marché des chasseurs dans le centre-ville est depuis longtemps révolue.

C’est ainsi que les propriétaires des murs ont fini par racheter le fonds de commerce… avant de se décider, dans la foulée, à céder une partie de l’immeuble édifié en 1761. « Plusieurs lots sont mis en vente », détaille France Mariotti, conseillère en transaction immobilière à l’agence Cabanis Orpi. « Le rez-de-chaussée et le premier étage qui étaient occupés par le commerce, mais aussi les deuxième et quatrième étages, et les chambres de bonnes ».

Créé au XIIIe siècle, le hameau des Pomets domine Toulon depuis les hauteurs de la route départementale 62, entre roches du Baou de Quatre Heures et chapelle Notre-Dame de Bon Repos.

Le tout est estimé à 652 000 euros, avec d’importants travaux à réaliser pour rafraîchir les lieux. Mais l’histoire que renferment ces pierres anciennes n’a pas de prix. « Le magasin a été fondé en 1807 », raconte Vincent Doerr. « Il existe un document signé par Napoléon qui octroyait à mes aïeuls le droit d’être armuriers. » Hormis une fermeture ponctuelle pendant la Seconde Guerre mondiale, la Maison Jean n’a jamais cessé son activité.

Une histoire de famille

Sur les vieilles cartes postales de Toulon du début du siècle, on voit déjà l’enseigne « Jean Armurier » en bas de la rue d’Alger.
Sur les vieilles cartes postales de Toulon du début du siècle, on voit déjà l’enseigne « Jean Armurier » en bas de la rue d’Alger.
Mathieu Dalaine/Var-matin

« Après mon grand-père Victor Gerin-Jean, ma grand-mère Germaine et sa fille Madeleine ont tenu la boutique », poursuit Odile Gerin-jean, une autre descendante de cette grande famille de commerçants. « Mado » (et son caractère bien trempé) est restée derrière le comptoir jusqu’à son décès en 2016. Elle était alors âgée de… 95 printemps ! La suite, on la connaît, avec Jean-Marc Doerr, son neveu professeur de mathématiques, pour prendre la relève.

Reste à savoir ce que va devenir l’endroit. De potentiels acheteurs se sont déjà montrés intéressés par les lots mis à la vente. « L’agence est très attachée au patrimoine toulonnais », souligne France Mariotti. « C’est un lieu chargé d’histoire. Nous n’avons pas envie de faire affaire avec des gens de l’extérieur qui deviendraient marchands de sommeil. » Une chose est sûre : « Il y aura toujours un ou deux commerces en rez-de-chaussée ».

Mais cette fois, pas forcément interdits aux moins de 18 ans.