"C’était quoi l’objectif en prenant un fusil et en l’insultant ?" : il ne supporte pas la séparation et s’empoigne avec sa compagne autour d’un fusil, elle finit avec l’arcade sourcilière ouverte
l'essentiel Les violences conjugales s’invitent à nouveau devant le tribunal de Foix. Un trentenaire y a été condamné à douze mois de sursis pour avoir agressé sa compagne, dans un contexte de séparation et de détention illégale d’armes.
Le silence s’étire dans la salle Fébus du tribunal de Foix. Bryan*, air dépassé sous ses lunettes carrées, se tasse sous le regard inflexible de la cour correctionnelle, ses mains tremblantes couvertes de son pull embrassant son torse, vain geste de protection. Enfin, sa voix s’élève, étranglée dans sa gorge : "Je suis désolé, je n’arrive pas à sortir mes mots. Excusez-moi."
Comme l’expliquera son avocat, Maître Senié-Delon, lors de sa plaidoirie, Bryan est "encore sonné par son comportement et les conséquences de ses actes". Des actes graves, puisque le trentenaire est accusé de violences sur sa compagne Lucie*, qui ont occasionné cinq jours d’incapacité totale de travail. Tous deux résident à Lacourt, y partagent une maison, un crédit immobilier, un enfant. Mais leur relation, explique difficilement Lucie quand elle porte plainte le 11 avril dernier, aurait été émaillée de plusieurs épisodes de violences.
"Le ton est monté"
L’acmé, ce qui la pousse à franchir la porte de la gendarmerie, survient la veille. Une dispute survient pour un motif futile, mais la soirée grillades que le couple avait prévue reprend sur de bons rails. Pour autant, la tension reste, et une nouvelle brouille éclate. C’est que Lucie aimerait rompre, mais ne sait pas comment aborder la chose, et ce contexte de séparation envenime les choses. "Le ton est monté", admet Bryan, qui reconnaît un chantage au suicide.
Les insultes pleuvent et le jeune homme va dans un débarras de la maison prendre l’un de ses fusils de chasse. Sept armes dont plusieurs non déclarées ont été retrouvées dans la maison, une possession illégale pour laquelle il est aussi poursuivi. Les deux se disputent et l’arme tombe, ils veulent alors s’en saisir et tirent chacun de leur côté : "Elle a dû se prendre un coup de crosse dans la tête", suggère Bryan.
Une séparation qui ne justifie pas la violence
Pourtant, au Samu qu’ils appellent pour l’arcade saignante de Lucie, ce ne sont pas les mêmes explications qu’ils donnent : "Elle a dit qu’elle s’était cognée sur un coin de table. Pourquoi avoir dit ça si ce n’était pas vrai ?", relance la présidente. "Je ne sais pas, j’ai paniqué peut-être", souffle Bryan. "C’était quoi l’objectif en prenant un fusil et en l’insultant ?", poursuit-elle. Nouveau silence. Et puis, dans un souffle : "Peur de la perdre, peur de perdre ma famille."
Pour autant, les autres épisodes de violence - prise au cou, bousculades - sont moins bien reconnus par Bryan. "En garde à vue, il y avait la pression des gendarmes, j’étais sous le coup de l’émotion et j’ai dit des choses qui n’étaient pas vraies", soutient-il. L’air dubitatif, la présidente rétorque : "Le tribunal a bien compris que c’était difficile, la séparation, mais cela ne justifie pas la violence."
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Le silence s’étire encore, alors que la cour enjoint fortement le prévenu à s’expliquer. "Je m’excuse d’avoir réagi comme ça... Peur de perdre mon fils..." Ce qui fait tiquer une assesseure : "Pourquoi vous vous excusez, si tout ce qu’elle dit ne s’est pas passé ?" Et puis il y a Maître Andrieux, ce paquet de feuilles A4 à la main, qui les secoue à l’attention de la cour et enfonce le clou : "Si je communique des images avec des traces d’étranglement, des marques de doigts, des bleus, du cuir chevelu arraché, vous maintenez vos déclarations ?" "Oui, oui", balbutie seulement Bryan.
Des explications "pas très satisfaisantes"
Pour l’avocate de Lucie, ce ne sont ni plus ni moins que des violences habituelles ; pire encore, "il est désagréable d’entendre des individus rejeter la faute sur le dos des victimes". Elle dénonce par ailleurs ce "climat anxiogène" dans lequel la jeune femme évolue : les nombreuses armes, le chantage au suicide, un rabaissement tel qu’elle se décrira se sentir comme "une grosse merde", "nulle", voire même "détruite".
Le procureur Olivier Mouysset remarque quant à lui l’état de stress, ou peut-être de peur, qui rend Bryan "maladroit" au cours de l’audience, "mais ses explications ne sont en tout cas pas très satisfaisantes", juge-t-il. Lui aussi se montre préoccupé par les armes présentes au domicile - "deux fusils à lunette, ce n’est quand même pas très courant" - et demande la condamnation du trentenaire pour les violences habituelles, tout en se montrant plus circonspect sur le côté volontaire de la blessure à l’arcade de Lucie : il requiert ainsi un an de prison avec sursis et 500 euros d’amende.
Une séparation qui ne passe pas
"Attention, ce n’est pas le dossier d’un bourreau domestique", tient pourtant à arguer Maître Senié-Delon, en défense de Bryan, qui regrette que les photos de blessures n’aient été produites qu’à l’audience, alors qu’on "aurait pu les rattacher à une date et à un contexte". L’avocat s’attache à dépeindre un homme "qui aime viscéralement", qui voit s’effondrer une vie longuement construite aux côtés de Lucie : "Sans elle, il n’est plus rien", s’exclame-t-il, sous le regard embué de son client qui s’essuie rageusement les yeux.
Pour autant, à l’annonce de la séparation, le trentenaire n’a pas tourné sa fureur vers sa compagne, comme on peut le voir dans les dossiers de violences conjugales voire les féminicides, juge le pénaliste. Mais que dire de ces épisodes de violence décrits par Lucie ? "Des épiphénomènes, mais maintenant, soyez assurées de la prise de conscience de cet homme", assure-t-il. Pour autant, la cour choisira de condamner Bryan à douze mois de sursis simple, en plus d’une interdiction de contact avec Lucie pendant deux ans.