"C’était un bébé d’amour" : neuf ans après la mort d’un nourrisson dans l’Hérault, son père fait face à la cour d’assises
Olivier, 42 ans, a toujours nié avoir eu le moindre geste brusque, le 27 novembre 2017, alors qu’il était seul avec son enfant de cinq mois dans les bras, victime du syndrome du bébé secoué. Soutenu par son épouse, avec qui il a eu un autre enfant depuis, il risque vingt ans de réclusion criminelle, dans ce procès qui survient à contretemps, neuf ans après les faits.
De quoi est mort le petit Livio, le 28 novembre 2017, au CHU de Montpellier, quelques heures après son évacuation en hélicoptère depuis la maison de ses parents, dans les hauts cantons de l’Hérault, où il était selon son père soudainement et sans raison devenu "tout mou" dans ses bras ?
Neuf ans après, la cour d’assises se penche à Montpellier sur ce drame familial cruellement jugé à contretemps. À la barre, Olivier, 42 ans, un ouvrier agricole, accusé de violences mortelles aggravées, commises par un ascendant sur un mineur de quinze ans.
Car le diagnostic des médecins ne souffre pas de contestation : le nourrisson, qui allait avoir cinq mois, présente tous les signes cliniques du syndrome du bébé secoué : hématome sous-dural aigu, lésions rachidiennes, hémorragies rétiniennes. Des traumatismes ayant endommagé son cerveau, et dus "à un épisode de secouement violent" rappelle la présidente, dans ce procès atypique.
"Cette famille souhaite rester soudée dans l’épreuve"
Au banc des parties civiles, personne pour représenter l’enfant défunt. Seule l’association France victime est là pour sa sœur aînée, toujours mineure. Une présence que la famille d’Olivier conteste : "La maman et leur fille ont manifesté leur intention de ne pas se porter partie civile. Ce procès arrive dix ans après, cette famille souhaite rester soudée dans l’épreuve, la petite fille avait trois ans quand ça s’est produit, et sa mère n’entend pas que son enfant soit mêlée à ce débat. Ce débat est assez douloureux comme ça" explique Me Ava Magassa, en défense.
Car Olivier, libéré après deux semaines en détention juste après les faits, nie catégoriquement avoir brutalisé l’enfant qui pleurait, vers 17 h, alors que la maman était partie faire des courses. Le couple est resté uni, et a eu ensuite un nouvel enfant.
La cour se prononcera plus tard sur la partie civile, et se penche sur l’histoire de cette famille modeste, et de cet ouvrier viticole, qui a toujours vécu et travaillé entre jardins, champs et vignes.
"Je sais lire, mais je lis pas vite. Et j’ai du mal à écrire, je fais beaucoup de fautes d’orthographe", reconnaît-il. Il n’est pas capable de citer la date de naissance de ses trois enfants, ni d’expliquer pourquoi son fils aîné, issu d’une première union, a refusé pendant tant d’années de le voir.
Des soupçons d’autres violences familiales
"Il a toujours eu la main leste, même s’il disait le contraire" a déclaré la mère du garçon à une enquêtrice. "Il a toujours manqué de patience, le bruit l’insupportait, mon fils se faisait taper dessus". Le père d’Olivier, un grand gaillard comme lui, s’insurge. "Jamais je n’ai vu mon fils frapper mes petits-enfants. Son ex-compagne, elle était un peu bizarre, le premier jour où je l’ai vue, elle m’a dit, je ne sais pas faire la cuisine". La présidente : "Moi non plus, monsieur, je ne sais pas cuisiner."
En écho à ces soupçons de violence, il y a cette mesure d’assistance éducative, mise en place après la mort de Livio, et la naissance d’une petite sœur, en 2020. À l’origine, le signalement d’un voisin, choqué de voir Olivier tirer un jour sa fille par les cheveux pour lui faire remonter l’escalier, et des confidences de la fillette à l’école, là encore sur des violences paternelles.
"Il n’y a eu aucune maltraitance constatée pendant les trois ans de la mesure" rappelle Me Magassa, ajoutant que le père d’Olivier est allé plusieurs fois le récupérer la nuit, endormi sur la tombe du bébé.
"Il était très affecté et la maman aussi" se souvient l’enquêteur de la gendarmerie, arrivé à l’hôpital après le constat du décès. "Ils nous ont demandés dix minutes pour se recueillir sur l’enfant, on les a placés en garde à vue après. On ne les a pas bousculés, on avait affaire à des parents qui venaient de perdre un enfant." Olivier a nié tout geste brusque pendant ses quatre auditions. "Je pense qu’il avait du mal à le dire, s’il avait conscience de ce qu’il avait pu faire" soupire le gendarme.
"C’était un petit bébé d’amour, il souriait tout le temps" sanglote la tante de Livio. "Vous êtes la première personne qui présente une émotion devant cette cour, madame", note la présidente. "Vous comprenez qu’il y ait un procès ?"
"Oui, parce qu’il y a un bébé qui est mort et qu’il n’avait rien demandé." Verdict vendredi 25 septembre.