Le décès de Justine Decourselle qui, au printemps dernier, s’engageait dans une course contre l’oubli pour la mémoire des déportés, a ému beaucoup de personnes qui avaient accompagné son périple.

L’annonce du décès de Justine Decourselle a suscité de très nombreuses réactions chez tous ceux qui avaient côtoyé cette jeune femme solaire et engagée. En avril dernier, la jeune infirmière de 26 ans se lançait dans une course à pied de 1 500 km, soit 50 km par jour pour relier Drancy à Auschwitz sur les traces du convoi 71.

À lire aussi : "Un drame absolu"… Justine Decourselle, la jeune infirmière qui avait couru de Drancy à Auschwitz avec sa Course contre l’oubli, est décédée

Un exploit sportif et un projet mémoriel pour lequel l’Héraultaise avait su rallier beaucoup de monde. "On avait plein de projets avec elle pour continuer cette magnifique oeuvre de mémoire qu’elle avait engagée ! On perd une si belle personne !", s’exclame Perla Danan, représentante du Crif (conseil représentatif des institutions juives de France).

Le vendredi 2 octobre dernier, Justine invitait au vernissage d’une exposition de photos et de documents, et annonçait qu’elle recommencerait cet exploit, avec cette fois son compagnon Jérémy en vélo et l’invitation au plus grand nombre à les accompagner. "On a passé une soirée extraordinaire. On est effondré de ce qui arrive, je ne trouve pas les mots", souffle Jean-Pierre Rico le maire de Pérols. Son homologue de Mauguio-Carnon, Pierre-Martin Chazot dit la même chose. "Nous l’avions accompagnée pour son faux départ à Carnon, puisqu’elle s’y entraînait en club et que nous soutenions sa Course contre l’oubli. Le 19 juillet elle était à nos côtés (pour la cérémonie commémorative de la rafle du Vél d’Hiv, NDLR) et nous lui avions remis le denier melgorien, la médaille de la ville. Elle nous a semblé ce soir-là toujours aussi pétillante et motivée pour poursuivre. Nous sommes très tristes et nous ne voulons pas oublier son combat."

Combat pour la mémoire

Le petit village d’Etrépilly dans l’Aisne, dont tout le conseil municipal l’avait accueillie lors de son passage a été l’un des premiers à témoigner de son chagrin sur les réseaux sociaux : "Elle est partie vers les étoiles… C’est sans doute là qu’elle aurait aimé poursuivre son chemin. Merci, Justine, pour ton courage, ton engagement et ce combat pour la mémoire. Ton passage restera gravé dans nos cœurs et dans nos mémoires." La Fondation pour la mémoire de la déportation a exprimé également dès hier matin son émotion : "puisse la mémoire de Justine et son engagement, alors qu’elle n’avait aucun lien filial avec la Déportation, sauf d’avoir rencontré d’ancien (ne) s déporté(e) s en tant qu’infirmière à l’Ehpad où elle travaillait, demeurer vivante."

Le 22 août dernier, Justine Decourselle publiait sur Instagram un message sur des moments plus difficiles de sa vie. "Il y a aussi les passages à l’hôpital, les moments où le corps lâche, ceux où l’on se sent vulnérable et où il faut parfois accepter de s’arrêter quelques jours pour mieux repartir. Je vis avec un trouble neurologique fonctionnel, qui provoque notamment chez moi des crises que je ne contrôle pas. Pour moi, ce trouble fait partie des séquelles d’un passé que je ne peux pas changer. Certaines blessures laissent des traces, parfois jusque dans le corps. Alors on apprend à vivre avec, à avancer, à continuer malgré elles. Pendant longtemps, j’ai eu honte de cette partie de moi. Perdre le contrôle de son corps, se montrer vulnérable quand on voudrait toujours paraître forte, ce n’est pas facile. On m’a parfois dit : avec ta maladie, tu n’y arriveras pas. Et pourtant, j’ai parcouru 1 621 km en 33 jours pour rendre hommage aux déportés, porter leur mémoire et aller au bout d’un projet qui comptait profondément pour moi. Je ne l’ai pas fait pour prouver quoi que ce soit. Je l’ai fait parce que cette cause me tenait à cœur, et parce que je refuse que la maladie décide à ma place de ce que je peux accomplir. Je veux simplement vivre pleinement malgré elle. Continuer à rêver, courir, construire des projets et aller au bout de ce qui compte pour moi."

Rattrapée par sa souffrance, Justine a choisi de partir. Dans son immense peine, son compagnon promet qu’il prendra le relais, à vélo, pour la deuxième Course contre l’oubli.