Avec la chaleur, faut-il décaler nos vies et faire la rentrée fin septembre ?
Après un été inédit par ses chaleurs, le mois de septembre, toujours trop chaud, mais plus agréable à vivre, pose question. Faudrait-il décaler la rentrée scolaire et plus globalement repenser l’organisation de la société française ? Si plusieurs pays de l’Europe pratiquent ce retour en classe plus tardif, ce qui ressemble à un petit aménagement de calendrier en France entraînerait un coût organisationnel et financier très lourd pour les entreprises et les familles.
Dans une partie de l’Europe, la rentrée scolaire se tient autour du 15 septembre, comme dans certains länder allemands, des régions d’Italie, d’Espagne, du Portugal ou en Bulgarie. Parmi les raisons de ce calendrier, figure la prévention de la santé des enfants, les fortes chaleurs en classe nuisant à la concentration et à l’apprentissage. Mais en France, ce décalage scolaire romprait aujourd’hui le rythme professionnel des parents. Avec, à la clef, une facture de garde d’enfants en forte hausse : entre 150 et 500 euros, que l’on privilégie les centres de loisirs municipaux, ou les stages et autres colonies de vacances.
L’hypothèse d’une rentrée économique retardée
Un surcoût difficile à absorber quand 63 % des parents se sentent « juste » ou en difficulté financière, selon le dernier Observatoire des familles de l’Union nationale des associations familiales (UNAF). Une situation qui fait dire à Bernard Tranchand, son président, que « septembre pèse lourd sur des budgets parentaux déjà très contraints ». Selon l’organisme, les dépenses scolaires s’élèvent à quelque 1.000 euros par enfant et par an, en incluant le numérique, les transports, la cantine et le périscolaire.
Et du côté des entreprises, le redémarrage économique de la rentrée serait-il grippé si on la décalait de deux semaines ? L’hypothèse est ouverte. Si les entreprises ont l’obligation légale de prioriser les congés des parents durant les vacances scolaires, cela pourrait complexifier la gestion de leurs effectifs. Les directions des ressources humaines devraient en plus gérer l’étalement des congés payés, ou de congés sans solde, de la part de parents ne pouvant faire garder leur enfant.
Le secteur du tourisme à la fête
Si les familles et les entreprises peuvent souffrir d’un décalage de la rentrée scolaire, un secteur économique, lui, tirerait son épingle du jeu. Car une arrière-saison qui dure, c’est le tourisme qui est à la fête. « Septembre est le mois dont le poids a le plus progressé ces dernières années, et il y a toujours beaucoup de potentiel », estime auprès du Figaro Nicolas Dayot, président de la fédération nationale d’hôtellerie de plein air (FNHPA). Transformer la première quinzaine de septembre en une pleine saison touristique profiterait ainsi aux secteurs de l’hôtellerie, cafés et restaurants.
Ce décalage pourrait aussi profiter aux emplois saisonniers, dont plus de 65.000 postes n’ont pas été pourvus l’été dernier, selon l’ancienne ministre du Tourisme Nathalie Delattre. L’allongement de la durée des contrats pourrait permettre aux salariés d’accumuler des droits, et éventuellement répondre au défi de la fidélisation dans ces secteurs, quand 44 % des projets saisonniers sont jugés « difficiles à pourvoir » par les employeurs.
Des choix cornéliens pour l’Etat et les collectivités
Et l’Etat, dans tout cela ? Quel sera son rôle, alors que les chaleurs devraient devenir plus fortes et plus longues ? L’enjeu est bouillonnant, entre le choix de modifier le calendrier scolaire pour contourner le problème des chaleurs, alors que 1.300 établissements ont dû fermer fin juin lors d’un pic de chaleur, ou investir dans la rénovation des infrastructures. Car une rentrée décalée signifierait, aussi, une fin d’année scolaire plus tardive et difficilement soutenable si les enfants devaient être scolarisés jusqu’au 20 juillet, par exemple.
Découvrir le dossier Familles
Pour l’Etat et les collectivités, repousser la rentrée ne permettrait donc pas vraiment d’éviter un investissement gigantesque dans les 58.000 établissements scolaires du pays. La rénovation énergétique de ce parc est en effet évaluée, selon la Banque des Territoires ou le Sénat, de 40 à 52 milliards d’euros d’ici 2050.