Cannabis chez les adolescents : Jacqueline, maman, a enfin trouvé du soutien... "Il y a deux choses qui aident"
Pour Caroline Grimard, éducatrice spécialisée et référente du service jeunes de l’ASBL Phénix à Namur, l’entrée dans la consommation passe souvent par le groupe. "Dans la majorité des cas, cela démarre de manière, comme les jeunes disent, “assez festive”, de temps en temps. Puis la dépendance s’installe." Le basculement peut se produire lorsque le jeune découvre que le cannabis lui permet d’anesthésier ses émotions. Celui-ci acquiert alors une fonction et risque de prendre progressivement davantage de place. Mais l’éducatrice constate surtout une banalisation de la consommation depuis l’ouverture de son service, en 2015. À l’époque, les familles consultaient souvent dès la découverte des premiers joints. Aujourd’hui, elles sollicitent davantage l’ASBL lorsque la consommation est déjà installée et que d’autres problèmes apparaissent : violence, vols, intervention de la justice ou consommation d’autres produits.
Cannabis chez les adolescents... Des parents racontent : "Le ciel m’est tombé sur la tête..."Du premier joint à la consommation régulière
Face au désarroi des familles, Caroline Grimard insiste sur l’importance de préserver le dialogue. "Je pense que la communication et le lien sont les deux mots-clés les plus importants dans une relation avec un ado. Il faut essayer de comprendre pourquoi son enfant a consommé cette drogue, essayer de décoder la fonction qu’a eue ce joint et essayer, avec lui, de trouver les outils pour l’aider à ne plus recommencer." Lorsque le dialogue avec les parents devient impossible, un adulte de confiance peut parfois servir de relais. Des associations spécialisées peuvent également accompagner les familles. Jacqueline a trouvé ce soutien auprès de Phénix. "Il y a deux choses qui aident : voir d’autres parents dans la même situation et quelqu’un d’autre verbaliser des choses que l’on dit parfois soi-même. Trouver des gens qui vivent la même situation que vous, cela m’a vraiment fait du bien."
Cannabis et cocaïne : "Voir son enfant se détruire sous vos yeux, ça vous détruit complètement", témoigne une mèreIrritabilité, insomnies, pertes de mémoir : des changements qui peuvent alerter
En cas de consommation régulière, la confiance familiale peut rapidement se détériorer. Un ado peut mentir ou manipuler, tandis que ses proches se mettent à douter de ses paroles et de ses actes. "Quelqu’un de votre famille qui vous ment, qui vous vole, c’est terrible. On ne peut plus faire confiance. C’est une trahison", confie Jacqueline. Elle continue pourtant à soutenir son fils, aujourd’hui âgé d’une vingtaine d’années. Sa consommation s’accompagne de pertes de mémoire, d’irritabilité, d’insomnies, etc. "Il perd tout sens de la réalité. Il n’y a plus que cela qui compte. Il n’a plus de joie de vivre, il n’y a plus que : “Quand vais-je fumer le prochain ?” Il n’a plus d’attrait pour ses passions, il ne recherche plus d’autres plaisirs."
Sa fille consomme du cannabis depuis dix ans : "L’engrenage peut aller très vite", raconte une mèreComment réagir sans rompre le dialogue ?
Malgré les rechutes et les périodes de découragement, certaines familles parviennent à sortir de cette spirale. Jeanne (prénom d’emprunt) a été confrontée en 2014 à la consommation de plusieurs drogues par son fils. "Lorsque j’ai découvert que mon fils consommait du cannabis et prenait de la cocaïne, le ciel m’est tombé sur la tête. C’est comme si tout s’écroulait autour de moi. J’étais dans le vide absolu." Après de nombreuses recherches, elle s’est tournée vers l'ASBL Trempoline. "J’ai assisté à une première réunion et je n’ai fait que pleurer. Les témoignages de tous les parents autour de moi étaient très difficiles à entendre. Mais dans ce groupe, je pouvais trouver toute l’aide dont j’avais besoin. Le rétablissement de mon fils pouvait s’envisager si je changeais mon comportement. J’ai appris à lui dire “non” et j’ai surtout appris qu’il n’y avait que lui, et lui seul, qui pouvait arrêter la drogue et se soigner."
Ces nouvelles substances psychoactives qui parviennent à contourner, au moins temporairement, la loiDeux ans plus tard, son fils accepte finalement de contacter le centre. Il y entre en août 2017 et achève son parcours fin 2019. Il reprend ensuite des études d’éducateur avant de travailler lui-même chez l'ASBL Trempoline pendant près de trois ans. "Aujourd’hui, il est éducateur dans un centre à Namur. Notre relation est impeccable. Je suis si fière de son parcours..." Pour les familles confrontées à la dépendance, le chemin peut être long, marqué par des avancées comme par des rechutes. Pour les parents, l’enjeu consiste aussi à apprendre à soutenir leur enfant sans faire le chemin à sa place. Et considérer que chaque progrès, même minime, est une étape.
Son fils est devenu dépendant au cannabis : "C’est une catastrophe qui détruit les liens familiaux"... Le témoignage d’une mèrePour accéder à cet article, veuillez vous connecter au réseau internet.