Le spécialiste automobile Brecht Vanhaelewyn © Pieter-Jan Vanstockstraeten / Photonews

Carrefour a décidé de bannir les voitures électriques de ses parkings situés sur les toits de ses magasins. La raison invoquée ? Elles sont jugées trop lourdes et plus difficiles à éteindre en cas d’incendie. Dès lors, comment expliquer qu’elles puissent encore se garer sans aucun problème dans d’autres parkings (notamment souterrains)? On fait le point avec Brecht Vanhaelewyn, spécialiste automobile.

Lieve Van Bastelaere

15 août 2026, 14:15Dernière mise à jour: 14:16

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Pourquoi Carrefour a décidé de bannir les voitures électriques de ses parkings sur toit? Aucun élément déclencheur ne semble évident lorsqu’on s’interroge sur le timing de cette mesure. “L’interdiction est survenue un peu par hasard, après une discussion avec des ingénieurs et notre compagnie d’assurances”, explique le porte-parole, Mich Vergauwen. “Les bâtiments datent souvent des années 60, 70 ou 80 et ont été conçus et assurés pour le poids des véhicules de l’époque. Or, une voiture électrique pèse facilement entre 1,5 et 2 tonnes aujourd’hui. C’est une charge colossale quand plusieurs d’entre elles sont garées côte à côte.”

Une mesure de précaution

“À cela s’ajoute le fait qu’il est impossible pour les services d’urgence d’accéder au toit si un véhicule électrique y prend feu”, poursuit Mich Vergauwen. “C’est pourquoi il nous a semblé préférable d’interdire aux VE de s’y garer, par pure mesure de précaution. En réalité, cela fait déjà des années qu’il est interdit de garer des véhicules de plus de 1,5 tonne sur ces parkings sur toit, mais beaucoup de gens l’ignoraient. C’est pour cette raison que nous venons de préciser explicitement que les véhicules électriques y sont interdits.”

Selon Brecht Vanhaelewyn, expert automobile pour nos confrères de HLN, ce n’était qu’une question de temps avant qu’une telle décision ne soit prise. “C’est tout à fait logique”, estime-t-il. « Si l’on regarde l’évolution des voitures, on constate qu’elles sont devenues plus grandes et plus lourdes au cours des 20 à 30 dernières années. Le poids d’une voiture familiale classique, qui pesait 1.000 kilos à l’époque, a grimpé à 1.500 kilos. Et pour un véhicule électrique, il faut encore ajouter 300 à 500 kilos de plus.”

Illustration © Pieter-Jan Vanstockstraeten / Photonews

“Les parkings actuels n’ont pas été conçus pour supporter tout ce poids supplémentaire”, argumente Brecht Vanhaelewyn. “Il est tout à fait logique qu’on étudie la question par précaution. Le second point concerne le risque d’incendie, même si, pour l’instant, les véhicules électriques ne prennent pas plus souvent feu que les voitures thermiques. Les voitures électriques sont encore très récentes et, comme pour tout appareil électrique, le risque d’incendie augmente avec l’âge. Il faudra attendre de voir comment évolue ce risque pour les VE, mais aujourd’hui, ils brûlent encore moins souvent que les véhicules à combustion classique.”

Plus difficiles à éteindre

Selon le spécialiste automobile, le problème n’est donc pas que les véhicules électriques prennent feu plus souvent. En revanche, si cela arrive, l’incendie est plus violent et donc plus difficile à maîtriser. “Lorsqu’un VE prend feu, les températures atteignent des sommets”, explique Brecht Vanhaelewyn. “Elles sont tellement élevées qu’elles suffisent, par exemple, à faire fondre une structure de toit en acier. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’une catastrophe ne se produise. C’est une certitude statistique.”

© Martin Corlazzoli

Un véhicule électrique en feu est tout simplement plus difficile à éteindre qu’une voiture classique, en raison du phénomène d’“emballement thermique” (thermal runaway). C’est un processus dangereux qui fait monter la batterie du VE en température de manière incontrôlable. Même lorsque l’incendie semble maîtrisé, il peut se raviver spontanément. Il faut parfois attendre une journée, voire plus, pour que toutes les cellules de la batterie refroidissent et que la réaction en chaîne s’arrête.

C’est pour cette raison que le véhicule est immergé dans un conteneur rempli d’eau, parfois pendant plusieurs jours, jusqu’à ce que tout danger soit écarté. Imaginez les dégâts que de tels incendies peuvent causer dans des parkings où les voitures électriques sont entassées les unes contre les autres.

Brecht Vanhaelewyn pointe également du doigt les choix politiques posés : il a été décidé de mettre le moins d’obstacles possible sur la route des véhicules électriques. “Mais, objectivement, il n’y a aucun argument rationnel qui explique pourquoi une voiture au GPL n’a pas le droit d’entrer dans un parking souterrain, alors qu’un véhicule électrique y est autorisé. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’un incident grave ne se produise.”

“Tôt ou tard, un accident grave va se produire”

“C’est seulement à ce moment-là que des mesures seront prises”, poursuit l’expert. “Je ne m’attends pas à ce qu’il se passe quoi que ce soit avant. Cela ne veut pas forcément dire qu’il faut interdire l’accès des parkings aux VE. Mais une voiture électrique pose un vrai problème, même si elle prend feu moins souvent. Je trouve donc tout à fait logique que Carrefour ait pris cette décision.”

“Il faut réfléchir à l’avenir des parkings construits il y a plusieurs décennies pour des voitures de 900 kilos, et qui doivent aujourd’hui supporter des véhicules deux fois plus lourds”, estime Brecht Vanhaelewyn. “En matière de sécurité incendie également, ces parkings ont été conçus pour des voitures classiques. Tôt ou tard, un accident grave va arriver. Il faudrait agir de manière proactive, tout comme l’a fait Carrefour.”

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