Joshua Kutryk aura un automne chargé. L’Albertain s’apprête à prendre part à la mission Crew-13, qui doit, au plus tôt en septembre, le transporter à bord de la Station spatiale internationale (SSI) pour un périple de six mois. Il risque ainsi de se trouver à des centaines de kilomètres de sa femme lorsque, sur Terre, elle accouchera de leur troisième enfant.

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Le reportage de Jean-Philippe Hughes

J’allais faire une blague sur les congés parentaux, s’est quant à lui amusé Mathieu Caron, directeur du Bureau des astronautes de l’Agence spatiale canadienne (ASC).

En fait, nous avons une équipe à l'Agence spatiale canadienne qui cherche à s'assurer que la famille reçoit le soutien approprié pour aider Josh à se concentrer sur ses tâches à bord, même s'il va sûrement penser à ce qui se passe au sol aussi, a-t-il poursuivi.

Ingénieur de formation, Joshua Kutryk est un habitué des missions de haute voltige. Il a notamment été déployé comme pilote de chasse en Libye et en Afghanistan au sein de l’Aviation royale canadienne. Son prochain vol, toutefois, aura une allure bien différente.

L’Albertain de 44 ans deviendra le quatrième Canadien à effectuer un long séjour dans l’espace, le dernier en date étant David Saint-Jacques, de 2018 à 2019.

J'ai grandi dans une ferme bovine. Ce fut un long parcours avant de me rendre jusqu'ici, a-t-il fait remarquer. J’ai un sentiment de fierté, de porter la chemise bleue et de faire ce travail comme Canadien.

Deux astronautes devant un autobus.

Joshua Kutryk (à droite) sera le premier Canadien à effectuer un long séjour dans l'espace depuis David Saint-Jacques. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada

Quand SpaceX s'en mêle

La mission Crew-13 reflète également un changement de cap de la NASA au cours des dernières années : Joshua Kutryk sera le premier astronaute du Canada à prendre part à une mission habitée commerciale vers la SSI.

Jusqu’en 2011, deux options permettaient d’envoyer un équipage à bord de la SSI : les navettes conçues par le programme de navettes spatiales américaines de la NASA – Discovery, Atlantis et Endeavour – et les véhicules spatiaux Soyouz de l’agence fédérale russe Roscosmos.

Or, lorsque la NASA a mis fin à son programme de navettes, il y a 15 ans, elle est devenue dépendante des capsules russes pour la rotation des équipages de la SSI. Pour remédier à ce problème, l’agence s’est entendue avec l’entreprise SpaceX d’Elon Musk pour qu’elle lui fournisse, depuis 2020, ses vaisseaux Crew Dragon.

Dans cette 13e mission Crew, Joshua Kutryk doit s’envoler accompagné de la commandante américaine Jessica Watkins, du pilote américain Luke Delaney et du spécialiste de mission russe Sergueï Teteriatnikov. Ils remplaceront les quatre membres de l’équipage de Crew-12, qui sont dans la SSI depuis février dernier.

Quatre personnes sont assises dans une installation de simulation de mission spatiale.

De gauche à droite : le cosmonaute de Roscosmos Sergueï Teteriatnikov, les astronautes de la NASA Luke Delaney et Jessica Watkins et l'astronaute de l'ASC Joshua Kutryk, lors d'une séance d'entraînement, en Californie.

Photo : Agence spatiale canadienne, SpaceX

À bord de la Station, ils auront également la compagnie de l’astronaute américain Anil Menon et des Russes Pyotr Dubrov et Anna Kikina, arrivés en juillet à l’aide d’une navette Soyouz pour un séjour de huit mois.

Sur le plan opérationnel, tout est en bonne voie pour un lancement au plus tôt le 12 septembre. La préparation se déroule vraiment bien, a fait savoir Richard Jones, directeur adjoint du Programme des missions habitées commerciales de la NASA, lors d'une séance d'information technique, lundi.

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Un large éventail d'expériences

Que feront les membres de l’équipage, une fois rendus? À la base, ils s'occuperont des tâches de maintien et d'entretien de la Station spatiale internationale, mais ils auront aussi l’occasion de mener une multitude d’expériences scientifiques.

Josh est pleinement qualifié en robotique et pour les sorties extravéhiculaires, mais également pour des expériences scientifiques qui portent sur les sciences de la vie, a expliqué Mathieu Caron, de l’Agence spatiale canadienne.

On a toute une série de nouvelles expériences, justement, qui concernent les effets de l'environnement spatial sur le système cardiovasculaire, sur les autres muscles, sur les capacités des astronautes à s'orienter et sur la santé mentale.

Ces travaux seront utiles pour mieux comprendre le comportement du corps humain dans l'espace, mais aussi sur la Terre, a fait remarquer Joshua Kutryk.

Ces expériences utilisent l’environnement spatial et mon corps comme cas d’étude pour examiner des problèmes que tous les êtres humains finissent par rencontrer sur notre planète, a-t-il précisé.

L’espace, ce n’est pas vraiment avantageux pour l’astronaute : à cause des radiations, de la microgravité et d’autres facteurs, mon corps vieillit beaucoup plus rapidement. Nous pouvons donc mener des recherches médicales de manière beaucoup plus efficace, qui tiennent compte du vieillissement.

Vers la fin de la Station spatiale internationale

La mission Crew-13 aura une connotation toute particulière. La Station spatiale internationale doit cesser ses activités vers 2030. C'est donc dire que Joshua Kutryk pourrait être le dernier Canadien à bord de ce laboratoire volant.

Donc, on peut en profiter pour faire des expériences et vraiment essayer de tirer le maximum de cette Station spatiale, a affirmé Marie-Michèle Limoges, directrice du contenu scientifique et de la formation du Cosmodôme de Laval, sur les ondes d'ICI RDI, lundi. Techniquement, ça prend de six à huit ans avant d'avoir un autre [astronaute canadien] qui y va.

La Station spatiale internationale en orbite dans l'espace, au-dessus de l'horizon terrestre.

La fin des activités de la Station spatiale internationale est prévue vers 2030. (Photo d'archives)

Photo : Reuters / Handout

L'astronaute canadien garde néanmoins espoir qu'il ne sera pas le dernier de son pays à s'y rendre. Il est tout à fait envisageable que la Station spatiale poursuive ses activités au-delà de cette date. Sa fin arrivera sans aucun doute un jour, mais il faut choisir le bon moment, a-t-il estimé.

Pour ne pas perdre le fil du temps durant ce long périple, l'Albertain aux origines ukrainiennes apportera en expédition sa montre de poche, vieille de plus de 100 ans. Cette montre est arrivée au Canada avec la première génération de ma famille, lorsqu’elle s’est établie sur les terres où j’ai grandi, a-t-il précisé.

Il portera aussi fièrement son écusson de mission sur lequel on peut apercevoir trois étoiles représentant, entre autres, sa femme et ses deux enfants. L'insigne devra-t-il être modifié? Peut-être bien.

Après tout, il y a de la place sur l'écusson pour une quatrième étoile! a lancé en point de presse son collègue pilote Luke Delaney.

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