Leurs racines plongent dans la terre depuis plus d’un siècle ; leurs cimes, elles, semblent toucher le ciel.

Entre les villas de Boulouris, des pins monumentaux sont devenus au fil des décennies bien plus que de simples arbres : des repères, des souvenirs, presque des voisins.

Leur disparition annoncée suscite aujourd’hui une mobilisation citoyenne à travers un regroupement de riverains du nom de Collectif Edouard VII Estérel, reprenant ainsi le nom d’une avenue de ce paisible quartier raphaëlois.

« Nous sommes un collectif totalement apolitique », prévient avant tout chose Jacques Therin, à la tête de ce collectif depuis sa création, il y a un peu plus de cinq ans. Sa villa fait face au chantier, à l’angle des avenues Edouard VII et de Boulouris.

Et en ce jeudi après-midi, les camions et la pelleteuse équipée d’un brise-roche hydraulique s’affairent sur le chantier.

Mais le Collectif Edouard VII Estérel veille au grain, lui qui a été créé en 2021 « dans le but de préserver la vie du quartier, notamment conserver les villas et s’érigeant contre l’érection de bâtiments. L’objectif est de conserver un cadre verdoyant également », assure Jacques Therin et d’autres membres venus constater le bruit des chocs répétés du métal contre la roche couvrant le chant des cigales.

« Plusieurs décennies seront nécessaires »

« On a attaqué en justice un premier permis de construire déposé en 2021, car il ne respectait pas plusieurs obligations, rembobinent les riverains. Le promoteur l’a retiré, puis en a représenté un plus tard, en 2022 – on en a eu connaissance que l’an dernier... Nous sommes à nouveau allés en justice pour tenter de faire annuler ce nouveau permis de construire. Et même si la procédure est en cours, la justice ne s’étant pas encore prononcée, les travaux vont bon train en face », déplorent-ils.

Mais surtout, ce qui révolte les habitants du quartier, c’est l’abattage d’au moins deux pins centenaires prévus au cours du chantier.

Un combat « transpartisan », « au-delà de la politique », auquel se rallie également l’association ABQV (Association de Boulouris pour la qualité de vie).

« Même si le promoteur est tenu de replanter des arbres, ce seront très probablement de jeunes pousses, voire des palmiers. Et surtout, plusieurs décennies seront nécessaires avant que ces arbres remplissent les mêmes fonctions qu’ont ces quelques vieux arbres, dont le plus grand, haut comme un immeuble de six étages, avec son tronc d’un diamètre de 90 cm », déplore le collectif.

« Ça va forcément impacter les autres pins qui ne doivent pas être abattus »

Un collectif est en colère contre le déracinement d'arbres centenaires à Boulouris.
Un collectif est en colère contre le déracinement d'arbres centenaires à Boulouris.
N. P.

« De plus, même si on nous a assuré que l’abattage serait méticuleux et ne va pas gêner les arbres restant, on n’y croit pas. Car si l’on touche au système racinaire, ça va forcément impacter les autres pins qui ne doivent pas être abattus... »

Les membres du collectif insistent sur les bienfaits très divers de tels arbres, vieux et grands : « Ce sont des ‘‘climatiseurs’’ naturels, d’énormes puits de carbone, des assainisseurs d’air, du patrimoine paysager, un refuge pendant la canicule, un plus pour la valeur immobilière, et avec tout une biodiversité... »

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« On a pris attache auprès d’un expert arboricole »

Le promoteur en question, la société GAM, assure être dans son droit. « Avant tout, notre permis de construire actuel est tout à fait dans les règles. Nous avons lancé le chantier fin août 2025. »

« Nous avons démoli la maison existante et on en est actuellement au terrassement », avec pour objectif de construire « non pas un petit immeuble, mais une grande villa de six logements, pour une surface habitable totale d’environ 300 m2 et sur deux niveaux ».

"Il va nous rendre son analyse dans les semaines qui viennent"

Au sujet des arbres à abattre, la société et ses représentants s’en désole, mais assure qu’elle a « pris attache auprès d’un expert arboricole afin de connaître la meilleure façon de remplacer ces arbres. Cet expert, dont c’est le métier, est la personne la plus à même de savoir de quelle manière, avec quelle espèce doit-on travailler pour remplacer au mieux les arbres à abattre. Il va nous rendre son analyse dans les semaines qui viennent. »

Par ailleurs, les collaborateurs à la tête de la société de promotion insistent : « Nous sommes une toute petite société de promotion. Nous sommes entrepreneurs à la base, on crée du travail pour nos propres équipes. On n’est pas derrière des bureaux toute la journée à ne faire que de la promotion ! »

En résumé, « nous, on veut juste travailler, faire le mieux possible, en écoutant les avis de tout le monde pour qu’il n’y ait pas de problème. Et nous sommes prêts à discuter avec ces riverains, sans aucun souci. »