REPORTAGE. "Cet attelage, je n'avais jamais vu ça" : après l'été caniculaire, pompiers, infirmiers et associations environnementales réunis pour dénoncer l'inaction climatique
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Mardi soir, plusieurs centaines de personnes ont manifesté devant le ministère de l'Economie, à l'appel de nombreuses organisations d'horizons variés.
France Télévisions
Publié le 16/09/2026 07:40
Mis à jour le 16/09/2026 07:42
Temps de lecture : 4min
Les drapeaux rouges de France nature environnement, ceux, verts, de Greenpeace, le sablier d'Extinction Rébellion, le symbole du pourcentage d'Attac… Les associations environnementales ont fait flotter leurs couleurs, mardi 15 septembre devant le ministère de l'Economie, dans le quartier de Bercy, à Paris. Plusieurs centaines de militants se sont rassemblés en début de soirée pour dire "stop à l'austérité climatique" et peser sur le projet de loi de finances 2027, débattu à l'Assemblée à partir du 12 octobre. Mais parmi eux, il y a aussi des visages peu familiers de la cause climatique. "On se rencontre tous un peu pour la première fois", note Eloi Pérignon, dont l'association France nature environnement (FNE) est à l'initiative du rassemblement.
Bruno Ménard ne va pas tarder à monter sur scène. Secrétaire général du syndicat des sapeurs-pompiers volontaires, il est là pour faire entendre la voix des "soldats du climat". Son organisation n'avait jamais pris part à de telles manifestations, mais cet été a tout changé. "Le système de sécurité civile craque, il explose. Ce qu'on a vécu cet été, c'est une rupture capacitaire, les moyens qu'on avait ne suffisaient plus", raconte-t-il à franceinfo, rappelant les records d'hectares brûlés battus.
"C'est dramatique ce qu'on a vécu, et on le revivra l'année prochaine, et celle d'après encore."
Bruno Ménard, secrétaire général du syndicat des sapeurs-pompiers volontaires
à franceinfo
Même constat chez Thierry Amouroux, porte-parole du Syndicat national des personnels infirmiers. "On a vu les effets des canicules sur nos patients. On n'est plus sur un récit en 2050 là. Il y a le sommet de l'iceberg, les 7 300 morts, puis tous les patients avec des problèmes cardiaques, rénaux, etc, qui ont vu leur état s'aggraver à cause de la chaleur, franchir des étapes de leur maladie plus vite", se souvient-il. Face à cette situation, il décrit des "soignants épuisés" ayant travaillé tout l'été dans des hôpitaux anciens, vitrés, "devenus des serres".
"Cet attelage d'associations environnementales, de pompiers, d'infirmiers, etc, je n'avais jamais vu ça. Ça dit quelque chose de la nature inédite de cet été. A cette occasion, les secouristes du pays, ceux qui sont vraiment au contact des populations touchées, [sont] présents", saluait plus tôt Jean-François Julliard, directeur général de FNE.
Tout comme ceux qui subissent ces conditions extrêmes. Au micro, défectueux, et perchés sur un camion, les porte-voix des victimes de cet été caniculaire se succèdent. Les agriculteurs, "en première ligne", qui "viennent de passer des mois extrêmes sur [leurs] fermes", selon les mots d'Emilie Deligny, secrétaire générale de la Confédération paysanne. Les travailleurs, dont les souvenirs du "couvreur mort dans la Drome en mai et des quatre saisonniers partis après un coup de chaud pendant les vendanges en Champagne en 2023" sont encore vifs, rapporte Gaël David, secrétaire fédéral CFDT Agri-Agro. Les étudiants, aux "salles de cours à plus de 35°C" et qui "suffoquaient" dans des bouilloires thermiques, ajoute un représentant de la Fédération des associations générales étudiantes. Les femmes, victimes d'une violence qui s'accroît sous les fortes chaleurs, rappelle le collectif NousToutes. Ou encore Médecins du monde, qui a "passé [son] été à faire des maraudes auprès de personnes à la rue qui vivent dans un enfer de béton", déplore le coordinateur de l'association, Paul Alauzy.
Réunis au pied des hauts bâtiments gris qui entourent Bercy, après avoir ressenti "dans leur chair" les effets du changement climatique, les associations, collectifs et syndicats présents arrivent chacun avec leurs revendications. Thierry Amouroux demande un plan pour la gestion de personnes âgées à domicile et la mobilisation des fonds récoltés lors de la journée de solidarité, mise en place après la canicule de 2003. Bruno Ménard réclame "plus de pompiers pour remettre en place un maillage territorial". Pour Murielle Guilbert, co-déléguée générale de Solidaires, il est "urgent de modifier le code du travail, d'aménager les horaires des travailleurs". A Jean-François Julliard de résumer : "On a besoin d'un budget qui prenne plus en compte ces enjeux-là."
Pour Sylvie Ollitrault, directrice de recherche au CNRS spécialiste des mobilisations environnementales et écologistes, un rassemblement d'horizons aussi varié est bel et bien une première. "La base s'ouvre, ce n'est pas étonnant car le corps médical et les pompiers ont été impactés et vont l'être plus encore à l'avenir", constate-t-elle, jointe par téléphone.
Alors à Bercy, les associations environnementales préfèrent s'éclipser au profit des nouveaux arrivants. "Le message, on l'a asséné depuis des dizaines d'années. Mais cet été a bouleversé les cartes, tout le monde l'a ressenti. C'est beau de voir ce rassemblement", se réjouit Fanny Petitbon, responsable France pour l'ONG 350.org. "Il y a l'espoir que la prise en compte politique passe à la vitesse supérieure", veut croire Emilie Deligny.
"On est ensemble pour partager nos expériences, nos souffrances, nos espoirs."
Fanny Petitbon, responsable France pour l'ONG 350.org
à franceinfo
Chacun veut croire que cette mobilisation, et la suivante du 26 septembre, est un tournant dans la prise en compte de la lutte contre le changement climatique dans les politiques publiques. "Cette nouvelle alliance peut jouer en faveur de la reconnaissance du changement climatique et ses conséquences, conçoit Syvie Ollitrault. A voir si ça va durer, ou si c'est juste le temps d'un instant."
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