"Ceux qui enseignent depuis longtemps peuvent reconnaître des textes écrits par une IA en 30 secondes": les professeurs américains au défi de repérer les étudiants qui font travailler un chatbot à leur place
"Ceux qui enseignent depuis longtemps peuvent reconnaître des textes écrits par une IA en 30 secondes": les professeurs américains au défi de repérer les étudiants qui font travailler un chatbot à leur place
Publié aujourd'hui à 13h46
Lire dans l'appAux États-Unis, où les cours asynchrones sont de plus en plus présents dans le système éducatif, les professeurs font face à des étudiants utilisant l'intelligence artificielle pour travailler à leur place. Les repérer s'avère néanmoins complexe.
Dans sa dernière enquête sur l'intelligence artificielle, le New York Times détaille une habitude qui commence à sérieusement peser sur le système éducatif américain. Dans un pays où les cours à l'université sont de plus en plus dématérialisés, et qu'il est même possible de ne jamais rencontrer ou voir un seul professeur, l'IA y fait des ravages, au point de peser sur le quotidien des enseignants qui ont de plus en plus de mal à repérer les étudiants y ayant recours.
Pire encore, avec la tendance des cours asynchrones, des cours en ligne qui sont accessibles constamment sans heure définie et avec des contrôles à réaliser régulièrement, puis à envoyer pour correction, des étudiants utilisent l'IA pour accomplir tout le travail à leur place.
Des professeurs qui doivent se mettre à la page
Les agents IA sont en effet en mesure de réaliser les différents tests mis à disposition, et certains étudiants en ont profité pour se libérer jusqu'à un semestre de travail, simplement via cette externalisation, relève le New York Times. "Est-ce que j'interagis avec un robot ?," se demande régulièrement Karen Costa, vingt ans d'enseignement dans le domaine des cours en ligne, interrogée par le quotidien. Elle explique pouvoir déceler certains tics de langage propre aux chatbots, comme l'utilisation du "vous/tu" dans un essai au ton formel, ou encore une diatribe bien trop polie et faisant de nombreuses références à l'ensemble des ressources nécessaires, "ce qui n'est pas nécessaire".
Le risque, c'est que les étudiants en question n'aient tout simplement pas le niveau requis, y compris pour des tâches basiques. Kathryn Kysar, enseignante dans un lycée depuis les années 80, prend comme exemple un élève qui ne disposait même pas des bases en termes de ponctuation, avant de soudainement soumettre des devoirs où tout était parfait.
"C'était tellement évident," explique-t-elle. "Ceux qui enseignent depuis longtemps, qui sont rédacteurs ou écrivains, peuvent généralement reconnaître des textes écrits par une IA bon marché en trente secondes."
Elle blâme les échecs successifs pour renouveler le modèle éducatif et un leadership aux abonnés absents en matière d'abus de l'IA. Elle signale néanmoins que même si elle arrive à repérer certains devoirs faits par IA, elle fait de plus en plus ses examens en présentiel, notamment pour les plus importants.
Des entreprises d'IA qui ne font rien pour l'empêcher
Si la plupart des étudiants américains réfutent tricher avec l'intelligence artificielle, c'est surtout parce que les outils permettant de détecter leur usage sont encore assujettis à des erreurs. Aucune preuve concrète, à moins qu'elle ne soit très grossière, ne permet donc de prouver une telle utilisation. Selon une étude de 2025, 85% d'entre eux assumaient néanmoins l'utiliser régulièrement.
Par ailleurs, le système éducatif ne souhaite pas trop en faire, essentiellement car aux États-Unis, il s'agit d'un business, explique le New York Times. Dans une période où les budgets se resserrent, perdre un étudiant car il aurait "triché" avec de l'IA, c'est aussi s'asseoir sur l'argent qu'il donne pour continuer sa scolarité. Il n'existe pas non plus de doctrine globale. Si certains professeurs ne vont pas s'embêter avec ce sujet, d'autres vont mettre une mauvaise note, tandis qu'un certain nombre va plutôt donner un accès libre à l'IA, bien que supervisée.
"Je ne reçois aucune directive sur la manière dont on peut dissuader les étudiants à utiliser l'IA," souligne Carol Sewell, une enseignante à l'université de Californie.
Elle a donc préféré apprendre à l'utiliser, pour mieux la comprendre, et ne pas laisser ses élèves croire qu'ils peuvent librement agir. Les organisations de professeurs appellent néanmoins à une meilleure prise en charge de cette problématique au niveau fédéral, afin de dicter des règles qui seraient les mêmes pour tous.
Le New York Times souligne aussi l'ambivalence du secteur. Aucun chatbot ne refuse d'aider un étudiant à réaliser un devoir, y compris dans son intégralité. Et ces derniers peuvent aussi facilement se connecter à des outils comme Canvas, Brightspace et Blackboard, que différents établissements utilisent. Et même si certains proposent des outils IA à leurs étudiants, assujettis à des limitations importantes, ces derniers peuvent utiliser une adresse mail personnelle pour les outrepasser.
Par ailleurs, plusieurs experts interrogés par le quotidien américain font état de nouvelles formes de tricheries impliquant l'IA. C'est par exemple le cas avec les lunettes connectées, mais aussi des avatars IA usurpant l'identité des élèves lorsque les cours se font en visioconférence.