"On a passé des semaines de dingue" : comment sa vie de groupe a transcendé le XV de France
Fabien Galthié, ayant de lui-même loué "l’entraînabilité" de son XV de France au moment de tirer le bilan, force est de constater que ce séjour au bout du monde s’est autant avéré un succès sur le terrain qu’en dehors. Ce qui est évidemment tout sauf une étrange coïncidence…
Il est difficile de parler de hasard dans le sport de haut niveau. On se gardera donc d’évoquer cette donnée à la lecture de cette donnée aussi simple que surprenante, qui veut que les Bleus n’aient concédé que sept points (un essai en fin de match face à l’Australie) lors de leurs deux dernières deuxièmes mi-temps. Le fruit d’une bonne défense, bien sûr, mais surtout d’un état d’esprit qui s’est forgé lors de ces cinq semaines en commun… "Les Japonais ont mis énormément d’intensité, n’ont pas beaucoup utilisé le jeu au pied, ils ont enchaîné les longs temps de jeu, soulignait le flanker Killian Tixeront. Forcément, sur le plan physique, ça nous a tapé dedans. Et pourtant, on n’a pas encaissé de point lors de la deuxième mi-temps. Cela montre tout l’état d’esprit et la mentalité de ce groupe : on n’a rien lâché jusqu’à la fin, on a eu cette rage de ne pas prendre de points, de ne pas encaisser d’essai. Je pense que c’est quelque chose de très positif pour la suite de notre parcours."
Parce qu’à vrai dire, cet état d’esprit n’est évidemment pas tombé de nulle part. Et doit pour beaucoup à la qualité de la vie de groupe constatée lors de cette tournée, sans débordement ni recadrage. "Franchement, on a passé des semaines de dingue, savourait le jeune centre Fabien Brau-Boirie. J’ai été agréablement surpris par le caractère des mecs. Quand tu arrives en équipe de France, il y en a certains que tu joues le week-end en Top 14, donc tu ne sais pas trop comment ils fonctionnent au quotidien... Mais ils te mettent à l’aise, ils sont super sympas, ne se prennent pas la tête, et tu as l’impression de jouer avec eux depuis longtemps. C’est cette vie de groupe, aux entraînements et en dehors, qui nous a permis de créer des liens forts pendant les matchs."
Attissogbe : "On est toujours restés unis, c’était une de nos forces"
La vraie victoire, au-delà du terrain, pour Fabien Galthié et son staff, qui avaient fait de "l’intégration des finalistes" un de leurs chantiers prioritaires ? On ne serait pas loin de le penser tant les quarante-deux (puis quarante et un après le départ de Penaud) ont fait corps, à l’image d’un Oscar Jégou qui a préféré rester auprès du groupe plutôt que rentrer en France après son forfait, ou de "réservistes" qui ont joué le jeu jusqu’au bout. Il suffisait de croiser les joueurs en ville, autour d’un match de XIII en Australie ou de base-ball au Japon, sans parler de ces interminables parties de "mus" qui ont animé la tournée, pour comprendre à quel point ce XV de France est resté uni, de l’autre côté du globe.
Et cela malgré les frustrations sportives des uns et des autres. "On est arrivés à quarante-deux, et il y a sept joueurs qui n’ont participé à aucune rencontre, rappelait Théo Attissogbe. C’est frustrant pour eux. On a des amis parmi ces joueurs, on aimerait qu’ils puissent partager le terrain avec nous… Mais on sait aussi que c’est la loi du sport de haut niveau. Je suis sûr qu’eux aussi se battront pour aller chercher ces matchs. À quarante-deux, on a passé cinq semaines incroyables, avec des moments de vie très forts. Sur le terrain, on est toujours restés unis. C’était une de nos forces dans ce championnat particulier, avec de nombreux voyages et transferts."
Les "sept samouraïs" remerciés par Lucu
Voilà pourquoi, au moment de tirer le bilan, le capitaine Maxime Lucu a adressé son premier mot à ces sept samouraïs (Mathis Ferté, Boris Palu, Emilien Gailleton, Temo Matiu, Auguste Cadot, Théo Forner et Esteban Capilla), sans qui il sait bien que l’issue de la tournée aurait pu être bien différente. "Je tiens à féliciter et remercier les joueurs qui n’ont pas pu porter le maillot. pour avoir été à leur place, je sais que ça n'est pas facile... On sait qu’être à 42 nous permet de bien travailler et on le remarque encore plus dans une tournée comme ça. À chaque fois qu’on se déplaçait, on était avec la banane et ça, franchement, du premier au dernier jour." Constat partagé par Fabien Galthié, qui n’a pas manqué de louer "l’entraînabilité" de ses hommes, dans un de ces néologismes dont il a le secret. "Le mot 'tourner' n’existe pas en équipe de France, jurait le sélectionneur. Chaque sélection se gagne, se mérite, et on doit être juste. Mais il n’y a jamais eu un mot, jamais une pensée laissant entendre que c’était, pour certains, le douzième mois de compétition. Ils n’ont jamais rechigné. Ça a donné une fraîcheur surprenante, et ça a 'matché'." De quoi construire, une fois de plus, pour l’avenir, quand bien même le contexte de novembre et du Tournoi n’aura pas la même saveur, notamment pour les hors-groupe. Mais ceci est déjà une autre histoire...