Frédéric De Meyer connaîtra une grande première ce jeudi lors du barrage aller de l'Europa League. Deux semaines après ses débuts comme coach principal de Saint-Trond, le Bruxellois de 44 ans découvrira la scène européenne. Après tout un parcours d'adjoint passé par l'Afrique (El Masry en Égypte, le Burkina Faso, le Congo, la Guinée), l'Union, le Brussels, le RWDM et Deinze, celui qui a eu un passé de joueur amateur dans la région de Bruxelles jusqu'à l'ancienne Promotion (équivalent de la D4 à l'époque) a pris du galon dans le Limbourg qu'il avait rejoint il y a deux ans suite à l'appel de Felice Mazzù.

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Monsieur De Meyer, quelle émotion ressentez-vous à l'aube de cette grande première ?

En premier, de la fierté. Celle d'entraîner Saint-Trond et d'écrire l'histoire du club. En plus de ça, je ressens un certain honneur. J'espère qu'on pourra donner du plaisir aux supporters en se livrant à fond sur le terrain. Avec leur soutien, on pourra réaliser un bon résultat.

STVV's head coach Frederic De Meyer gestures during a soccer match between STVV and Lommel SK, Saturday 08 August 2026 in Sint-Truiden, on day 1 of the 2026-2027 'Jupiler Pro League' first division of the Belgian championship. BELGA PHOTO VIRGINIE LEFOUR
Frederic De Meyer a été nommé T1 à Saint-Trond. Une première pour lui, comme d'entrainer en Coupe d'Europe ce jeudi. ©Belgaimage

On sent en tout cas qu'il y a toute une effervescence autour du club.

Raison pour laquelle on essaie de rester un peu dans notre bulle. Pour les deux premiers matchs de championnat, j'avais expressément éliminé la Coupe d'Europe des discours. Évidemment, c'est tellement magnifique pour la ville, pour le club de connaître cette expérience. Le plus beau cadeau qu'on peut offrir aux supporters est de gagner mais on doit aussi se protéger de tout ce qui se passe autour. Surtout que la perception peut vite évoluer. Encore plus après notre deux sur six en championnat. Avec plus de chance, le bilan aurait été tout autre. Savoir que d'office, on jouera l'Europe jusqu'à décembre (NdlR : soit la phase de ligue de l'Europa League, soit la Conference League) enlève de la pression mais en Europa League, c'est l'assurance de jouer de plus grandes équipes. On en est tous conscients.

guillement

Je sais la chance que j'ai d'entraîner en D1A.

Pour revenir à vous. Rétrospectivement, être en Coupe d'Europe aussi rapidement après vos débuts comme T1 officiel, vous vous y attendiez ?

Non bien évidemment. J'ai toujours voulu devenir entraîneur mais je voulais aussi attendre le bon moment. Après deux saisons, la direction m'a donné ma chance. Je le dis : j'ai de la chance d'entraîner en D1A. Il est clair que jouer la Coupe d'Europe est un rêve, une énorme fierté, un honneur. Je suis content mais aussi impatient. C'est peut-être l'une des saisons les plus importantes de l'histoire du club. J'estime que c'est un beau cadeau que je reçois même si j'ai eu la chance auparavant de pouvoir disputer deux fois la Can. Ce qui reste une belle expérience aussi. Je me suis toujours dit que j'aimerais faire une Can, une Coupe d'Europe et une Coupe du monde. C'est magnifique ce que j'ai déjà pu réaliser. C'était un rêve.

STVV's head coach Frederic De Meyer poses for the photographer during a press conference of Belgian first division soccer team Sint-Truiden VV, on Friday 26 June 2026 in Sint-Truiden, in preparation of the upcoming 2026-2027 Belgian first division soccer season. BELGA PHOTO JILL DELSAUX
Frederic De Meyer a été nommé officiellement fin juin comme nouveau T1 de Saint-Trond. ©Belgaimage

Vous n'avez jamais eu d'autres opportunités auparavant pour signer comme T1 ?

J'ai eu des contacts à certains moments mais soit, c'était en court de saison, soit le projet était un peu bancal. Ici, je connais bien le club. Il n'est pas le plus grand de Belgique mais il est stable et il y fait bon vivre avec des gens respectueux. À l'image de la direction. Les Japonais sont des gens rigoureux, disciplinés mais dans le même temps, il y a un énorme respect de tout. Je me suis alors dit que c'était le bon moment. En plus, on a pu garder le staff. C'était important.

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Vous avez dû les convaincre ou la direction est venue vers vous ?

À la fin de saison, quand Wouter (NdlR : Vrancken) est parti, la direction a eu une réunion avec moi et une autre avec l'autre adjoint Sepp De Roover. On a débriefé la saison et on s'est projeté sur la suivante. À ce moment-là, j'étais en fin de contrat et j'avais même reçu une proposition pour aller en Asie. J'avais alors signifié qu'il était important pour moi de savoir qui serait T1 car je ne voulais pas continuer si le feeling ne passait pas. Pendant mes vacances, j'ai reçu un appel de la direction m'indiquant qu'elle m'avait choisi. À partir de là, la réflexion n'a pas été difficile. J'ai estimé que c'était une belle opportunité. Il était indispensable alors pour moi de régler la question du staff. Je tenais à ce que Sepp reste. Évidemment, le contrat a été revu à la hausse mais durant les discussions, on n'a pas évoqué l'argent. La question du staff était plus importante.

Après deux matchs comme T1, en quoi vous avez changé ?

Surtout dans mon approche envers les joueurs. D'habitude, je suis quelqu'un de très proche avec les gens mais quand vous passez T1, vous êtes obligé de changer un peu, de prendre du recul. Désormais, je fais les choix, c'est le mauvais rôle. C'est l'une des fonctions les moins agréables du job (rires). Ce n'est pas facile quand on aime être si proche des gens. Je sais que je peux encore améliorer cet aspect de ma fonction.

STVV's head coach Frederic De Meyer pictured during a press conference of Belgian first division soccer team Sint-Truiden VV, on Friday 26 June 2026 in Sint-Truiden, in preparation of the upcoming 2026-2027 Belgian first division soccer season. BELGA PHOTO JILL DELSAUX
Aujourd'hui T1, Frédéric De Meyer doit aussi composer avec les interviews. ©Belgaimage

Vous n'allez donc pas découvrir l'Asie après l'Afrique et l'Europe.

Saint-Trond a recruté un gardien saoudien

C'est vrai. J'ai connu pas mal d'expériences de vie. Dans ces étapes africaines, le football n'est pas le seul aspect. On a l'occasion de rencontrer des gens, de s'ouvrir à d'autres cultures. Dans le football, cette richesse de la vie est intéressante. J'ai pris énormément de plaisir mais en même temps, j'ai connu beaucoup de frustration par moments. Cela fait partie de la vie, il faut pouvoir s'adapter. Ce que j'ai pu retenir est que nous, Européens, nous devons aussi apprendre de la culture africaine. J'espère un jour découvrir d'autres horizons encore.

Être T2 dans un club en Égypte en pleine révolution arabe était tendu, mais reste une belle expérience.

Lancer votre carrière d'entraîneur en Égypte, à El Masry (juillet 2011-juillet 2012), reste quand même particulier.

À l'époque, je jouais encore et j'ai commencé mes diplômes. J'ai été contacté par Alain Geiger (NdlR : entraîneur suisse aujourd'hui au Servette Genève). Il m'a dit qu'il partait en Égypte et qu'il recherchait un assistant. J'ai foncé. C'était une super expérience, mais elle a aussi été courte. C'était en pleine révolution arabe. On est revenu en Europe quelques semaines, puis on nous a demandé de repartir. Je me souviens dans l'avion, on était quatre passagers. On est resté sur place trois-quatre semaines à l'hôtel, mais on n'avait pas de joueur. C'était assez tendu mais cela reste une belle expérience.


"La passion de Grosjean, la gestion humaine de Mazzù, le charisme de Losada"

Dans sa carrière, Frédéric De Meyer a été l'adjoint de grandes personnalités. De Geiger en Égypte à Vrancken à Saint-Trond, le Bruxellois a travaillé aussi aux côtés de Mazzù, Grosjean, Losada, Put… "Tous m'ont marqué, sourit-il. Chacun à leur manière. Marc Grosjean pour son amour du football. Il pouvait parfois m'appeler à 23 h pour une action du PSG qu'il allait montrer aux joueurs le lendemain. C'est un peu mon papa du football. Mes années à l'Union et à Deinze avec lui étaient un réel plaisir tous les jours. J'ai énormément appris aux côtés de Wouter Vrancken. Il reste, selon moi, l'un des meilleurs entraîneurs en Belgique. Chez Felice, je retiens sa gestion humaine incroyable des joueurs. Vincent Euvrard a une rigueur, une discipline de travail remarquable. Il a changé ma façon de voir les choses. Chez Hernan Losada, j'ai été marqué par son charisme, sa façon de parler. Paul Put m'a inspiré pour sa gestion des situations compliquées en Afrique, et il y en a eu. Je ne remercierai jamais assez tous ces gens-là et j'essaie de construire désormais mon propre chemin."

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