Coup de chaud pour les mers en Europe : "Les vagues de chaleur marines sont plus chaudes, plus longues et plus fréquentes"
Les mers et océans autour de l'Europe ont-ils déjà été aussi chauds ? Il semblerait que non. Plusieurs records de température ont été largement battus. En juillet, la température moyenne de la Méditerranée était d'un peu plus de 27 degrés, une valeur jamais observée. En août, le mercure est même monté à plus de 33 degrés près de l'île de Majorque, un autre record. Ces chiffres sortent de la dernière étude sur la température de la surface de l'eau des mers européennes, réalisée par le World Weather Attribution (WWA). Le constat est sans appel : certaines mers ont connu cet été des températures "plus élevées qu'attendues à cette période de cinq à six degrés", souligne Catherine Gregory, chercheuse à l'université de Berne (Suisse).
Dômes de chaleur
Afin de mieux mesurer l'enjeu de la hausse des températures marines, l'étude se penche sur leur origine. Sans surprise, l'activité humaine est la première responsable. "Le changement climatique – principalement dû à la combustion de combustibles fossiles – est directement responsable du réchauffement de 2 degrés de la Méditerranée, de 1,4 degré dans le golfe de Gascogne et autour de la péninsule ibérique, et 1,3 degré dans la région de la mer Celtique", démontre l'étude. Et vu que l'humain est derrière ce réchauffement, "on peut s'attendre à ce que les températures de la surface des mers augmentent encore", insiste Claire Bergin, chercheuse à l'Université de Maynooth, en Irlande.
Pour expliquer comment se réchauffent les mers européennes, il faut se pencher sur la problématique des "vagues de chaleur marines, qui sont plus chaudes, plus longues et plus fréquentes dans le monde à cause du changement climatique", résume l'étude. "On a vu des vagues de chaleur se développer tout le long de la côte atlantique, avec des températures dépassant de 3-4 degrés celles attendues habituellement. Et la sévérité de ces vagues de chaleur marines en juillet se démarque vraiment comparativement à toutes nos observations passées", révèle Catherine Gregory.
La chercheuse suisse souligne également l'effet boule de neige engendré par ces vagues de chaleur. "On a pu observer à plusieurs reprises des conditions favorables à la création d'un dôme de chaleur." Cela passe par la présence de "systèmes de hautes pressions qui font descendre la couverture nuageuse. Ce qui engendre une radiation solaire plus importante qui réchauffe la surface marine et terrestre". Et une fois que cet air chaud remonte, le cycle se répète, de quoi provoquer "un réchauffement continu de la surface".
Catherine Gregory explique également que ce phénomène est souvent accompagné de vents plus faibles. "Cela fait que la surface de l'eau, plus chaude, se mélange moins avec l'eau plus froide en dessous." Et donc que le cercle vicieux est difficilement brisé.
La chaîne alimentaire en péril
Si la hausse de la température des mers peut "sembler attirante pour les baigneurs", ironise Claire Bergin, "l'impact sur la vie sous-marine est très sérieux". Une inquiétude vivement partagée par John Bruno, écologiste marin à l'Université de Caroline du Nord. Avec des eaux plus chaudes, "le seuil physiologique que des organismes marins peuvent tolérer est dépassé." On se retrouve alors avec "des extinctions de masse ou le déclin en termes de santé pour plusieurs espèces", poursuit-il.
Si certains organismes comme le corail vont énormément souffrir de la chaleur, "il y a aussi des gagnants", note le chercheur américain. "Certaines espèces préfèrent des températures plus élevées, d'autres vont simplement profiter de la disparition, à cause de la chaleur, de leurs prédateurs ou concurrents." C'est le cas par exemple de plusieurs sortes de méduses, "qui prolifèrent à plusieurs endroits sur la planète".
Mais de manière générale, le réchauffement des mers signifie "la mise en péril de toute la chaîne alimentaire. Les vagues de chaleur empêchent parfois complètement l'approvisionnement naturel depuis les eaux profondes de nutriments essentiels aux phytoplanctons, comme l'azote ou le phosphore. Sans eux, la communauté phytoplanctonique s'effondre. Cela signifie moins de nourriture pour les petits poissons qui se nourrissent de phytoplanctons, etc. Au final, ce sont les grands prédateurs comme les oiseaux et les mammifères marins qui en souffriront le plus."
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