Couple violemment agressé en rentrant chez lui à Havré : Leur avocate étrille le parquet qui demande une mesure de faveur
Un couple agressé en pleine nuit devant son domicile, des menaces de mort et une expédition qui aurait été soigneusement préparée. Plus de deux ans après les faits, trois prévenus ont comparu devant le tribunal correctionnel de Mons. Mais c'est surtout le réquisitoire du ministère public, favorable à une suspension du prononcé de la condamnation, qui a provoqué la colère de l'avocate des victimes.
Quatre silhouettes surgissant de l'obscurité, un couple terrorisé et un homme roué de coups devant sa propre maison. La scène aurait pu être tirée d'un film d'horreur. Elle s'est déroulée le 15 février 2024, vers 22 heures, à Havré, à l'orée d'un bois.
Ce soir-là, Michel et Muriel (prénoms d'emprunt) rentrent chez eux. La dame descend de la voiture pour ouvrir la grille de leur propriété. Soudain, quatre individus surgissent de la nuit. Des menaces de mort fusent. Michel sort de son véhicule pour protéger son épouse. Il est frappé.
Plus de deux ans après cette soirée, trois personnes se sont retrouvées devant le tribunal correctionnel de Mons : Roger (prénom d'emprunt), sa fille et l'un de leurs proches.
Les victimes racontent
À la barre, Muriel raconte une scène d'une extrême violence. Elle est aussi poursuivie pour coups. "J'ai frappé par peur, pour défendre mon homme alors qu'un individu criait qu'il fallait le buter et foutre le feu à ma maison. "
La dame, qui venait de subir une opération de la hanche, affirme avoir été projetée au sol. "J'ai reçu des coups de pied dans le visage, comme on frappe dans un ballon de foot. J'ai hurlé et appuyé sur l'alarme. La police est arrivée sept minutes plus tard. Il faisait noir, c'est un cul-de-sac. Ils sont sortis de nulle part. C'était un piège ! On aurait dit des bêtes sauvages qui venaient pour nous casser la pipe."
Son mari confirme cette version. "J'ai vu quatre hommes sortir du bois, comme des ombres, comme dans les films. Ils se dirigeaient vers ma femme. Je suis sorti en leur demandant de ne pas la toucher. Roger est arrivé sur moi comme un lion en criant : C'est lui, le fils de p…, qu'il faut tuer !"
L'un des quatre hommes aurait même dû retenir Roger pour l'empêcher de continuer à frapper. "Il lui a dit qu'ils n'étaient pas venus pour ça", précise Michel. Cet individu, qui présenterait de lourds antécédents judiciaires, n'a pas été renvoyé devant le tribunal.
Une amitié de neuf ans qui tourne au cauchemar
Ce qui rend cette affaire particulièrement douloureuse pour les victimes, c'est qu'elles connaissaient parfaitement l'un de leurs agresseurs présumés.
"Cela faisait neuf ans que je connaissais Roger. Nous l'avions même invité en Espagne pour les cinquante ans de mon épouse", raconte Michel.
Mais les relations s'étaient dégradées. Roger avait cessé de fréquenter les écuries du couple avant de réclamer la restitution de ses affaires.
"Le 12 février, il m'a envoyé un SMS exigeant que je lui rende ses affaires. J'allais lui rendre ses brols. Un ami m'avait prévenu qu'il me cherchait avec des gens peu fréquentables. Je comptais déposer ses affaires chez lui le samedi. "
Trois jours après ce message, le couple était agressé devant son domicile.
Chercher du pain
Les prévenus contestent toutefois les accusations. Claire (prénom d'emprunt), la fille de Roger, explique qu'elle participait à un repas familial et qu'ils étaient simplement sortis acheter du pain. Elle nie avoir porté des coups. Son père affirme qu'il souhaitait récupérer ses affaires. Le troisième prévenu assure n'avoir rien fait.
Elle frappe un jeune d'un coup de couteau en plein Doudou à Mons : "J'ai paniqué, je me suis sentie mourir"Pour le ministère public, une suspension simple du prononcé de la condamnation constitue une réponse appropriée. Le substitut estime notamment qu'une peine de prison risquerait d'attiser davantage le conflit entre les protagonistes.
Concernant Claire, qui filmait la scène, le parquet considère qu'elle ne s'est pas désolidarisée des autres.
La défense hurle
Une position qui a littéralement fait bondir Me Elena D'Agristina, avocate du couple.
Car cette affaire présente une autre particularité : le parquet avait initialement classé le dossier sans suite. Ce sont les victimes qui ont dû se constituer parties civiles entre les mains d'un juge d'instruction pour obtenir une enquête judiciaire.
L'avocate n'a pas mâché ses mots. "Où sommes-nous ? Aujourd'hui, on peut donc se rendre à quatre, en pleine nuit, dans une propriété, attendre et s'attaquer à mes clients ? Votre agresseur est votre ami, celui que vous avez hébergé, celui que vous appeliez votre frère ! Et sa fille, institutrice, filme la scène, profère des insultes et met le feu aux poudres."
Me D'Agristina s'indigne également du profil de certains participants à cette expédition nocturne. "On n'emmène pas n'importe qui. On emmène des gens connus de la justice !"
Puis elle s'en prend directement à la clémence réclamée par le ministère public.
"Selon le parquet, ce n'est pas grave si on s'excuse. Mais de qui se moque-t-on ? Dans le monde des Bisounours, on va s'en sortir avec une suspension du prononcé de la condamnation, tout cela parce qu'il a fallu se battre pour avoir un procès ? "
Pour l'avocate, la gravité des faits aurait dû justifier une réaction judiciaire bien plus ferme dès le départ.
"Ces gens auraient dû être placés sous mandat d'arrêt. Il faut donner de l'importance à ce dossier. Non pas pour remettre de l'huile sur le feu, mais parce que c'est grave !", martèle-t-elle.
Elle interpelle même le tribunal, invitant le juge à imaginer sa propre réaction s'il était agressé par des personnes qu'il aurait précédemment condamnées.
Le parquet réplique
Le substitut réplique : "Mon office n'a pas à se justifier d'un classement sans suite", réplique-t-il.
Il rappelle également que, lorsque les policiers sont arrivés sur les lieux, la situation était redevenue calme et que personne ne s'était plaint de coups. La plainte n'avait été déposée que quelques jours plus tard.
Me Rutigliano, avocat de Roger et de sa fille, a assisté à cet échange tendu entre le parquet et sa consœur. Pour la défense, la mesure de faveur sollicitée est évidemment bienvenue, même si l'avocat aurait préféré que le dossier reste classé sans suite.
Dernière particularité de cette affaire : Muriel, qui affirme avoir frappé uniquement pour protéger son mari, se retrouve elle aussi poursuivie pour coups. Me D'Agristina a plaidé son acquittement sur la base de la légitime défense.