Crash de la Caravelle Ajaccio-Nice : 58 ans plus tard, la justice donne son feu vert pour aller chercher les réacteurs par 2.300 mètres de fond
Opérations sous-marines, acte II. C’était envisagé, c’est désormais confirmé : la justice a donné son feu vert pour des opérations de repêchage de débris de l’épave de la Caravelle Ajaccio-Nice, qui s’était abîmée en mer au large du cap d’Antibes, avec 95 personnes à son bord, le 11 septembre 1968.
À quatre jours du 58e anniversaire de la catastrophe, et à l’avant-veille des commémorations à Nice, le Procureur de la République Damien Martinelli et la juge d’instruction en charge du dossier ont reçu les représentants des familles de victimes et leurs avocats, ce lundi 7 septembre 2026 au matin.
Les visiteurs en sont ressortis avec un sourire de satisfaction.
Les magistrats ont en effet donné leur accord pour une nouvelle campagne sous-marine. Non plus seulement pour photographier les débris de la carlingue. Mais pour en remonter les principaux.
En particulier les deux réacteurs au coeur des investigations.
Des réacteurs au coeur de l’enquête
Les débris de l’avion avaient été repérés lors d’une précédente campagne de recherches sous-marines, menée du 11 au 13 octobre 2025 par le groupement de gendarmerie de Méditerranée.
Une zone prédéfinie de 8 km2 avait été inspectée durant une trentaine d’heures. Un drone sous-marin avait notamment identifié la queue de l’appareil et ses deux réacteurs, par 2.300 mètres de fond.
L’un de ces réacteurs a-t-il été percuté par erreur par un missile, tiré par l’Armée française lors d’exercices militaires ?
Telle est la conviction d’une partie des familles de victimes, partagée par de nombreux observateurs du dossier.
D’où l’enjeu des nouvelles opérations à venir.
La section de recherches des transports aériens entre en jeu
À l’époque, les investigations avaient conclu à un incendie d’origine accidentelle à bord de l’appareil.
L’information judiciaire pour homicide involontaire s’était soldée en 1973 par un non-lieu.
Cyril Dodergny / Nice-matin
L’affaire a été relancée en 2011, avec l’ouverture d’une nouvelle instruction pour « soustraction de document ou objet contenant un crime ou un délit ». C’est dans ce cadre qu’enquêtent toujours les gendarmes de la brigade de recherches de Nice.
C’est dans ce cadre, aussi, que la juge d’instruction a fait appel à un nouveau renfort.
Elle a saisi « la division des des investigations aéronautiques de la section de recherches des transports aériens de la gendarmerie nationale », annonce le procureur Martinelli dans un communiqué.
Comparaisons avec une autre Caravelle
La section de recherches s’est penchée sur les clichés remontés des profondeurs. Pour mieux les analyser, explique le procureur, « elle s’est notamment appuyée sur un exemplaire d’une caravelle détenue par un aéro-club, parfaitement conservée et identique à celle concernée par les investigations ».
Les gendarmes ont réalisé de nombreuses photographies à l’intérieur et l’extérieur de l’appareil.
Photo d’archives Jean-François Ottonello
« Ces différents travaux ont permis de conclure à la pertinence d’une opération de relevage des principales pièces identifiées, dont les réacteurs, annonce Damien Martinelli. En conséquence, des demandes ont été formulées auprès de plusieurs entités susceptibles de réaliser une telle opération de relevage. »
Environ six jours seraient nécessaires pour cette nouvelle opération. Reste à savoir qui sera à la manoeuvre, et quand.
Ce sera sans doute dans les mois qui viennent, estime le procureur de Nice, sans se risquer à donner un calendrier dans un tel dossier. « La détermination de l’autorité judiciaire reste entière pour aller au bout des investigations dans le cadre de ce dossier ».